LXII Frac
C’était un très bon petit chat
Joueur à la prunelle bleue
Il n’en voulait pas, qu’on marchât
Un peu brusquement sur sa queue.
Stéphane Mallarmé
Coups de cœur
C’était un très bon petit chat
Joueur à la prunelle bleue
Il n’en voulait pas, qu’on marchât
Un peu brusquement sur sa queue.
Stéphane Mallarmé
Les Porteuses sont là
Tenaces
Tenaces et fermes
Fermes et déterminées
Déterminées
Comme une armée rangée en bataille
Les Porteuses restent Debout
Les Porteuses restent braves
Parce que telle est leur destinée
Rester Debout
Debout toujours
Même couchées
Les Porteuses sont à jamais
Debout
Debout
Pour garder le flambeau allumé
Allumé
Pour les générations de Porteuses
À venir
Angèle Bassolé-Ouédraogo
La poésie est le premier millimètre d'air au-dessus de la terre.
Marina Tsvetaïeva
Le vin sait revêtir le plus sordide bouge
D'un luxe miraculeux,
Et fait surgir plus d'un portique fabuleux
Dans l'or de sa vapeur rouge,
Comme un soleil couchant dans un ciel nébuleux.
L'opium agrandit ce qui n'a pas de bornes,
Allonge l'illimité,
Approfondit le temps, creuse la volupté,
Et de plaisirs noirs et mornes
Remplit l'âme au delà de sa capacité.
Tout cela ne vaut pas le poison qui découle
De tes yeux, de tes yeux verts,
Lacs où mon âme tremble et se voit à l'envers...
Mes songes viennent en foule
Pour se désaltérer à ces gouffres amers.
Tout cela ne vaut pas le terrible prodige
De ta salive qui mord,
Qui plonge dans l'oubli mon âme sans remord,
Et, charriant le vertige,
La roule défaillante aux rives de la mort !
Charles Baudelaire
Ta chevelure d’oranges dans le vide du monde
Dans le vide des vitres lourdes de silence
Et d’ombres où mes mains nues cherchent tous tes reflets.
La forme de ton cœur est chimérique
Et ton amour ressemble à mon désir perdu.
O soupirs d’ambre, rêves, regards.
Mais tu n’as pas toujours été avec moi. Ma mémoire
Est encore obscurcie de t’avoir vu venir
Et partir. Le temps se sert de mots comme l’amour.
Paul Eluard
[…] vous me manquez comme mon plaisir, et je crois que les âmes actives et sensibles y tiennent trop fortement ; ce n’est point l’idée de la longueur de votre absence qui m’afflige : car ma pensée n’en voit pas le terme ; c’est simplement le présent qui pèse sur mon âme, qui l’abat, qui l’attriste, et qui à peine lui laisse assez d’énergie pour désirer une meilleure disposition.
Julie Lespinasse, Lettre adressée au comte de Guibert.
Je fuis la ville, et temples, et tous lieux
Esquels, prenant plaisir à t'ouïr plaindre,
Tu pus, et non sans force, me contraindre
De te donner ce qu'estimais le mieux.
Masques, tournois, jeux me sont ennuyeux,
Et rien sans toi de beau ne me puis peindre;
Tant que, tâchant à ce désir étreindre,
Et un nouvel objet faire à mes yeux,
Et des pensers amoureux me distraire,
Des bois épais suis le plus solitiare.
Mais j'aperçois, ayant erré maint tour,
Que si je veux de toi ëtre délivre,
Il me convient hors de moi-mëme vivre;
Ou fais encor que loin sois en séjour.
Louise Labé