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Coups de cœur
Ta chevelure d’oranges
Ta chevelure d’oranges dans le vide du monde
Dans le vide des vitres lourdes de silence
Et d’ombres où mes mains nues cherchent tous tes reflets.
La forme de ton cœur est chimérique
Et ton amour ressemble à mon désir perdu.
O soupirs d’ambre, rêves, regards.
Mais tu n’as pas toujours été avec moi. Ma mémoire
Est encore obscurcie de t’avoir vu venir
Et partir. Le temps se sert de mots comme l’amour.
Paul Eluard
Lettre 1, 23 mai 1773
[…] vous me manquez comme mon plaisir, et je crois que les âmes actives et sensibles y tiennent trop fortement ; ce n’est point l’idée de la longueur de votre absence qui m’afflige : car ma pensée n’en voit pas le terme ; c’est simplement le présent qui pèse sur mon âme, qui l’abat, qui l’attriste, et qui à peine lui laisse assez d’énergie pour désirer une meilleure disposition.
Julie Lespinasse, Lettre adressée au comte de Guibert.
Sonnet XVII
Je fuis la ville, et temples, et tous lieux
Esquels, prenant plaisir à t'ouïr plaindre,
Tu pus, et non sans force, me contraindre
De te donner ce qu'estimais le mieux.
Masques, tournois, jeux me sont ennuyeux,
Et rien sans toi de beau ne me puis peindre;
Tant que, tâchant à ce désir étreindre,
Et un nouvel objet faire à mes yeux,
Et des pensers amoureux me distraire,
Des bois épais suis le plus solitiare.
Mais j'aperçois, ayant erré maint tour,
Que si je veux de toi ëtre délivre,
Il me convient hors de moi-mëme vivre;
Ou fais encor que loin sois en séjour.
Louise Labé
I Wonder How Many More Memories I'm In
Le regard
Strephon m'a embrassé au printemps,
Robin à l'automne,
Mais Colin ne m'a regardé
Et jamais embrassé du tout.
Le baiser de Strephon était perdu dans la plaisanterie,
Robin est perdu dans le jeu,
Mais le baiser dans les yeux de Colin
Me hante nuit et jour.
Sara Teasdale
La poésie doit être faite par tous.
La poésie doit être faite par tous. Non par un. Toutes les tours d'ivoire seront démolies, toutes les paroles seront sacrées et l'homme s'étant enfin accordé à la réalité qui est sienne, n'aura plus qu'à fermer les yeux pour que s'ouvrent les portes du merveilleux.
Paul Éluard
Tu m'as dit
A J.
Quand nous parcourions la plage normande,
Tu m'as dit un jour, un jour de printemps :
« Sais-tu bien, ami, ce que je demande,
Parmi tant de vœux dans l'esprit flottants ?
Indéfiniment sur la même grève,
Au même rocher par les flots battu,
Près de toi m'asseoir pour le même rêve ! »
— Ces mots adorés, les redirais-tu ?
Quand nous voyagions dans les Pyrénées,
Tu m'as dit un jour, un beau jour d'été
« Oh ! voir avec toi s'enfuir les journées !
Te sentir ainsi seul à mon côté !
Sans que rien nous lasse et nous décourage,
Ensemble gravir des pics ignorés,
Et, d'un même cœur, y braver l'orage ! »
— Les redirais-tu, ces mots adorés ?
Aux bois du Morvan, quand sèchent les chênes,
Tu m'as dit un jour d'octobre brumeux :
« Nous aurons aussi nos bises prochaines,
Et nous vieillirons, dépouillés comme eux ;
Mais qu'importe au front que demain soit sombre,
Si le souvenir garde sa vertu ?
Qu'importe avec toi le soleil ou l'ombre ? »
— Ces mots adorés, les redirais-tu ?
Quand, rentrés au nid, nous lisions ensemble,
Tu m'as dit un soir, un long soir d'hiver :
« Vivre ainsi toujours, ami, que t'en semble ?
Nous chauffer toujours à ce feu si clair ?
Et, lorsqu'il faudra déployer la voile
Pour conduire ailleurs nos cœurs préparés,
Débarquer tous deux dans la même étoile ! »
— Les redirais-tu, ces mots adorés ?
Eugène Manuel
Indiscretion
Poème du temps retrouvé
Une fois pour toutes
Tu as nommé
Le monde où je dois vivre
Chaque chose
Est signe
Avant d’être chair
L’arbre le blé
La vigne
Le sang des terres
M’emporte
Tu fus ma naissance
En toi
Ma mort aura lieu
J’écoute
Venir ta vie.
Hélène Cadou
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