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Coups de cœur
Ici-bas
Ici-bas tous les lilas meurent,
Tous les chants des oiseaux sont courts ;
Je rêve aux étés qui demeurent
Toujours...
Ici-bas les lèvres effleurent
Sans rien laisser de leur velours ;
Je rêve aux baisers qui demeurent
Toujours...
Ici-bas tous les hommes pleurent
Leurs amitiés ou leurs amours ;
Je rêve aux couples qui demeurent
Toujours...
René-François Sully Prudhomme
Loin de Füsun
Loin de Füsun, je perdais toute sérénité, le monde se transformait à mes yeux en une énigmatique charade. En voyant Füsun, j'avais l'impression que toutes les pièces du puzzle se remettaient instantanément en place et, me souvenant combien le monde était un endroit plein de sens et de beauté, je soufflais à nouveau
Orhan Pamuk, Le musée de l'innocence.
Approchez-vous
Approchez-vous, baissez les yeux sur mon amour,
Que je cherche en vos mains une chère figure
Pour vivre et m’en aller encor le long des jours
Périssables avec une douceur qui dure.
Ces veines, bleus ruisseaux ne faisant pas de bruit,
Je les veux suivre au bout de leur grande aventure
Qui va du poignet mince au fond des doigts subtils,
Toujours sous le regard perdu de la nature.
Après avoir erré dans d’étranges pays,
Je fermerai la porte aux formes de la Terre
Et, tenant dans mes mains vos paumes prisonnières,
Je referai le monde et les nuages gris
Et les oiseaux qui vont se poser sur la mer.
Jules Supervielle
Land of Passion
Si doux est le tourment / Sì dolce è il tormento
Si doux est le tourment que j'ai au cœur
que je vis satisfait de cette beauté cruelle.
Dans un ciel de beauté, que croisse la cruauté et que disparaisse la pité,
ma fidélité sera toujours comme un rocher face aux flots d'orgueil.
Que le faux espoir fuie loin de moi,
que ni le plaisir ni la paix ne descendent en moi,
et que l'infâme que j'adore me refuse le réconfort d'une bonne rançon,
ma fidélité vivra (néanmoins) au milieu d'une infinie douleur, d'un espoir trahi.
En proie au feu et au gel, je ne trouve plus de repos.
Au céleste port je trouverai le repos.
Si elle me blesse le cœur par le coup mortel d'un trait inexorable,
changeant (le cours de) mon destin, je guérirai mon cœur avec un dard mortel.
Si ce cœur inflexible qui m'a ravi
n'a jamais ressenti la flamme de l'amour,
si la cruelle beauté qui a conquis mon âme me refuse sa pitié,
plaise à Dieu que dolente, repentie et languissante, un beau jour elle soupire après moi.
Livret de Carlo Milanuzzi, musique de Claudio Monteverdi
En fait la poésie
En fait la poésie était le symbole de la stabilité immuable du monde.
Yukio Mishima
Dans l'eau de la claire fontaine
Dans l'eau de la claire fontaine
Elle se baignait toute nue.
Une saute de vent soudaine
Jeta ses habits dans les nues.
En détresse, elle me fit signe,
Pour la vêtir, d’aller chercher
Des monceaux de feuilles de vigne,
Fleurs de lis ou fleurs d’oranger.
Avec des pétales de roses,
Un bout de corsage lui fis.
La belle n’était pas bien grosse :
Une seule rose a suffi.
Avec le pampre de la vigne,
Un bout de cotillon lui fis.
Mais la belle était si petite
Qu’une seule feuille a suffi.
Ell’ me tendit ses bras, ses lèvres,
Comme pour me remercier...
Je les pris avec tant de fièvre
Qu’ell’ fut toute déshabillée.
Le jeu dut plaire à l’ingénue,
Car à la fontaine, souvent,
Ell’ s’alla baigner toute nue
En priant Dieu qu’il fît du vent,
Qu’il fît du vent...
Georges Brassens
Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve
La danseuse
A Galina Oulanova
Fille blessée du temps Blanche ferveur mouvante
Flux et reflux noués en un montant sanglot
Que nos regards muets cernent d'errants halos
Corps défiant son dieu Fière et humble servante
Don changeant d'élément quand ses ondes s'embrasent
Aux voix nues des objets comme au silence humain
Elle vit leur soif d'être et tisse de ses mains
Pour leur souffle éperdu l'échelle des extases
Chaque geste aérien avant qu'il ne s'efface
De son secret déchiré et caresse l'espace
Et celle qui jadis fut démente Gisèle
Ou quitta le fragile abri des bras amis
Pour le songe éternel de Juliette endormie
Meurt de la mort d'un cygne à l'ombre de ses ailes.
Suzanne Arlet
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