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L’or à la bouche des garçons

25 Juillet 2023, 01:28am

Publié par vertuchou

Les filles regardent par la vitre les garçons
qui font du BMX comme si Dieu
en personne les propulsait d’une chiquenaude.
Une roue avant s’élève, en salut.
La rage fermente comme du lait de chamelle,
la rage apparaît comme la brume. Les filles
se penchent aux fenêtres toute poitrine en avant, et regardent
les garçons exhiber leurs dents en or, leur éclat
24 carats. Beni soit l’or à la bouche des garçons.
Bénis soient leurs yeux dilatés.
Bénis soient leurs torses nus, qui sentent le dehors.
Bénie soit la douceur intérieure des garçons, cette ténèbre
de velours qui s’étend,
puis se dissipe en fumée.

Warsan Shire

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I Wish I Knew

24 Juillet 2023, 01:16am

Publié par vertuchou

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Vous m'avez demandé quelques vers sur Amour

23 Juillet 2023, 01:10am

Publié par vertuchou

Vous m'avez demandé quelques vers sur « Amour ».
Ce mien livre, d'émoi cruel et de détresse,
Déjà **** dans mon Œuvre étrange qui se presse
Et dévale, flot plus amer de jour en jour.

Qu'en dire, sinon : « Poor Yorick ! » ou mieux « poor
Lelian ! » et pauvre âme à tout faire, faiblesse,
Mollesse par des fois et caresse et paresse,
Ou tout à coup partie en guerre comme pour

Tout casser d'un passé si pur, si chastement
Ordonné par la beauté des calmes pensées.
Et pour damner tant d'heures en Dieu dépensées.

Puis il revient, mon Œuvre, las d'un tel ahan,
Pénitent, et tombant à genoux mains dressées...
Priez avec et pour le pauvre Lelian !

Paul Verlaine

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Tu ressens un dégoût

22 Juillet 2023, 01:33am

Publié par vertuchou

Tu ressens un dégoût pour cette bouche obscène mais aussi une attirance, alors tu t'inclines et plonges, tu poses tes lèvres sur la vulve qui s'élargit et t'accueille et tu sens une vague de myrrhe, d'oubli, d'ambre et de henné. Une liqueur s'épanche que tu devines pouvoir boire comme le vin, alors tu lapes, et ta langue insiste avec intelligence, investit la blessure, tu as le désir fou de cautériser cette plaie de ta salive, de la nettoyer tout entière, et ce faisant la blessure s'ouvre davantage et Shamat soupire, t'encourage, de ses reins plus fort appuie contre toi et tu la saisis au creux des mains, ses fesses soulevées par la force, tu la portes comme la coupe à tes lèvres, ta langue s'insinue, fouille, explore, suce, ta langue qui sait dire les mots fait surgir des délires, la courtisane parle, halète et rugit, elle t'empoigne aux cheveux et t'oblige. Ton visage enfle entre ses cuisses, elle se dilate jusqu'au démembrement, t'enfonce en elle et tu t'abîmes dans des chairs mouillées, sanguines, souples et grisantes. Elle échappe un râle, puis un autre, essaye de te repousser pour mieux t'attirer encore et te fondre en elle. Puis elle recommence. Tu la bois, tu la dévores, elle dit non et oui, arrête et encore, mais tu ne sais rien de tels mots et tu t'abîmes toujours dans le festin de ses replis. Enfin, elle défaille, tu sens entre tes mains son corps tressaillir, puis fondre et peser. Tu la reposes.

Christian Chavassieux, La Joyeuse.

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Reviens souvent et prends-moi

21 Juillet 2023, 01:26am

Publié par vertuchou

Reviens souvent et prends-moi,
sensation bien-aimée,
reviens et prends-moi
quand la mémoire du corps se réveille,
quand un ancien désir passe à travers le sang,
quand les lèvres et la peau se souviennent,
et que les mains croient toucher de nouveau…

Reviens souvent et prends-moi la nuit,
à l’heure où les lèvres et la peau se souviennent.

Constantin Cavafy

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Arbres et village

20 Juillet 2023, 01:57am

Publié par vertuchou

André Derain, Arbres et village, 1932.

André Derain, Arbres et village, 1932.

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À une heure du matin

19 Juillet 2023, 01:08am

Publié par vertuchou

Enfin ! seul ! On n'entend plus que le roulement de quelques fiacres attardés et éreintés. Pendant quelques heures, nous posséderons le silence, sinon le repos. Enfin ! la tyrannie de la face humaine a disparu, et je ne souffrirai plus que par moi-même.

Enfin ! il m'est donc permis de me délasser dans un bain de ténèbres ! D'abord, un double tour à la serrure. Il me semble que ce tour de clef augmentera ma solitude et fortifiera les barricades qui me séparent actuellement du monde.

Horrible vie ! Horrible ville ! Récapitulons la journée : avoir vu plusieurs hommes de lettres, dont l'un m'a demandé si l'on pouvait aller en Russie par voie de terre (il prenait sans doute la Russie pour une île) ; avoir disputé généreusement contre le directeur d'une *****, qui à chaque objection répondait : « - C'est ici le parti des honnêtes gens, » ce qui implique que tous les autres journaux sont rédigés par des coquins ; avoir salué une vingtaine de personnes, dont quinze me sont inconnues ; avoir distribué des poignées de main dans la même proportion, et cela sans avoir pris la précaution d'acheter des gants ; être monté pour tuer le temps, pendant une averse, chez une sauteuse qui m'a prié de lui dessiner un costume de Vénustre ; avoir fait ma cour à un directeur de théâtre, qui m'a dit en me congédiant : « - Vous feriez peut-être bien de vous adresser à Z... ; c'est le plus lourd, le plus sot et le plus célèbre de tous mes auteurs, avec lui vous pourriez peut-être aboutir à quelque chose. Voyez-le, et puis nous verrons ; » m'être vanté (pourquoi ?) de plusieurs vilaines actions que je n'ai jamais commises, et avoir lâchement nié quelques autres méfaits que j'ai accomplis avec joie, délit de fanfaronnade, crime de respect humain ; avoir refusé à un ami un service facile, et donné une recommandation écrite à un parfait drôle ; ouf ! est-ce bien fini ?

Mécontent de tous et mécontent de moi, je voudrais bien me racheter et m'enorgueillir un peu dans le silence et la solitude de la nuit. Âmes de ceux que j'ai aimés, âmes de ceux que j'ai chantés, fortifiez-moi, soutenez-moi, éloignez de moi le mensonge et les vapeurs corruptrices du monde, et vous, Seigneur mon Dieu ! accordez-moi la grâce de produire quelques beaux vers qui me prouvent à moi-même que je ne suis pas le dernier des hommes, que je ne suis pas inférieur à ceux que je méprise !

Charles Baudelaire

 

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La poésie s’accompagne toujours de plaisir

18 Juillet 2023, 01:04am

Publié par vertuchou

La poésie s’accompagne toujours de plaisir : tous les esprits sur lesquels elle descend s’ouvrent pour recevoir la sagesse qui est mêlée au ravissement qu’elle procure. Dans l’enfance du monde, ni les poètes eux-mêmes ni leur auditoire n’avaient pleinement conscience de l’excellence de la poésie : car elle agit d’une façon divine et que l’on ne perçoit pas au-delà et au-dessus de la conscience ; et c’est aux générations à venir qu’il revient de contempler et de mesurer la puissance de la cause et de l’effet et toute la
force et toute la splendeur de leur union.

Percy Bysshe Shelley,

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La Centaine d'Amour - 65

17 Juillet 2023, 01:22am

Publié par vertuchou

Mathilde, où donc es-tu ? N’ai-je pas remar­qué
entre cra­vate et cœur en bas, et vers le haut,
une vague mélan­co­lie inter­cos­tale :
c’est que j’avais com­pris tout à coup ton absence.
La lumière de ton éner­gie m’a man­qué
j’ai regardé tout en dévo­rant l’espé­rance,
regardé la mai­son et son vide sans toi,
il ne reste plus que des fenê­tres tra­gi­ques.
Taci­turne est le toit, tel­le­ment qu’il écoute
d’ancien­nes pluies pleu­voir, comme tom­bent les feuilles,
les ­plu­mes, et ce que la nuit garde cap­tif :
et ainsi je t’attends comme une mai­son seule
et tu dois reve­nir me voir et m’habi­ter.
Si tu ne fais pas, j’ai mal à mes fenê­tres.

Pablo Neruda

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Aria

16 Juillet 2023, 01:25am

Publié par vertuchou

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