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Si doux est le tourment / Sì dolce è il tormento

8 Août 2023, 01:39am

Publié par vertuchou

Si doux est le tourment que j'ai au cœur
que je vis satisfait de cette beauté cruelle.
Dans un ciel de beauté, que croisse la cruauté et que disparaisse la pité,
ma fidélité sera toujours comme un rocher face aux flots d'orgueil.
 
Que le faux espoir fuie loin de moi,
que ni le plaisir ni la paix ne descendent en moi,
et que l'infâme que j'adore me refuse le réconfort d'une bonne rançon,
ma fidélité vivra (néanmoins) au milieu d'une infinie douleur, d'un espoir trahi.
 
En proie au feu et au gel, je ne trouve plus de repos.
Au céleste port je trouverai le repos.
Si elle me blesse le cœur par le coup mortel d'un trait inexorable,
changeant (le cours de) mon destin, je guérirai mon cœur avec un dard mortel.
 
Si ce cœur inflexible qui m'a ravi
n'a jamais ressenti la flamme de l'amour,
si la cruelle beauté qui a conquis mon âme me refuse sa pitié,
plaise à Dieu que dolente, repentie et languissante, un beau jour elle soupire après moi.


Livret de Carlo Milanuzzi, musique de Claudio Monteverdi
 

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En fait la poésie

7 Août 2023, 01:13am

Publié par vertuchou

En fait la poésie était le symbole de la stabilité immuable du monde.
Yukio Mishima

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Dans l'eau de la claire fontaine

6 Août 2023, 01:41am

Publié par vertuchou

Dans l'eau de la claire fontaine
Elle se baignait toute nue.
Une saute de vent soudaine
Jeta ses habits dans les nues.

En détresse, elle me fit signe,
Pour la vêtir, d’aller chercher
Des monceaux de feuilles de vigne,
Fleurs de lis ou fleurs d’oranger.

Avec des pétales de roses,
Un bout de corsage lui fis.
La belle n’était pas bien grosse :
Une seule rose a suffi.

Avec le pampre de la vigne,
Un bout de cotillon lui fis.
Mais la belle était si petite
Qu’une seule feuille a suffi.

Ell’ me tendit ses bras, ses lèvres,
Comme pour me remercier...
Je les pris avec tant de fièvre
Qu’ell’ fut toute déshabillée.

Le jeu dut plaire à l’ingénue,
Car à la fontaine, souvent,
Ell’ s’alla baigner toute nue
En priant Dieu qu’il fît du vent,

Qu’il fît du vent...

Georges Brassens

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Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve

5 Août 2023, 01:08am

Publié par vertuchou

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La danseuse

4 Août 2023, 01:36am

Publié par vertuchou

A Galina Oulanova

Fille blessée du temps Blanche ferveur mouvante
Flux et reflux noués en un montant sanglot
Que nos regards muets cernent d'errants halos
Corps défiant son dieu Fière et humble servante

Don changeant d'élément quand ses ondes s'embrasent
Aux voix nues des objets comme au silence humain
Elle vit leur soif d'être et tisse de ses mains
Pour leur souffle éperdu l'échelle des extases

Chaque geste aérien avant qu'il ne s'efface
De son secret déchiré et caresse l'espace
Et celle qui jadis fut démente Gisèle

Ou quitta le fragile abri des bras amis
Pour le songe éternel de Juliette endormie
Meurt de la mort d'un cygne à l'ombre de ses ailes.

 Suzanne Arlet

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Vous vous souvenez

3 Août 2023, 01:34am

Publié par vertuchou

Vous vous souvenez, monsieur Cendrars, du début de Sapho d’Alphonse Daudet, quand l’étudiant gravit quatre à quatre les six étages de son meublé une femme dans les bras et dépose son lourd fardeau, la femme masquée enlevée au bal de l’Opéra, dans son lit et s’abat sur elle haletant, à bout de souffle, le cœur battant douloureusement, à se rompre, prêt à éclater d’émotion, de hâte, d’impatience, de triomphe juvénile mais aussi d’épuisement et de fatigue physique vu l’effort fourni pour arriver au haut de ces escaliers sans fléchir, sans lâcher l’inconnue qui à chaque étage se faisait plus lourde, sans la laisser choir au dernier palier. C’est dans le même état d’agitation et de trouble, d’angoisse nerveuse, en sueur, le souffle coupé, le cœur me battant dans la gorge, que je me trouvais quand je déposai Sarah Bernhardt dans sa chambre, sauf que je la déposai debout au milieu de la pièce avec mille précautions tant la divine me paraissait fragile et qu’au lieu de me laisser tomber sur la femme célèbre, comme l’autre sur son inconnue, je n’en revenais pas de mon audace de m’être emparé de l’illustre tragédienne et que je me laissai tomber à genoux, rampant à ses pieds pour baiser avec dévotion l’ourlet de sa robe, cependant qu’un glaçon s’insinuait en moi et me perçait le cœur...

Blaise Cendrars, Le lotissement du ciel.

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Il se dénude

2 Août 2023, 01:32am

Publié par vertuchou

Il se dénude, se dépouille
Mon cœur fatigué,
Du geste répété
De demander l’amour .
Il s’écorche, mon cœur
À demander l’aumône
Et doucement, se fane.

Maintenant que j’ai vécu ,
Je peux mourir en paix ,
Caressez - moi la tête ,
Elle est blanche désormais ,
Parce que j’ai vécu ,
Je peux mourir en paix.

Milena Angus

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In exitu Israël

1 Août 2023, 01:04am

Publié par vertuchou

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La maison des morts

31 Juillet 2023, 01:15am

Publié par vertuchou

À Maurice Raynal.


S'étendant sur les côtes du cimetière
La maison des morts l'encadrait comme un cloître
À l'intérieur de ses vitrines
Pareilles à celles des boutiques de modes
Au lieu de sourire debout
Les mannequins grimaçaient pour l'éternité

Arrivé à Munich depuis quinze ou vingt jours
J'étais entré pour la première fois et par hasard
Dans ce cimetière presque désert
Et je claquais des dents
Devant toute cette bourgeoisie
Exposée et vêtue le mieux possible
En attendant la sépulture

Soudain
Rapide comme ma mémoire
Les yeux se rallumèrent
De cellule vitrée en cellule vitrée
Le ciel se peupla d'une apocalypse
Vivace
Et la terre plate à l'infini
Comme avant Galilée
Se couvrit de mille mythologies immobiles
Un ange en diamant brisa toutes les vitrines
Et les morts m'accostèrent
Avec des mines de l'autre monde

Mais leur visage et leurs attitudes
Devinrent bientôt moins funèbres
Le ciel et la terre perdirent
Leur aspect fantasmagorique

Les morts se réjouissaient
De voir leurs corps trépassés entre eux et la lumière
Ils riaient de leur ombre et l'observaient
Comme si véritablement
C'eût été leur vie passée

Alors je les dénombrai
Ils étaient quarante-neuf hommes
Femmes et enfants
Qui embellissaient à vue d'œil
Et me regardaient maintenant
Avec tant de cordialité
Tant de tendresse même
Que les prenant en amitié
Tout à coup
Je les invitai à une promenade
**** des arcades de leur maison

Et tous bras dessus bras dessous
Fredonnant des airs militaires
Oui tous vos péchés sont absous
Nous quittâmes le cimetière

Nous traversâmes la ville
Et rencontrions souvent
Des parents des amis qui se joignaient
À la petite troupe des morts récents
Tous étaient si gais
Si charmants si bien portants
Que bien malin qui aurait pu
Distinguer les morts des vivants

Puis dans la campagne
On s'éparpilla
Deux chevau-légers nous joignirent
On leur fit fête
Ils coupèrent du bois de viorne
Et de sureau
Dont ils firent des sifflets
Qu'ils distribuèrent aux enfants

Plus **** dans un bal champêtre
Les couples mains sur les épaules
Dansèrent au son aigre des cithares

Ils n'avaient pas oublié la danse
Ces morts et ces mortes
On buvait aussi
Et de temps à autre une cloche
Annonçait qu'un nouveau tonneau
Allait être mis en perce

Une morte assise sur un banc
Près d'un buisson d'épine-vinette
Laissait un étudiant
Agenouillé à ses pieds
Lui parler de fiançailles

Je vous attendrai
Dix ans ans vingt ans s'il le faut
Votre volonté sera la mienne

Je vous attendrai
Toute votre vie
Répondait la morte

Des enfants
De ce monde ou bien de l'autre
Chantaient de ces rondes
Aux paroles absurdes et lyriques
Qui sans doute sont les restes
Des plus anciens monuments poétiques
De l'humanité

L'étudiant passa une bague
À l'annulaire de la jeune morte
Voici le gage de mon amour
De nos fiançailles
Ni le temps ni l'absence
Ne nous feront oublier nos promesses
Et un jour nous aurons une belle noce
Des touffes de myrte
À nos vêtements et dans vos cheveux
Un beau sermon à l'église
De longs discours après le banquet
Et de la musique

De la musique
Nos enfants
Dit la fiancée
Seront plus beaux plus beaux encore
Hélas ! la bague était brisée
Que s'ils étaient d'argent ou d'or
D'émeraude ou de diamant
Seront plus clairs plus clairs encore
Que les astres du firmament
Que la lumière de l'aurore
Que vos regards mon fiancé
Auront meilleure odeur encore
Hélas ! la bague était brisée
Que le lilas qui vient d'éclore
Que le thym la rose ou qu'un brin
De lavande ou de romarin

Les musiciens s'en étant allés
Nous continuâmes la promenade

Au bord d'un lac
On s'amusa à faire des ricochets
Avec des cailloux plats
Sur l'eau qui dansait à peine

Des barques étaient amarrées
Dans un havre
On les détacha
Après que toute la troupe se fut embarquée
Et quelques morts ramaient
Avec autant de vigueur que les vivants

À l'avant du bateau que je gouvernais
Un mort parlait avec une jeune femme
Vêtue d'une robe jaune
D'un corsage noir
Avec des rubans bleus et d'un chapeau gris
Orné d'une seule petite plume défrisée

Je vous aime
Disait-il
Comme le pigeon aime la colombe
Comme l'insecte nocturne
Aime la lumière

Trop ****
Répondait la vivante
Repoussez repoussez cet amour défendu
Je suis mariée
Voyez l'anneau qui brille
Mes mains tremblent
Je pleure et je voudrais mourir

Les barques étaient arrivées
À un endroit où les chevau-légers
Savaient qu'un écho répondait de la rive
On ne se lassait point de l'interroger
Il y eut des questions si extravagantes
Et des réponses tellement pleines d'à-propos
Que c'était à mourir de rire
Et le mort disait à la vivante

Nous serions si heureux ensemble
Sur nous l'eau se refermera
Mais vous pleurez et vos mains tremblent
Aucun de nous ne reviendra
On reprit terre et ce fut le retour
Les amoureux s'entr'aimaient
Et par couples aux belles bouches
Marchaient à distances inégales
Les morts avaient choisi les vivantes
Et les vivants
Des mortes
Un genévrier parfois
Faisait l'effet d'un fantôme

Les enfants déchiraient l'air
En soufflant les joues creuses
Dans leurs sifflets de viorne
Ou de sureau
Tandis que les militaires
Chantaient des tyroliennes
En se répondant comme on le fait
Dans la montagne

Dans la ville
Notre troupe diminua peu à peu
On se disait
Au revoir
À demain
À bientôt
Beaucoup entraient dans les brasseries
Quelques-uns nous quittèrent
Devant une boucherie canine
Pour y acheter leur repas du soir

Bientôt je restai seul avec ces morts
Qui s'en allaient tout droit
Au cimetière

Sous les Arcades
Je les reconnus
Couchés
Immobiles
Et bien vêtus
Attendant la sépulture derrière les vitrines

Ils ne se doutaient pas
De ce qui s'était passé
Mais les vivants en gardaient le souvenir
C'était un bonheur inespéré
Et si certain
Qu'ils ne craignaient point de le perdre

Ils vivaient si noblement
Que ceux qui la veille encore
Les regardaient comme leurs égaux
Ou même quelque chose de moins
Admiraient maintenant
Leur puissance leur richesse et leur génie
Car y a-t-il rien qui vous élève
Comme d'avoir aimé un mort ou une morte
On devient si pur qu'on en arrive
Dans les glaciers de la mémoire
À se confondre avec le souvenir
On est fortifié pour la vie
Et l'on n'a plus besoin de personne.

Guillaume Apollinaire

 

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Elle était presque arrivée

30 Juillet 2023, 01:35am

Publié par vertuchou

Elle était presque arrivée quand les nuages s’épaissirent jusqu’à former une dalle sombre. Elle se mit à courir. Puis s’arrêta. Ses chaussures. Elle ne pouvait pas se permettre de les abîmer. Elle les retira, les glissa sous son manteau et continua à marcher sous la pluie, prenant l’embranchement qui coupait à travers bois. Aller pieds nus ne la gênait pas : elle avait fait ça toute sa vie, ses pieds étaient endurcis. Froids et presque engourdis à présent, mais endurcis. Elle avait les cheveux, les épaules et le dos de plus en plus trempés, mais marcher la réchauffait. Elle ralentit et traversa précautionneusement les tapis d’herbes gorgés d’eau. On n’entendait que le tambourin de la pluie sur les feuilles luisantes. Elle s’immobilisa. Il y avait là comme une présence, avec elle, autour d’elle, tourbillonnante et bouillonnante d’énergie. Les arbres étreignaient la terre avec tant d’intimité. Quel délice d’en faire ainsi partie intégrante. Elle ferma les yeux et se sentit appelée. Son esprit se déversa dans l’air comme un chant. Attends ! Elle ouvrit les yeux et ramena son poids dans ses pieds froids. C’était sans doute ce que vivait Gerald quand il survolait la terre. Parfois elle se faisait peur.

Louise Erdrich, Celui qui veille.

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