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Coups de cœur
Le pitre châtié
Yeux, lacs avec ma simple ivresse de renaître
Autre que l’histrion qui du geste évoquais
Comme plume la suie ignoble des quinquets,
J’ai troué dans le mur de toile une fenêtre.
De ma jambe et des bras limpide nageur traître,
A bonds multipliés, reniant le mauvais
Hamlet ! c’est comme si dans l’onde j’innovais
Mille sépulcres pour y vierge disparaître.
Hilare or de cymbale à des poings irrité,
Tout à coup le soleil frappe la nudité
Qui pure s’exhala de ma fraîcheur de nacre,
Rance nuit de la peau quand sur moi vous passiez,
Ne sachant pas, ingrat ! que c’était tout mon sacre,
Ce fard noyé dans l’eau perfide des glaciers
Stéphane Mallarmé, 1864
Tout poème
Tout poème est à double sens
Celui qui lit – est lu lui-même
par le poème
Anise Koltz
Sonnet
Je me remets à écouter Bach
Je me remets
À sentir la terre du jardin
Je me remets à penser à des poèmes et à des romans -
Je me remets
Au silence qui fait d’un matin pluvieux
Le début du monde de demain
Pier Paolo Pasolini
Suite en la Gavotte et six Doubles
Le Testament
Quand je mourrai, enterrez-moi
En dressant ma tombe
Au cœur des steppes infinies
De ma chère Ukraine.
Pour que je voie les champs immenses,
Le Dniepr et ses falaises
Et pour que je puisse entendre
Son grondement puissant.
Quand de l’Ukraine il portera
Jusqu’à la mer bleue
Le sang ennemi, alors
J’abandonnerai
Montagnes et prairies et m’envolerai
Vers Dieu pour prier.
Mais jusque-là,
Dieu m’est inconnu.
Enterrez-moi. Mais vous – Debout !
Brisez vos chaînes
Et abreuvez la Liberté
Avec le sang des ennemis.
Puis, dans la grande famille,
La famille libre et nouvelle,
N’oubliez pas de m’évoquer
À voix basse, tendrement.
Taras Chevtchenko
Il faut que tu m’embrasse debout
Il faut que tu m’embrasse debout, je suis certaine d’admirer ta façon d’être plus grand que moi.
Il faut que le ciel me tombe sur la bouche. Que j’en aie le souffle court. Que je te dise des choses absurdes et précipitées. Que j’aie ton odeur partout sur moi. Que tu m’enlaces par derrière pendant que je suis en train de faire quelque chose de très important comme chercher dans on sac le paquet de cigarettes de mon frère parce que tu veux fumer. Que je te dise cette chose idiote et réelle : « Ça commence aujourd’hui. » C’est émouvant de t’embrasser, tu ne peux pas le savoir mais je te le dis. D’où viens-tu Jude ?
De quelle histoire ? Pas n’importe laquelle pour qu’il y ait ça sur ton visage, ce regard qui veut vivre à toute force parce qu’il vient de loin et regrette ce qu’il a vu là-bas. On va bientôt arriver à Londres, on va s’inventer une vie à deux qui nous enverra si bien en l’air.
Viens, que je te tienne par la taille dans la rue. Là, tout près.
Pourquoi je te regarde comme ça ? Parce que j’ai une foutue envie que tu m’étouffes dans le couloir du train. Et que je n’en réchappe pas.
Arnaud Cathrine, Les vies de Luka.
Je viendrai frôler tes murs
Je viendrai frôler tes murs,
Peupler ton insomnie
Tu entendras des mots d'herbe et de rosée
Je te dirai à voix perdue
Ce que le silence tenait prisonnier.
Anne-Marie Derése
Un giusto furore che m'arde nel core
Quelqu'un
Quelqu'un d'un doigt léger m'a touchée à l'épaule...
Je me suis retournée mais il s'était enfui :
Peut-être es-tu celui que je n'espérais plus
et dont le souvenir confus
trouble encore quelquefois le miroir de mes songes ?
Ou bien
l'ange gardien de mon âme d'enfant
alors que résonnait aux jardins du Printemps
le doux éclat de nos deux rires ?
Je froissais quelquefois tes ailes dans nos jeux,
blanches ailes au reflet bleu
comme l'enfantine journée.
Viens-tu comme autrefois, poser mes pieds lassés
sur la divine échelle où palpitaient les anges ?
Nous la sentions vibrer d'amour pur sous nos doigts,
mais c'était le temps d'autrefois...
Ou bien
es-tu tout simplement
celle que chaque jour j'attends,
la patiente Silencieuse,
avec le fil aiguisé de ta faux
dissimulé derrière ton épaule ? ...
Est-ce donc en ce soir d'automne
et dans sa fragile beauté
qu'il faut partir pour l'incertain voyage ?
Ô Mère du sommeil, prends moi donc par la main,
ne faisons pas de bruit et ne troublons personne,
partons comme s'envole une feuille en automne.
(Octobre 1943)
Louisa Paulin