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Coups de cœur
Bien que mort à la foi
Bien que mort à la foi qui m'assurait de Dieu,
Je regrette toujours la volupté de croire,
Et ce dissentiment éclate en plus d'un lieu
Dans mon livre contradictoire.
Ayant pour son malheur le choix de deux chemins
Ma vie entre chacun piétine, balancée ;
J'hésite à prendre un but, quel qu'il soit, tant je crains
De me découvrir ma pensée.
Mais, dussé-je partir sans savoir où j'irai,
Il faut que je m'enfonce enfin dans une route :
Je suis las de souffrir d'être ainsi déchiré
Par les violences du Doute.
S'il m'arrive d'errer pour un temps hors des murs
De la communauté catholique et romaine,
Je n'empêcherai pas qu'au sein des dogmes sûrs
Un heureux détour me ramène ;
Car, héritier d'un sang déjà vieux de chrétiens,
C'est encor lui qui parle en moi lorsque je pense,
Et l'amour qui m'unit sur cette terre aux miens
Me fait aimer leur espérance.
La douleur qui m'incline à de mauvais sentiers
N'usera pas l'instinct profond de tout mon être ;
Je veux, quand le moment viendra, mourir aux pieds
Du crucifix qui m'a vu naître.
Charles Guérin
Le plus beau poème du monde
Le plus beau poème du monde ne sera jamais que le pâle reflet de ce qu’on appelle la poésie, qui est une manière d’être, ou, dirait l’autre, d’habiter ; de s’habiter. Toutes les réactions des hommes relèvent de la poésie. Ça ne trompe pas. La poésie, c’est l’indifférence à tout ce qui manque de réalité.
Georges Perros
Tes yeux
Vos yeux sont vos yeux vos yeux
Que vous veniez dans ma prison ou à mon hôpital,
vos yeux, vos yeux, vos yeux sont toujours au soleil
C'est fin mai
du côté d'Antalya, les récoltes sont au temps de la magie.
Tes yeux sont tes yeux Tes yeux
Combien de fois ils ont pleuré devant moi
Tes yeux étaient nus,
grands et nus comme les yeux d'un enfant de six mois,
mais nous ne sommes jamais partis un jour sans soleil
Vos yeux sont vos yeux Vos yeux
Laissez vos yeux voir pleurnicher
Une personne heureuse, joyeuse,
intelligente et parfaite que possible,
il y aura quelque chose de mythique dans le monde.
Vos yeux sont vos yeux
en automne. Ici, ils sont comme les châtaignes de Bursa qui
partent sous forme de pluie d'été et d'
Istanbul en toutes saisons et à tout moment.
Tes yeux sont tes yeux, tes yeux
viendront, le jour de ma rose, le jour viendra où les
gens seront soeurs l'un à l'autre,
ils regarderont avec tes yeux, ma fleur,
ils regarderont avec tes yeux.
Nazim Hikmet
La Liseuse à la fenêtre
La Soupe à l'oignon
Quel est ce bruit appétissant
Qui va sans cesse bruissant ?
On dirait le gazouillis grêle
D'une source dans les roseaux,
Ou l'interminable querelle
D'un congrès de petits oiseaux.
Mais cela n'est pas. Que je meure
Sous des gnons et sous des trognons,
Si ce ne sont pas des oignons
Qui se trémoussent dans du beurre !
Hein ! qu'est-ce que Bibi disait ?
Et ce bruit sent bon — qui plus est.
C'est à vous donner la fringale.
Traitez-moi de syndic des fous,
Je n'en connais pas qui l'égale.
« Et pourquoi faire — direz-vous —
Met-on ces oignons dans le beurre ? >
Pourquoi faire ?… triples couyons,
J'espère… une soupe à l'oignon.
Vous allez voir ça tout à l'heure !
Je m'invite, n'en doutez pas.
Et j'en veux manger, de ce pas,
À pleine louche, à pleine écuelle…
Ne me regardez pas ainsi,
C'est ma façon habituelle.
La soupe à l'oignon, Dieu merci !
Ne m'a jamais porté dommage.
Ainsi, la mère, encore un coup,
Insistez, faites en beaucoup,
Et n'épargnez pas le fromage.
Elle est prête ?… Alors, on s'y met.
Ô simple et délicat fumet !
Tous les parfums de l'Arabie
Et que l'Orient distilla,
Ne valent pas une roupie
De singe, auprès de celui-là.
Et puis !… quel fromage énergique !
File-t-il, cré nom ! file-t-il !
Si l'on ne lui coupe le fil,
Il va filer jusqu'en Belgique !
On me dirait dans cet instant :
La Fortune est là qui t'attend
« Laisse-là ta soupe et sois riche. »
Que d'un cran je ne bougerais.
Qu'elle m'attende, je m'en fiche !
En vérité, je ne saurais,
Quand elle passerait ma porte,
Manger deux soupes à la fois,
Comme celle-ci. Non, ma foi.
Alors, que le diable l'emporte !
Assez causé. Goûtons un peu
Cette soupe, s'il plaît à Dieu !
Cristi ! Qu'elle est chaude, la garce !
Autant pour moi ! Où donc aussi,
Avais-je la cervelle éparse ?
Sans doute entre Auteuil et Bercy…
Elle ne m'a pas pris en traître
Sais-je pas sur le bout du doigt,
Que toute honnête soupe doit
Être brûlante ou ne pas être ?
Qu'est-ce à dire ? Je m'aperçois
Que j'en ai repris quatre fois.
Parbleu ! je n'en fais point mystère.
Mais j'en veux manger tout mon soûl,
Quatre fois ! peuh ! la belle affaire !
J'en reprendrais bien pour un sou.
Dussé-je crever à la peine,
Je n'aurai garde d'en laisser.
Et ne croyez pas me blesser,
En m'appelant « vieux phénomène »…
Allons, bon !… Il n'en reste plus !
Et bien, alors, il n'en faut plus.
Ayons quelque philosophie.
Une soupe se trouvait là,..
Elle n'est plus là… C'est la Vie !
Que voulez-vous faire à cela ?
La soupe la plus innombrable
Finit tôt par nous dire adieu.
Et je ne vois guère que Dieu,
Finalement, de perdurable.
Raoul Ponchon
Il ne peut échapper à son odeur
Il ne peut échapper à son odeur. Son odeur sur la serviette son odeur sur les draps qui a-t-elle appelé à qui a-t-elle parlé. Son odeur dans la cuisine où est-elle où est-elle quand va-t-elle rentrer son parfum dans le couloir son parfum dans le salon son parfum avec qui est-elle sortie et qu’y a-t-il entre eux. Son parfum dans la salle de bain où est-elle et va-t-elle encore se faire avoir. Le parfum de son shampoing. Son odeur dans le panier à linge. Où est-elle. Quand rentrera-t-elle. Elle rentrera tard.
Amos Oz, Seule la mer
J'ai appris
J'ai appris qu'il y a des amours impossibles,
des amours inachevés,
des amours qui pouvaient être et n'ont pas été.
J'ai appris qu'une traînée brûlante est préférable, même si elle laisse une cicatrice mieux vaut l'incendie à un cœur en hiver.
Ferzan Ozpetek
Le petit couteau
Les saxophonistes John Surman et Johnny Griffin et les contrebassistes Barry Guy et François Rabbath revisitent la Sonnerie de Sainte-Geneviève du Mont de Paris
Emportez tout
Emportez tout, mais laissez-moi l’Extase.
Telle je serai plus riche que tous mes Compagnons –
Maladie m’est devenue séjour si sain
Depuis qu’à mon ultime Porte sont ceux qui possèdent le plus,
En abjecte pauvreté –
Emily Dickinson
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