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Coups de cœur
Chanson du temps opportun
Le Temps, de ses pipeaux, tire de clairs accords,
Bondissez au soleil, les âmes et les corps,
Par les chemins poudreux et la verdure épaisse
Épuisez les plaisirs, c’est la seule sagesse :
Prenez-vous, quittez-vous, cherchez-vous tour à tour,
Il n’est rien de réel que le rêve et l’amour.
Sur la terre indigente où tant d’ombre s’éploie
Ayez souci d’un peu de justice et de joie.
Retenez, du savoir, ce qu’il faut au bonheur :
On est assez profond pour le jour où l’on meurt.
Vivez ; ayez l’amour, la colère et l’envie,
Pauvres êtres vivants, il n’est rien que la vie.
Anna de Noailles
Je pars à la découverte
Je pars à la découverte du corps de Gabriel, la pulpe des doigts, le pli derrière le genou, enserrer la malléole, avec fermeté, la garder pour soi, toucher la lisière entre le cou et la chevelure, la raie des fesses, la commissure des lèvres, l'intérieur des joues, la narine, l'aisselle, l'aréole du sein gauche, puis du sein droit, chaque couille, deviner là où la peau est la plus fine, la plus sensible. Je lui abandonne peu à peu mon corps, il en fait ce qu'il veut, je n'ai presque plus peur. Le sexe est un jeu sans fin, il connaît d'infinies variations d'être touchée, caressée, pénétrée. Il me propose d’infinies variations d'être touchée, caressée, pénétrée. Il me propose des règles nouvelles, j'accepte avec joie. J'atteins une destination qui m'était, avant lui, inconnue.
Colombe Schneck, La tendresse du crawl
Elle est si douce et fragile
Elle est si douce et fragile,
Il est sauvage et indocile.
Deux êtres totalement à l'opposé,
Mais que le destin à fait se croiser.
Qui les aurai imaginé,
Qui aurait cru qu'ils pourraient s'aimer?
Ils sont si différents,
Deux caractères compatibles pourtant.
Elle lui apporte cette douceur,
Et lui l'aide à surpasser ses peurs.
Elle a ce côté timide et gêné,
Et lui ce côté sans crainte d'être jugé.
Elle lui apporte cet amour si velouté,
Et lui ce manque de brut et de liberté.
Elle si effacée et réservée,
Et lui si éloquent, sait se faire remarquer.
Ils sont vraiment différents,
Mais entre eux, c'est la fusion des sentiments...
Emmanuelle Girin
Have you Seen the Girl Next Door
Soupir
Mon âme vers ton front où rêve, ô calme sœur,
Un automne jonché de taches de rousseur,
Et vers le ciel errant de ton œil angélique
Monte, comme dans un jardin mélancolique,
Fidèle, un blanc jet d’eau soupire vers l’Azur !
- Vers l’Azur attendri d’Octobre pâle et pur
Qui mire aux grands bassins sa langueur infinie
Et laisse, sur l’eau morte où la fauve agonie
Des feuilles erre au vent et creuse un froid sillon,
Se traîner le soleil jaune d’un long rayon.
Stéphane Mallarmé
La poésie est un émerveillement
La poésie est un émerveillement, très exactement au niveau de la parole, dans la parole, par la parole.
Le problème du poète est donc d’exprimer du réel avec de l’irréel. Il vit, comme nous l’indiquions dans notre avant-propos, dans le clair-obscur de son être, tour à tour apportant au réel une lueur ou une pénombre et chaque fois donnant à son expression une nuance inattendue
Gaston Bachelard, La flamme d'une chandelle
Calcaire
En souvenir de Guillaume Apollinaire
La mer où tu dormis naguère,
Quand le temps n'avait pas de nom,
Reflua : tu devins lumière,
Page insérée au droit des monts,
Falaise d'or vague, ou laiteuse
Compagne des chemins profonds,
Citadelles de roches creuses,
Villes fantômes où le soir
Ranime d'obstinées veilleuses,
Dolines, margelles d'espoir
Gardant aux blés leur confidence
Ou la paix aux vieux abreuvoirs,
Blancs autels tendus à l'offense
Des pluies qui s'ouvrent peu à peu
La voie de secrètes mouvances,
Frontons d'hermine ou longs épieux,
Gerbes illuminant la gloire
De grottes closes sur leurs cieux...
Beau calcaire, notre mémoire,
Avons-nous assez navigué
Sans nous soucier d'autre histoire
Qu'un baiser qui nous fut légué
À la pierre où nous allions boire ?
André Miquel
True Sorry
Printemps
Tendre, la jeune femme rousse,
Que tant d'innocence émoustille,
Dit à la blonde jeune fille
Ces mots, tout bas, d'une voix douce :
« Sève qui monte et fleur qui pousse,
Ton enfance est une charmille :
Laisse errer mes doigts dans la mousse
Où le bouton de rose brille,
Laisse-moi, parmi l'herbe claire,
Boire les gouttes de rosée
Dont la fleur tendre est arrosée, –
« Afin que le plaisir, ma chère,
Illumine ton front candide
Comme l'aube l'azur timide. »
Paul Verlaine.
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