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Coups de cœur
La bête
Nous pencherons sur toi notre corps et notre âme,
Bouche intime, nudité de la nudité,
Tendre et mystérieux repli de la beauté,
Rose coquille où vit la passion des femmes !
Lorsque, pour t’adorer, nous plions le genou,
L’odeur de tout l’amour exalte nos narines,
Et, sous notre baiser, ton plaisir a le goût
De goémons mouillés et des bêtes marines,
Toi de chair délicate et crue, étrange cœur
Du monde, rétractile et secrète gencive,
Bête terrible, bête au guet, bête lascive,
Bête éternelle, — Ô joie !... Ô douleur !... Ô douceur !...
Lucie Delarue-Mardrus
La poésie, c'est...
La poésie, c'est un des plus vrais, un des plus utiles surnoms de la vie.
Jacques Prévert
Aller sur la lune
Aller sur la lune
et plus loin encore
où même les télescopes ne peuvent atteindre
Mais quand les gens sur notre Terre cesseront-ils de mourir de faim ?
personne n'aura peur de personne
personne ne dominera personne
personne ne maudira personne,
personne ne privera un autre de son espoir ?
Nazim Hikmet
Boléro
Parle-moi, mon amour
Parle-moi, mon amour !
Dis-moi avec des mots ce que tu chantais.
La nuit est sombre.
Les étoiles sont perdues dans les nuages.
Le vent soupire à travers les feuilles.
Je relâcherai mes cheveux.
Mon manteau bleu s'accrochera autour de moi comme la nuit.
Je serrerai ta tête sur ma poitrine ;
Et là dans la douce solitude
Je murmurerai sur ton cœur.
Je fermerai les yeux et écouterai.
Je ne regarderai pas ton visage.
Quand tes paroles seront terminées,
Nous nous assiérons immobiles et silencieux.
Seuls les arbres chuchoteront dans l'obscurité.
La nuit pâlira.
Le jour se lèvera.
Nous nous regarderons dans les yeux
Et nous irons sur nos chemins différents.
Parle-moi, mon amour !
Dis-moi avec des mots ce que tu chantais.
Rabindranath Tagore
Charlie était beau
Charlie était beau comme un prince. Il était grand et blond, avec de longs cheveux luisants et dorés que sa main rejetait en arrière, un teint pâle et limpide. il avait un ravissant nez droit et blanc, une bouche de fille ornée de lèvres pleines un peu entrouvertes, un menton saillant et fendu. Il portait le col de sa chemise déboutonné, et le bas de sa gorge éclatait de blancheur comme un perce-neige. Ses genoux aussi étaient très blancs. Judith pensait à lui nuit et jour. La nuit, elle imaginait qu'il était dans son lit à côté d'elle. Elle lui contait des histoires et chantait pour l'endormir ; il lui disait qu'il l'aimait plus que tout le monde, qu'il se marierait avec elle quand ils seraient grands tous les deux. Il s'endormait, un rayon de lune au front ; elle veillait sur lui jusqu'au matin.
Rosamond Lehmann, Poussière
On brûle
On prend des photos
des notes
on se dit
Souviens-toi de ça
on se dit
tout n'est pas perdu
on brûle
et ce qui nous fait vivre
souffle sur les braises
des instants perdus
Thomas Vinau
Dolores
Éloge de l’amour
Tout l’Univers obéit à l’Amour ;
Belle Psyché, soumettez-lui votre âme.
Les autres dieux à ce dieu font la cour,
Et leur pouvoir est moins doux que sa flamme.
Des jeunes coeurs c’est le suprême bien
Aimez, aimez ; tout le reste n’est rien.
Sans cet Amour, tant d’objets ravissants,
Lambris dorés, bois, jardins, et fontaines,
N’ont point d’appâts qui ne soient languissants,
Et leurs plaisirs sont moins doux que ses peines.
Des jeunes coeurs c’est le suprême bien
Aimez, aimez ; tout le reste n’est rien.
Jean de La Fontaine
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