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Coups de cœur
La cinquième saison
S’il faut nommer le ciel je commence par toi
Je reconnais tes mains à la forme du toit
L’été je dors dans la grange de tes épaules
Les hirondelles de ta poitrine me frôlent
Dressées contre ma joue les tiges de ton sang
Le rideau de ta chevelure qui descend
Je te cache pour moi dans la ruche des flammes
Reine du feu parmi les frelons noirs des âmes
Par l’automne épargnés, tes yeux sont toujours verts
Les fleuves continuent de passer au travers
Ton souffle achève au loin le clapotis de plaines
On ne sait plus si c’est le soir ou ton haleine
En hivers tu secoues la neige de ton front
Tu es la tache lumineuse du plafond
Et je ferme au-delà des mers le paysage
Avec les hautes falaises de ton visage
L’étrave du printemps glisse entre tes genoux
Lentement le soleil s’est approché de nous
Tu traverses la nuit plus douce que la lampe
Tes doigts frêles battent les vitres de ma tempe
Je partage avec toi la cinquième saison
La fleur la branche et l’aile au bord de la maison
Les grands espaces bleus qui cernent ma jeunesse
Sur le mur le dernier reflet d’une caresse.
René Guy Cadou
Un poète
Un poète
C’est un être unique
À des tas d’exemplaires
Qui ne pense qu’en vers
Et n’écrit qu’en musique
Sur des sujets divers
Des rouges et des verts
Mais toujours magnifiques
Boris Vian
Je pense à toi
Je pense à toi, toujours. Je t'aime toi qui m'aimes tant.
J'ai toujours le son de ta voix dans l'oreille et,
sur mes lèvres, souvent, l'impression de tes douces lèvres.
Lettre de Gustave Flaubert à Louise Colet, le 25 janvier 1852.
Ugetsu
Je ne suis pas vieille
Je ne suis pas vieille… dit-elle
je suis rare.
Je suis l'ovation debout
à la fin de la pièce.
Je suis la rétrospective
de ma vie en tant qu'art
Je suis les heures
connectées comme des points
dans le bon sens
Je suis la plénitude
d'exister.
Tu penses que j'attends de mourir...
mais j'attends d'être trouvée
Je suis un trésor.
je suis une carte.
Et ces rides sont
les empreintes de mon parcours
Demande-moi n'importe quoi.
Samantha Reynolds
Ouragan
Je suis
Je suis une page sous ta plume.
J'accepte tout. Je suis une page blanche.
Je le garde tout ton bien précieux.
Je le cultive pour te le rendre au centuple.
Je suis le village, je suis la terre noire.
Tu m'es pluie et soleil.
Tu es Maître et Dieu et moi -
Tchernoziom et papier blanc!
Marina Tsvetaïeva
Amando Demais
L’Ogre
J’ai faim de mondes infinis
Vieille soupe d’astres et de songes
De ce pain bleu des galaxies
Qui fume encore et me prolonge
J’ai faim d’îles et d’archipels
Où mijotent d’autres saveurs
Faim d’une faim originelle
Venue de l’espace intérieur
J’ai faim de ces couleurs qui crament
De cette lumière sabre au clair
Faim dans ma chair et dans mon âme
De tous les fumets de la terre
J’ai faim d’un vertige de femme
Pétrie de nuits et de marées
Quand le grand désir qui s’enflamme
Ouvre le sexe de l’été
J’ai faim d’une fraternité
Qui tremble de toute sa treille
Faim des vivantes vérités
Des évidences du soleil
J’ai faim d’une vie à ras bords
Qui dégorge sa sève noire
De cette vie qui se dévore
Dernière tablée du hasard
J’ai faim de cette éternité
De ce ciel vide qui me coiffe
Que la mort en meure bouche bée
À la fin de l’envoi j’ai soif.
Jean Vasca
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