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Poésie, c'est impossibilité d'être quoi que ce soit

13 Novembre 2012, 05:30am

Publié par vertuchou

Poésie, c'est impossibilité d'être quoi que ce soit

dans un monde qui ne cesse de nous demander notre identité.
Notre fiche de futur dégringolé. L'intérêt est ailleurs.

Sur la terre. Mais ailleurs. Sur la terre.
Cherchons.

Georges Perros

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Ce que c’est / Was es ist

12 Novembre 2012, 05:22am

Publié par vertuchou

C’est du non-sens

dit la raison

C’est ce que c’est

dit l’amour


C’est de la malchance

dit le calcul

Ce n’est rien que douleur

dit la peur


C’est sans issue

dit le bon sens

C’est ce que c’est

dit l’amour



C’est ridicule

dit l’orgueil

C’est insouciant

dit la prudence


C’est impossible

dit l’expérience

C’est ce que c’est

dit l’amour

 


 

Erich Fried



Es ist Unsinn

sagt die Vernunft

Es ist was es ist

sagt die Liebe

 

Es ist Unglück

sagt die Berechnung

Es ist nichts als Schmerz

sagt die Angst

Es ist aussichtslos

sagt die Einsicht

Es ist was es ist

sagt die Liebe



Es ist lächerlich

sagt der Stolz

Es ist leichtsinnig

sagt die Vorsicht

Es ist unmöglich

sagt die Erfahrung

Es ist was es ist

sagt die Liebe







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Maintenant

11 Novembre 2012, 05:50am

Publié par vertuchou

Encore une fois tu te trouves là
face-à-face, près de moi
dis-moi, qu'est-ce que tu vois
quand tu me regardes ? regarde-moi
ici un bout d'un souffle
ici un bout d'un rêve


tu ne sais pas quoi faire, quoi dire
l'attente sur les lèvres
mais je viens comme le vent
et je viens comme printemps
ouvre ta bouche et place mon nom dedans
laisse-le là sur la langue


et je viens comme soleil
fait le bleu plus foncé
ouvre-moi ta porte
l'amour n'aime pas hésiter
mais tu as dit
tu n'as pas le temps


qu'est-ce que tu penses donc toi ?
la vie viendra une autre fois
non, tant pis pour toi !
ferme les yeux, embrasse-moi
le moment nous présente le present
le moment est maintenant


oui je viens comme le vent
et je viens comme printemps
ouvre ta bouche et place mon nom dedans
laisse-le là sur la langue
oui je viens comme soleil
fait le bleu plus foncé


ouvre-moi ta porte
l'amour n'aime pas hésiter

 

 

 

 


 

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Dialogue amoureux

10 Novembre 2012, 05:04am

Publié par vertuchou

Je dis : «
Votre prénom ? »

Et elle :

«
Selon vos goûts. »

Je dis : «
Choisissons-nous
Carole ? »

Et elle :

«
J'accepte, pour l'instant. »

Je dis : «
Vous êtes seule ? »

Et elle :

«
Mais avec vous. »

Je dis : «
On peut s'aimer ? »

Et elle :

«
Votre désir a tous les droits. »

Je dis : «
Vos hommes, qui sont-ils ? »

Et elle :

«
Croupiers, industriels, maîtres nageurs. »

Je dis : «
Vos préférences ? »

Et elle :

«
Ceux qui sont tristes mais pas trop. »

Je dis : «
On mange ? »

Et elle :

«
Les huîtres sont un bon prélude. »

Je dis : «
Quelquefois vous lisez ? »

Et elle :

«
Sartre,
Camus et
Thomas
Mann. »

Je dis : «
Vous avez de beaux seins. »

Et elle :

«
Moi aussi, je les aime. »

Je dis : «
Vous êtes à peu près divine. »

Et elle :

«
Vous avez bien raison. »

Je dis : «
Votre cadeau... »

Et elle :

«
Peut-être est-ce gratuit. »

Nous nous sommes aimés

lundi, mardi, dimanche

et le lundi suivant.

Nous avons discuté de
Flaubert,

puis de
Tolstoï.

Je dis :

«
Vous avez des genoux inoubliables. »

Et elle :

«
Seulement les genoux ? »

Nous nous sommes lassés l'un de l'autre,

le même jour, à la même heure,

ce qui est rare et vertueux.
Alain Bosquet

 

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Au lecteur

9 Novembre 2012, 05:54am

Publié par vertuchou

 La sottise, l'erreur, le péché, la lésine,
Occupent nos esprits et travaillent nos corps,
Et nous alimentons nos aimables remords,
Comme les mendiants nourrissent leur vermine.

 Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches ;
Nous nous faisons payer grassement nos aveux,
Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux,
Croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches.

 Sur l'oreiller du mal c'est Satan Trismégiste
Qui berce longuement notre esprit enchanté,
Et le riche métal de notre volonté
Est tout vaporisé par ce savant chimiste.

C'est le Diable qui tient les fils qui nous remuent !
Aux objets répugnants nous trouvons des appas ;
Chaque jour vers l'Enfer nous descendons d'un pas,
Sans horreur, à travers des ténèbres qui puent.

 Ainsi qu'un débauché pauvre qui baise et mange
Le sein martyrisé d'une antique catin,
Nous volons au passage un plaisir clandestin
Que nous pressons bien fort comme une vieille orange.

Serré, fourmillant, comme un million d'helminthes,
Dans nos cerveaux ribote un peuple de Démons,
Et, quand nous respirons, la Mort dans nos poumons
Descend, fleuve invisible, avec de sourdes plaintes.

 Si le viol, le poison, le poignard, l'incendie,
N'ont pas encor brodé de leurs plaisants dessins
Le canevas banal de nos piteux destins,
C'est que notre âme, hélas ! n'est pas assez hardie.

 Mais parmi les chacals, les panthères, les lices,
Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents,
Les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants,
Dans la ménagerie infâme de nos vices,

 Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde !
Quoiqu'il ne pousse ni grands gestes ni grands cris,
Il ferait volontiers de la terre un débris
Et dans un bâillement avalerait le monde ;

 

C'est l'Ennui ! - l'oeil chargé d'un pleur involontaire,
Il rêve d'échafauds en fumant son houka.
Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat,
- Hypocrite lecteur, - mon semblable, - mon frère !

 Charles Baudelaire

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Le champ de blé vert avec cyprès

8 Novembre 2012, 05:23am

Publié par vertuchou

van-Gogh.jpg

 

Vincent Van Gogh

Le champ de blé vert avec cyprès


 1889

92,5 x 73,5cm

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Je ne sais rien de votre peau

7 Novembre 2012, 05:10am

Publié par vertuchou

Je ne sais rien de votre peau, de votre odeur.
Laissez-moi vous explorer, vous effeuiller jusqu'à l'insupportable,

jusqu'à ne plus accepter d'être des mots écrits sur des coins de nappes en papier,

des pensées notées sur un carnet.
Vous méritez mieux que cela.
Vous êtes une étoile lointaine, pas trop j'espère, et je ne suis qu'un amant de papier.
Ne me brûlez pas... 

 

 Bernard Giraudeau

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les barricades mystérieuses

6 Novembre 2012, 05:05am

Publié par vertuchou

 


 

François Couperin

1668 - 1733

les barricades mystérieuses

 

pièce pour clavecin

tiré du Second livre de clavecin

(1716 ou 1717)

 

interprété par

Elaine Comparone

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Ma seule amour...

5 Novembre 2012, 05:08am

Publié par vertuchou

Ma seule amour, ma joye et ma maistresse,

Puisqu'il me fault loing de vous demorer,
Je n'ay plus riens, à me reconforter,
Qu'un souvenir pour retenir lyesse.

En allegant, par Espoir, ma destresse,
Me couvendra le temps ainsi passer,
Ma seule amour, ma joye et ma maistresse,
Puisqu'il me fault loing de vous demorer.

Car mon las cueur, bien garny de tristesse,
S'en est voulu avecques vous aler,
Ne je ne puis jamais le recouvrer,
Jusques verray vostre belle jeunesse,
Ma seule amour, ma joye et ma maistresse.

Charles d' Orléans (1394-1465)

 

 

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La femme

4 Novembre 2012, 05:26am

Publié par vertuchou

Mais maintenant vient une femme,
Et lors voici qu'on va aimer,
Mais maintenant vient une femme
Et lors voici qu'on va pleurer,

Et puis qu'on va tout lui donner
De sa maison et de son âme,
Et puis qu'on va tout lui donner
Et lors après qu'on va pleurer

Car à présent vient une femme,
Avec ses lèvres pour aimer,
Car à présent vient une femme
Avec sa chair tout en beauté,

Et des robes pour la montrer
Sur des balcons, sur des terrasses,
Et des robes pour la montrer
A ceux qui vont, à ceux qui passent,

Car maintenant vient une femme
Suivant sa vie pour des baisers,
Car maintenant vient une femme,
Pour s'y complaire et s'en aller.

 

Max Elskamp

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