Concerto pour luth en Ré Majeur R 93
Concerto pour luth en Ré Majeur R 93
II.Largo III. Allegro
Sphera AntiQva
Coups de cœur
Je ne songeais pas à Rose;
Rose au bois vint avec moi;
Nous parlions de quelque chose,
Mais je ne sais plus de quoi.
J'étais froid comme les marbres;
Je marchais à pas distraits;
Je parlais des fleurs, des arbres;
Son oeil semblait dire: -Après?-
La rosée offrait ses perles,
Les taillis ses parasols;
J'allais; j'écoutais les merles,
Et Rose les rossignols.
Moi, seize ans, et l'air morose;
Elle vingt; ses yeux brillaient.
Les rossignols chantaient Rose
Et les merles me sifflaient.
Rose, droite sur ses hanches,
Leva son beau bras tremblant
Pour prendre une mûre aux branches;
Je ne vis pas son bras blanc.
Une eau courait, fraîche et creuse
Sur les mousses de velours;
Et la nature amoureuse
Dormait dans les grands bois sourds.
Rose défit sa chaussure,
Et mit, d'un air ingénu,
Son petit pied dans l'eau pure;
Je ne vis pas son pied nu.
Je ne savais que lui dire;
Je la suivais dans le bois,
La voyant parfois sourire
Et soupirer quelquefois.
Je ne vis qu'elle était belle
Qu'en sortant des grands bois sourds.
-Soit; n'y pensons plus!- dit-elle.
Depuis, j'y pense toujours.
Paris, juin 1831.
Victor Hugo
Marc CHAGALL
1887-1985
Les amoureux
1957
Vos yeux ont le bleu pur des glaces boréales
Et le blanc de la neige sur ce bleu est gris pâle
Vos yeux sont si profonds que l ’océan s’y perd.
En vagues d’émeraudes ou domine le pers.
Vos yeux ma Dame sont, bleuets ou myosotis
Lavande, saphir, turquoise ou lapis-lazuli
Quand la caresse les fait ciller.
Quand votre émoi les fait briller.
Ils sont d’azur et de pervenche,
Bleu d ’horizon ou d’aigue-marine,
Quand femme vous êtes en gésine,
Quand la colère en vous fulmine.
Quand votre cœur en peine s’épanche.
Lorsqu’ils se ferment à mon regard,
Quand tout ce bleu se vêt de nuit,
Je suis perdu, j’erre au hasard
Sans leur lumière, ma vie s’enfuit
Je suis perdu, je suis hagard,
Quand je n’ai plus ce bleu qui luit.
Patrick Laurain
Jean-Michel Basquiat
(1960-1988)
Autoportrait
1982
Près du puits, devant le porche,
S’élève un tilleul ;
J’ai fait dans son ombre
Tant de doux rêves.
J’ai gravé dans son écorce
Tant de mots d’amour ;
La joie comme la peine
Toujours vers lui m’attiraient.
Mais aujourd’hui encore j’ai dû marcher
Dans la nuit profonde.
Pourtant dans l’obscurité,
J’ai fermé les yeux.
Et ses rameaux bruissaient
Comme pour m’appeler ;
Viens donc à moi, compagnon,
Ici tu trouveras le repos !
Les vents glacés soufflaient
Droit sur mon visage,
Mon chapeau s’envola
Mais je ne me retournai pas.
Je suis désormais
A de nombreuses heures de ce lieu
Et toujours j’entends ce murmure :
Ici tu trouverais le repos.
Wilhelm Müller
Oliver
You kicked a hole through my heart
And left me with the whistling sound
As the wind blows through
With duct tape
And an open bag, I covered it up
And put back on my sweater
So I look the same
But I'm a little different now
(chorus)
I might look the same
I might look the same
But I'm a little different now
Now
Oliver
You ripped the smile off my face
And fed it to the winter birds
Why wicked boy
Oliver
You are my blackness, Oliver
You are my lightness
My defestator
(chorus x2)
Gemma Hayes
Comme un fleuve s'est mis
A aimer son voyage
Un jour tu t'es trouvée
Dévêtue dans mes bras
Et je n'ai plus songé
Qu'à te couvrir de feuilles
De mains nues et de feuilles
Pour que tu n'aies point froid
Car t'aimais-je autrement
Qu'à travers tes eaux vives
Corps de femme un instant
Suspendu à mes doigts
Et pouvais-je poser
Sur tant de pierres chaudes
Un regard qui n'aurait
Eté que du désir ?
Vierge tu réponds mieux
A l'obscure sentence
Que mon coeur fait peser
Doucement sur ton coeur
Et si j’ai le tourment
De ta métamorphose
C’est qu’il me faut aimer
Ton amour avant toi.
René Guy Cadou
La poésie, c'est comme les lunettes.
C'est pour mieux voir.
Parce que nos yeux ne savent plus, ils sont
fatigués, usés. Croyez-moi, tous ces gens autour de vous,
ils ont les yeux ouverts et pourtant petit à petit,
sans s'en rendre compte,
ils deviennent aveugles.
Il n'y a qu'une solution pour les sauver : la poésie.
Jean-Pierre Siméon
Constantin Brancusi
La Muse
1912
Marbre,
45 x 23 x 17 cm