La muse
Constantin Brancusi
La Muse
1912
Marbre,
45 x 23 x 17 cm
Coups de cœur
Constantin Brancusi
La Muse
1912
Marbre,
45 x 23 x 17 cm
Le soleil s'est couché ce soir dans les nuées;
Demain viendra l'orage, et le soir, et la nuit ;
Puis l'aube, et ses clartés de vapeurs obstruées ;
Puis les nuits, puis les jours, pas du temps qui s'enfuit !
Tous ces jours passeront ; ils passeront en foule
Sur la face des mers, sur la face des monts,
Sur les fleuves d'argent, sur les forêts où roule
Comme un hymne confus des morts que nous aimons.
Et la face des eaux, et le front des montagnes,
Ridés et non vieillis, et les bois toujours verts
S'iront rajeunissant ; le fleuve des campagnes
Prendra sans cesse aux monts le flot qu'il donne aux mers.
Mais moi, sous chaque jour courbant plus bas ma tête,
Je passe, et, refroidi sous ce soleil joyeux,
Je m'en irai bientôt, au milieu de la fête,
Sans que rien manque au monde immense et radieux !
Victor Hugo
J’écris sur ton corps
avec un unique son :
le silence.
Tu es femme/ma partition
et en toi on lit
chaque murmure
d’une ultime mélodie
que mon encre verse
sur ta peau.
Mario Portillo Pérez
Escribo sobre tu cuerpo
con un único sonido:
el silencio.
Eres mujer / mi partitura
y en ti se lee
cada susurro
de una última melodía
que mi tinta vierte
sobre tu piel.
Art Tatum
Goin' home
(Dvorak)
1949
Je traverserai les villes
J’emporterai ta voix
J’irai chercher le feu dans le ciel
Et le vent dans nos voiles
Quand l’ombre des nuages
Démasquera nos souffles
Nous volerons sereins
Par les chemins du sort
Et nos songes en fuite
Eviteront les gouffres
Pour balayer ensuite
Les traces de nos morts
Je traverserai les villes
J’emporterai ta voix
J’irai chercher le feu dans le ciel
Et le vent dans nos voiles
Une étoile se repose
Dès qu’un ange s’endort…
Isaac Lerutan
La poésie se dérobe à toute définition…
Son objet n’existe que dans le travail même qu’elle accomplit,
tel une cible mouvante que chaque poème localise à sa façon sans l’atteindre jamais.
Jean-Michel Maulpoix
Le long du fleuve qui remonte
Par les rives de la rencontre
Aux sources d'émerveillement
On voit dans le jour qui se lève
S'ouvrir tout un pays de rêve
Le tendre pays des amants
On part avec le cœur qui tremble
Du bonheur de partir ensemble
Sans savoir ce qui nous attend
Ainsi commence le voyage
Semé d'écueils et de mirages
De l'amour et de ses tourments
Quelques torrents de médisance
Viennent déchirer le silence
Essayant de tout emporter
Et puis on risque le naufrage
Lorsque le vent vous mène au large
Des îles d'infidélité
Plus loin le courant vous emporte
Vers les rochers de la discorde
Et du mal à se supporter
Enfin la terre se dénude
C'est le désert de l'habitude
L'ennui y a tout dévasté
Quand la route paraît trop longue
Il y a l'escale du mensonge
L'auberge de la jalousie
On y déjeune de rancune
Et l'on s'enivre d'amertume
L'orgueil vous y tient compagnie
Mais quand tout semble à la dérive
Le fleuve roule son eau vive
Et l'on repart à l'infini
Où l'on découvre au bord du Tendre
Le jardin où l'on peut s'étendre
Georges Moustaki
Les jeunes filles dans l'ancienne Arabie
étaient souvent enterrés vivantes à côté de leur père défunt,
apparemment comme un sacrifice aux déesses des tribus ...
Harold Feldman, “Les enfants du désert”
Psychoanalysis and Psychoanalytic Review, Fall 1958
Il était seulement important
de sourire et rester immobile
de se coucher à côté de lui
et se reposer un moment
de se replier ensemble
comme si nous étions de la soie
de se détourner des yeux de mère
et ne pas parler.
La chambre noire nous a pris
comme une caverne ou une bouche
ou un ventre intérieur.
Je retenais mon souffle
et papa était là,
ses pouces, son gros crâne,
ses dents, ses cheveux poussant
comme un champ ou un châle.
Je m'allonge contre la mousse
de sa peau jusqu'à ce que
ça devienne étrange. Mes sœurs
ne sauront jamais que je tombe
hors de moi et fais semblant de croire
qu'Allah ne verra pas
comment je tiens mon papa,
comme un vieil arbre de pierre.
Anne Sexton
Comme la voix d’un mort qui chanterait
Du fond de sa fosse,
Maîtresse, entends monter vers ton retrait
Ma voix aigre et fausse.
Ouvre ton âme et ton oreille au son
De ma mandoline :
Pour toi j’ai fait, pour toi, cette chanson
Cruelle et câline.
Je chanterai tes yeux d’or et d’onyx
Purs de toutes ombres,
Puis le Léthé de ton sein, puis le Styx
De tes cheveux sombres.
Comme la voix d’un mort qui chanterait
Du fond de sa fosse,
Maîtresse, entends monter vers ton retrait
Ma voix aigre et fausse.
Puis je louerai beaucoup, comme il convient,
Cette chair bénie
Dont le parfum opulent me revient
Les nuits d’insomnie.
Et pour finir, je dirai le baiser
De ta lèvre rouge,
Et ta douceur à me martyriser,
— Mon Ange ! — ma Gouge !
Ouvre ton âme et ton oreille au son
De ma mandoline :
Pour toi j’ai fait, pour toi, cette chanson
Cruelle et câline.
Paul Verlaine