Le poète est un sourcier
Sourcier
Le poète est un sourcier
qui puise en lui
une eau pure mêlée de boue
puis la verse dans les veines
d’un papier marbré.
Laurent Grison
Coups de cœur
Sourcier
Le poète est un sourcier
qui puise en lui
une eau pure mêlée de boue
puis la verse dans les veines
d’un papier marbré.
Laurent Grison
Ecoute-moi revivre dans ces forêts
Sous les frondaisons de mémoire
Où je passe verte,
Sourire calciné d'anciennes plantes sur la terre,
Race charbonneuse du jour.
Ecoute-moi revivre, je te conduis
Au jardin de présence,
L'abandonné au soir et que les ombres couvrent,
L'habitable pour toi dans le nouvel amour.
Hier règnant désert, j'étais feuille sauvage
Et libre de mourir,
Mais le temps mûrissait, plainte noire des combes,
La blessure de l'eau, dans les pierres du jour.
Yves Bonnefoy
Man Ray
(Emmanuel Rudzisky)
1890- 1976
Nue
1925
(...)
Avevo vent'anni, neanche - diciotto,
diciannove... ed era già passato un secolo
dacché ero vivo, una intera vita
consumata al dolore dell'idea
che non avrei mai potuto dare il mio amore
se non alla mia mano, o all'erba dei fossi,
o magari al terriccio di una tomba incustodita...
Vent'anni, e, con la sua storia umana, e il suo ciclo
di poesia, era conclusa una vita.
Pier Paolo Pasolini
J’avais vingt ans, même pas –dix-huit,
dix-neuf…et déjà un siècle était passé
depuis que je vivais une vie entière
consumée à la douleur de penser
que je ne pourrais jamais donner mon amour,
sinon à ma main, ou à l’herbe des fossés,
au terreau d’une tombe sans surveillance…
Vingt ans et, avec son histoire humaine, avec son cycle
De poésie, une vie était close.
La poésie ne peut plus se permettre d’être naïve, il faut qu’elle se protège
de l’...envahissement du conceptuel par une conscience de soi on ne peut plus avertie,
et pour ce faire il lui faut revisiter et analyser sa propre histoire,
il lui faut donc du savoir, de la philologie, seuls moyens de ne pas se retrouver
à glisser à la surface des œuvres qui nous importent.
Yves Bonnefoy
J'ai chanté aux étoiles mon amour pour toi
Puis j'ai fait le calcul ma voix leur parviendra
Dans trois milliards d'années sûrement elles vont s'éteindre
De n'avoir pu t'aimer car moi seul peut t'étreindre
A ton seul souvenir mon bonheur perle en larmes
Et s'en va dévaler en cascades et vacarmes
Si la ville panique ce n'est que d'ignorer
Que mille torrents d'amour s'en viennent l'abreuver
Qu'on me redise un jour
Que l'amour n'a qu'un temps
Tant que courra le temps
je t'aimerai autant
T'en fait pas mon amour
Laissons-le défiler
Il est temps de s'étendre
Pour mieux le défier
J'ai voulu voir du beau ailleurs que sur ton corps
Mais mes yeux sans repos doivent fouiller encore
Je n'ai d'autre sommeil que dormir sur ton ventre
Je n'ai d'autre folie que rentrer dans ton antre
J'ai le coeur qui pense et la tête qui pompe
Bonheur d'être à l'envers la raison qui s'estompe
Quand de tes doigts glacés tu me brûles la peau
Quand dans tes petits bras je couche comme en un château
Qu'on me redise un jour
Que l'amour n'a qu'un temps
Tant que courra le temps
je t'aimerai autant
T'en fait pas mon amour
Laissons-le défiler
Il est temps de s'étendre
Pour mieux le défier
S'agit pas de s'en aller sinon qui va m'aider
Me dire qu'il faut manger puis aussi respirer
Je ne sais plus rien faire que de penser à toi
Non c'est vrai j'exagère je veux parler de toi
Tu t'es offerte à moi et j'ai gagné ma mort
Ma même ma pareille me voilà couvert d'or
Pour te dire que je t'aime j'ai dû en faire des couches
À ton prochain sourire j'en rajouterai trois louches
Qu'on me redise un jour
Que l'amour n'a qu'un temps
Tant que courra le temps je t'aimerai autant
T'en fait pas mon amour
Laissons-le défiler
Il est temps de s'étendre
Pour mieux le défier
Loïc Lantoine
C'est une décision difficile à prendre, s'il faut commencer une fille par le haut ou par le bas.
Avec Vida, franchement, je ne savais pas par où commencer. C'était vraiment un problème.
Quand elle se souleva un peu et, gauchement, plaça mon visage dans un petit réceptacle
qui était ses mains et qu'elle m'embrassa calmement (encore, et encore)
il fallut bien commencer quelque part.
Pendant tout ce temps, elle me regardait fixement. Ses yeux ne me quittaient pas des yeux,
comme si j'étais un terrain d'atterrissage.
Je changeai de réceptacle et c'est son visage alors qui devint une fleur entre mes mains.
Lentement, pendant que je l'embrassais, j'ai laissé mes mains dériver le long de son visage
puis plus bas encore, jusqu'au cou, jusqu'aux épaules.
Et je voyais l'avenir se chambarder dans sa tête tandis que j'arrivais à la lisière de ses seins.
Si vastes, d'un galbe si parfait sous son pull, que j'avais l'estomac perché
en haut d'un escabeau lorsque je les touchai pour la première fois.
Ses yeux ne me quittaient pas et je voyais dans ses yeux le reflet du geste
par lequel je touchais ses seins.
Ce fut comme un bref éclair bleu.
Richard Brautigan
L'Avortement / 1966
Franz Marc
Les grands chevaux bleus
huile sur toile
1911
Il existe un pays, plutôt une frontière,
Où la lumière est douce et pratiquement solide
Les êtres humains échangent des fragments de lumière,
Mais il n'ont pas la moindre appréhension du vide.
La parabole du désir
Remplissait nos mains de silence
Et chacun se sentait mourir,
Nos corps vibraient de ton absence.
Nous avons traversé des frontières de craie
Et le second matin le soleil devint proche
Il y avait dans le ciel quelque chose qui bougeait,
Un battement très doux faisait vibrer les roches.
Les gouttelettes de lumière
Se posaient sur nos corps meurtris
Comme la caresse infinie
D'une divinité - matière
Michel Houellebecq
J’ai chanté jadis, à présent je pleure
Le temps que je chantais si assuré ;
Il semble dans le chant déjà passé
Que mes larmes étaient ensemencées.
J’ai chanté ; si on me demande quand :
« Je ne sais, là aussi je fus trompé. »
et si triste est ce mien état présent
que le passé joyeux alors je juge.
M’ont fait chanter, en me prenant par ruse,
Non pas de plaisirs, mais des assurances ;
Je chantais mais c’était au son des fers.
De qui me plaindrai-je, puisque tout ment ?
De quelle faute les espoirs j’accuse,
Là où la Fortune injuste est plus qu’erreurs ?
Luis Vaz de Camões