La Martinique
André Kertész
La Martinique, 1er janvier 1972
épreuve gélatino-argentique
20,1 x 25,2 cm
Coups de cœur
André Kertész
La Martinique, 1er janvier 1972
épreuve gélatino-argentique
20,1 x 25,2 cm
Être poète
C'est percer une fenêtre
Quand le mur n'en a pas.
Guénane Cade
You’re still young. Someone curled an arm around you as you slept,
and upon awaking gently touched your face. The first sound you heard
today was a bird, a note of origin, before traffic. It’s been years
since you thought the morning kind. Someone curled an arm around you
as you slept, and in the afternoon reached a hand toward you that you held,
simply. A note of origin, before traffic. Words you’d left behind rose
like birds to all they keep unto themselves. This is mine. Upon awaking
to that first sound, someone gently touched my face. This afternoon
I took his hand, simply, and reached across the words I’d left behind.
I’m still young. It’s been years since I thought the morning kind.
Karen SOLIE
Tu es encore jeune. Quelqu’un t’entourait de ses bras durant ton sommeil,
et à ton réveil caressait délicatement ton visage. Le premier son que tu as entendu
aujourd’hui était celui d’un oiseau, une note originelle, avant la circulation. Cela fait des années que tu n’as pas ressenti la douceur du matin. Quelqu’un t’entourait de ses bras
durant ton sommeil et, dans l’après-midi, tendait vers toi une main que tu gardais
simplement. Une note originelle, avant la circulation. Des mots que tu laissais derrière s’élevaient
comme des oiseaux et retournaient vers eux-mêmes. Ceci m’appartient. Au moment de m’éveiller à ce premier son, quelqu’un a effleuré mon visage. Cet après-midi
j’ai pris cette main, simplement, et tenté de saisir les mots que j’avais laissés derrière.
Je suis encore jeune. Cela fait des années que je n’ai pas ressenti la douceur du matin.
Jean-Sébastien Bach
Fantaisie chromatique en ré mineur
BWV 903
interprétation Glenn Gould
Lorsque tu fermeras mes yeux à la lumière,
Baise-les longuement, car ils t'auront donné
Tout ce qui peut tenir d'amour passionné
Dans le dernier regard de leur ferveur dernière.
Sous l'immobile éclat du funèbre flambeau,
Penche vers leur adieu ton triste et beau visage
Pour que s'imprime et dure en eux la seule image
Qu'ils garderont dans le tombeau.
Et que je sente, avant que le cercueil se cloue,
Sur le lit pur et blanc se rejoindre nos mains
Et que près de mon front sur les pâles coussins
Une suprême fois se repose ta joue.
Et qu'après je m'en aille au loin avec mon coeur,
Qui te conservera une flamme si forte
Que même à travers la terre compacte et morte
Les autres morts en sentiront l'ardeur
Emile VERHAEREN
Johannes Vermeer (1632-1675)
Femme écrivant une lettre avec sa servante
vers 1670
huile sur toile
71.1 x 60.5 cm
La terre a l'odeur du sommeil
L' hymne a le parfum de la liberté
pourvu que je sente ma liberté
avant de m'endormir,
pourvu que je chante mon hymne
avant que la terre ne m'ensevelisse.
Hanane AAD
Giovanni Mirabassi
The broken heart
Live At Blue Note Tokyo, 2010.
Cela fait longtemps qu'on ne se voit plus
Peu à peu je t'oublie, je le sens,
Bientôt ton souvenir aura disparu
Meurent déjà tes cheveux, tes lèvres, tes dents.
Je cherche çà et là, dorénavant,
Quelque emplacement où te déposer
Une strophe, une mélodie, un diamant,
Où t'embrasser avant de m'éloigner.
Si aucune tombe ne veut être tienne
Ni marbre, ni cristal, ni granit,
Faudra-t-il encore que je te traîne
À demi-morte, à moitié en vie?
Si je ne découvre pour t'y jeter aucun abîme
Puissé-je trouver un pré, un champ de lavande
Où, comme le pollen des étamines,
Doucement je puisse te répandre.
Peut-être ainsi ferai-je semblant,
T'embrasserai puis m'éloignerai,
Sans que personne ne sache exactement
Si l'on se sera oublié pour de vrai.
Ismaïl KADARE
His father was a drinker