La musica notturna delle strade di Madrid
Luigi BOCCHERINI
La musica notturna delle strade di Madrid Op. 30 n. 6
Quintettes à cordes avec deux violoncelles
(1780)
Le Concert des Nations / Jordi Savall
Coups de cœur
Ce sont de drôles de types qui vivent de leur plume
Ou qui ne vivent pas c'est selon la saison
Ce sont de drôles de types qui traversent la brume
Avec des pas d'oiseaux sous l'aile des chansons
Leur âme est en carafe sous les ponts de la Seine
Les sous dans les bouquins qu'ils n'ont jamais vendus
Leur femme est quelque part au bout d'une rengaine
Qui nous parle d'amour et de fruit défendu
Ils mettent des couleurs sur le gris des pavés
Quand ils marchent dessus ils se croient sur la mer
Ils mettent des rubans autour de l'alphabet
Et sortent dans la rue leurs mots pour prendre l'air
Ils ont des chiens parfois compagnons de misère
Et qui lèchent leurs mains de plume et d'amitié
Avec dans le museau la fidèle lumière
Qui les conduit vers les pays d'absurdité
Ce sont des drôles de types qui regardent les fleurs
Et qui voient dans leurs plis des sourires de femme
Ce sont de drôles de types qui chantent le malheur
Sur les pianos du cœur et les violons de l'âme
Leurs bras tout déplumés se souviennent des ailes
Que la littérature accrochera plus tard
A leur spectre gelé au-dessus des poubelles
Où remourront leurs vers comme un effet de l'Art
Ils marchent dans l'azur la tête dans les villes
Et savent s'arrêter pour bénir les chevaux
Ils marchent dans l'horreur la tête dans des îles
Où n'abordent jamais les âmes des bourreaux
Ils ont des paradis que l'on dit d'artifice
Et l'on met en prison leurs quatrains de dix sous
Comme si l'on mettait aux fers un édifice
Sous prétexte que les bourgeois sont dans l'égout
Léo FERRE
Abandonné par le
sommeil
je te
guette
au
milieu des bruits étouffés
de la
nuit qui expire
Je
t'imagine pétrifiée
vigie
muette dans l'attente
de la
libération du jour
L'aube
aux
mille détours
me
surprend suspendu
à ton
souffle constant
sur le battant de mon cœur
Apaisement
fugace
avant
la lumière crue
des
tourments du jour
Ivre de
ton absence
je te
sais partie
au-delà
du fleuve de la vie
là où
le soleil est inconnu.
Souvent sur la montagne, à l'ombre du vieux chêne,
Au coucher du soleil, tristement je m'assieds ;
Je promène au hasard mes regards sur la plaine,
Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds.
Ici gronde le fleuve aux vagues écumantes ;
Il serpente, et s'enfonce en un lointain obscur ;
Là le lac immobile étend ses eaux dormantes
Où l'étoile du soir se lève dans l'azur.
Au sommet de ces monts couronnés de bois sombres,
Le crépuscule encor jette un dernier rayon ;
Et le char vaporeux de la reine des ombres
Monte, et blanchit déjà les bords de l'horizon.
Cependant, s'élançant de la flèche gothique,
Un son religieux se répand dans les airs :
Le voyageur s'arrête, et la cloche rustique
Aux derniers bruits du jour mêle de saints concerts.
Mais à ces doux tableaux mon âme indifférente
N'éprouve devant eux ni charme ni transports ;
Je contemple la terre ainsi qu'une ombre errante
Le soleil des vivants n'échauffe plus les morts.
De colline en colline en vain portant ma vue,
Du sud à l'aquilon, de l'aurore au couchant,
Je parcours tous les points de l'immense étendue,
Et je dis : " Nulle part le bonheur ne m'attend. "
Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,
Vains objets dont pour moi le charme est envolé ?
Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé !
Que le tour du soleil ou commence ou s'achève,
D'un oeil indifférent je le suis dans son cours ;
En un ciel sombre ou pur qu'il se couche ou se lève,
Qu'importe le soleil ? je n'attends rien des jours.
Quand je pourrais le suivre en sa vaste carrière,
Mes yeux verraient partout le vide et les déserts :
Je ne désire rien de tout ce qu'il éclaire;
Je ne demande rien à l'immense univers.
Mais peut-être au-delà des bornes de sa sphère,
Lieux où le vrai soleil éclaire d'autres cieux,
Si je pouvais laisser ma dépouille à la terre,
Ce que j'ai tant rêvé paraîtrait à mes yeux !
Là, je m'enivrerais à la source où j'aspire ;
Là, je retrouverais et l'espoir et l'amour,
Et ce bien idéal que toute âme désire,
Et qui n'a pas de nom au terrestre séjour !
Que ne puîs-je, porté sur le char de l'Aurore,
Vague objet de mes voeux, m'élancer jusqu'à toi !
Sur la terre d'exil pourquoi resté-je encore ?
Il n'est rien de commun entre la terre et moi.
Quand là feuille des bois tombe dans la prairie,
Le vent du soir s'élève et l'arrache aux vallons ;
Et moi, je suis semblable à la feuille flétrie :
Emportez-moi comme elle, orageux aquilons !
Alphonse de LAMARTINE
Le langage doit couvrir toutes les gammes de la musique.
Le poète doit toujours, dans toutes les situations, trouver le mot qui vibre,
qui me parle, qui peut blesser mon âme jusqu’au sanglot par sa précision.
Le verbe peut se métamorphoser en couleur, en son, en odeur ;
c’est à l’artiste de l’employer pour faire mouche.
Knut HAMSUN
I. Au sommet de la ville sainte
Où gît une cendre de roi
Un aigle plane sur l'enceinte
Aux frêles toits
Où vécut dans l'air libre et frais
Parmi ses armes argentines
Et ses fragiles concubines
Le Désiré.
II. Aujourd'hui le silence est l'hôte du Rova
Avec le souvenir du prestige hova.
III. Si le vide est dieu c'est là qu'est son temple
Où l'éternité vaine le contemple.
IV. Quand les rois ont passé le mystique horizon
Le néant de la vie habite leur maison.
V. Mais le pâtre qui se nourrit
Des grains roses du riz
Recueille la moisson généreuse, et sourit.
VI. Pourtant il consacre aux Ancêtres.
Dont les mânes ont faim peut-être,
Une offrande, et garde pour lui la douceur d’être.
VII. Car le sang desséché n'est qu'une pourpre vaine
Mais le sang est joyeux: qui flue au long des veines.
VIII. Le sang des vivants chante une chanson silencieuse
Et plus mélodieuse
Que la voix de l'amie au coeur des nuits heureuses.
IX. Les danseurs d'Anosy sont vifs
A scander le pas du Désir
Sous les arbres aux belles hampes:
Mais moins que le sang vif aux tempes,
X. Et puis, lorsque viendra l'heure funèbre,
Des mains nous coucherons dans les ténèbres.
XI. La vie est une porte unique et double,
Un étrange logis peuplé d'ombre et de doute
Où quelqu'un nous tissa le lange et le linceul:
On n'y peut entrer seul, on n'en peut sortir seul.
Robert-Edward HART
Caspar David Friedrich (1774-1840)
Nuages passant
1821
huile sur toile,
0.183 m. x 0.245 m
Regards échangés
tendresse partagée
sans aller plus loin
que le chemin
de l'amitié
je te regarde
fixant ton visage
dans ma mémoire
tu ne prononces
aucun mot
la tristesse envahit
tes yeux
tu a compris avant moi
que la douleur
l'emportera à l'heure
de la séparation
La Cruauté possède un Coeur Humain,
Et la Jalousie, un Visage Humain,
La Terreur, la Forme Humaine du Divin,
Et le Secret, le Vêtement Humain.
Le Vêtement Humain est un Métal forgé,
La Forme Humaine, une Forge embrasée,
Le Visage Humain, une Fournaise scellée,
Le Coeur Humain, sa Gorge affamée.
William Blake
L’amour des mots est en quelque façon nécessaire
à la jouissance des choses. Francis PONGE