5 mars 2010, matin
J'ignore le sens caché
de mon poème
J'ignore
ce qu'il n'est pas
Je ne sais même pas
exactement
ce qu'il est
Sauf ceci :
il est là
et il dit ce qu'il dit !
Olivier Deck
Coups de cœur
J'ignore le sens caché
de mon poème
J'ignore
ce qu'il n'est pas
Je ne sais même pas
exactement
ce qu'il est
Sauf ceci :
il est là
et il dit ce qu'il dit !
Olivier Deck
No habrá una sola cosa que no sea
una nube. Lo son las catedrales
de vasta piedra y bíblicos cristales
que el tiempo allanará. Lo es la Odisea.
que cambia como el mar. Algo hay destino
cada vez que la abrimos. El reflejo
de tu cara ya es otro en el espejo
y el día es un dudoso laberinto.
Somos los que se van. La numerosa
nube que se deshace en el poniente
es nuestra imagen. Incesantemente
la rosa se convierte en otra rosa.
Eres nube. Eres mar, eres olvido.
Eres tambien aquello que has perdido.
Jorge Luis Borges
Pas une chose au monde qui ne soit
Nuage. Nuages, les cathédrales,
pierre imposante et bibliques verrières,
qu’aplanira le temps. Nuage l’Odyssée,
mouvante, comme la mer, neuve
toujours quand nous l’ouvrons. Le reflet
de ta face est un autre, déjà, dans le miroir
et le jour, un labyrinthe impalpable.
Nous sommes ceux qui partent. Le nuage
nombreux qui s’efface au couchant
est notre nuage. Telle rose
en devient une autre, indéfiniment.
Tu es nuage, tu es mer, tu es oubli.
Tu es aussi ce que tu as perdu.
traduit par Claude Esteban
Un visage
traversé
par hasard
Désormais
unique
Un visage
reconnu
entre tous
Désormais
unique
L’univers
répondant
à un nom
prend visage
et sens
Où tu es
où n’es pas
tout n’est plus
que présence
et absence
François Cheng
Je prendrai dans ma main gauche
Une poignée de mer
Et dans ma main droite
Une poignée de terre
Puis je joindrai mes deux mains
Comme pour une prière
Et de cette poignée de boue
Je lancerai dans le ciel
Une planète nouvelle
Vêtue de quatre saisons
Et pourvue de gravité
Pour retenir la maison
Que j'y rêve d'habiter.
Une ville. Un réverbère.
Un lac. Un poisson rouge.
Un arbre et à peine
Un oiseau,
Car une telle planète
Ne tournera que le temps
De donner à l'Univers
La pesanteur d'un instant.
Gilles Vigneault
Dans ta ville, je suis venu
au milieu de l'été
arpenter un passé
qui se conjugue au présent
Places décorées de jets d'eau
cours bordé d'arbres
chemin en retrait
nostalgie des lieux transformés
Rencontre éphémère
au gré des rues
des silhouettes disparues
et des souvenirs recomposés
Le coeur léger j'ai marché
jusqu'à ta porte
Elle était close
je suis reparti en courant
sous la pluie
Rencontre improbable
rendez-vous reporté
ton silence
sera la réponse
Le Je de la poésie est à tous
Le Moi de la poésie est à plusieurs
Le Tu de la poésie est au pluriel.
Andrée Chedid
C’est fête aujourd’hui, mon amour,
Je viens frapper à votre porte.
Notre bonheur est de retour :
Vous êtes mort et je suis morte.
Faites-moi, dans ce lit sans draps,
Une place, que je me couche
Entre ce qui fut vos deux bras,
Près de ce qui fut votre bouche.
Nous allons à deux nous plonger
Dans le Grand Tout qui nous réclame
Nos corps vont se désagréger
Pour un effroyable amalgame.
Notre chair, lambeau par lambeau,
Va se dissoudre en pourriture,
Reprise, à travers le tombeau,
Par le creuset de la nature ;
Nos os, par un beau soir d’été,
Tomberont les uns sur les autres...
Ne plus savoir — ô volupté ! —
Quels sont les miens, quels sont les vôtres !
À leur tour ils s’effriteront
En une impalpable poussière
Et tels, enfin, ils monteront
Dans un infini de lumière.
Nos atomes purifiés,
Emportés par le vent qui passe,
Comme en des vols extasiés,
S’éparpilleront dans l’espace.
Et sous les évolutions
D’éternelles métamorphoses
Nous danserons dans les rayons
Où nous ferons fleurir les roses.
Marie Nizet
Dans les rues de la ville, il y a mon amour.
Peu importe où il va dans le temps divisé.
Il n'est plus mon amour : chacun peut lui parler.
Il ne se souvient plus qui, au juste, l'aima.
Il cherche son pareil dans le voeu des regards.
L'espace qu'il parcourt est ma fidélité.
Il dessine l'espoir, puis, léger, l'éconduit.
Je vis au fond de lui comme une épave heureuse.
A son insu, ma liberté est son trésor !
Dans le grand méridien où s'inscrit son essor,
Ma solitude se creuse.
Dans les rues de la ville, il y a mon amour.
Peu importe où il va dans le temps divisé.
Il n'est plus mon amour : chacun peut lui parler.
Il ne se souvient plus qui, au juste, l'aima
Et l'éclaire de loin pour qu'il ne tombe pas !
René Char
- Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ?
ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère ?
- Je n'ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.
- Tes amis ?
- Vous vous servez là d'une parole dont le sens m'est resté jusqu'à ce jour inconnu.
- Ta patrie ?
- J'ignore sous quelle latitude elle est située.
- La beauté ?
- Je l'aimerais volontiers, déesse et immortelle.
- L'or ?
- Je le hais comme vous haïssez Dieu.
- Eh ! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
- J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... les merveilleux nuages !
Charles Baudelaire