Ma poésie
Ma poésie est vive comme le feu,
elle glisse entre mes doigts comme un rosaire.
Alda Merini
Coups de cœur
Ma poésie est vive comme le feu,
elle glisse entre mes doigts comme un rosaire.
Alda Merini
Je te donne un corps fait de baisers
sculpté de caresses
hâlé de soleil
qui désire
qui embrasse
et jouit
je te donne deux bras
je te donne des mains
des doigts
je te donne deux jambes
je te donne un nid
je te donne un dos
je te donne
je te donne
une âme
Maram Al-Masri
Souffle le vent d'automne
Nous sommes vivants
Et pouvons nous voir
Toi et Moi
Basho
Elle marchait, et elle savait vers quoi. C'était ça l'important. Une sensation merveilleuse. Quand le destin finalement s'entrouvre, et devient chemin visible, trace indéniable, et direction certaine. Le temps interminable de l'approche. Ce moment où l'on accoste. On voudrait qu'il ne finisse jamais. Le geste de s'en remettre au destin. C'est une émotion, ça. Plus de dilemmes, plus de mensonges. Savoir où. Et y aller. Quel qu'il soit, ce destin.”
Alessandro Baricco,Océan Mer
Le matin
T’est donné,
Ne le prend pas
Comme un dû.
*
La terre ne tournerait plus,
Le soleil ne tournerait plus.
Ce serait donc
Pour toujours le matin ?
*
Ne vous trompez pas,
Dit le matin,
Le cosmos existe
Et vous en êtes.
*
Au matin
La terre
Devient plus autonome
Dans l’univers.
*
Le matin
Ne paraît pas devoir
Déboucher
Sur midi.
Il promet
Autre chose.
*
L’horizon est heureux
De ce nouveau matin,
Le matin est heureux
De toucher l’horizon.
*
Est-ce que le matin
A cisaillé la nuit ?
Ou bien l’a dissoute
Comme fait un liquide ?
*
La mer, la terre
Vont devoir
A partir du matin
Servir de miroir
Au soleil.
*
La terre
Voudrait savoir
Eviter de frissonner ainsi
Dans le matin.
*
Il y a
Ce qui sépare.
Le matin
Tend à approcher.
*
Le matin
Aurait pu
Eclater
Comme une torpille.
*
Le matin
N’est pas une roue.
Il ne tourne pas
Sur lui-même
Pour avancer.
*
Le matin
Est explorateur.
Il ne couvre
Que pour découvrir.
*
Le matin
Ne fissure pas.
Ce qu’il veut
C’est englober.
*
Le matin
Pousse la lumière
A s’étonner
De ce monde.
*
Le matin
Aime annoncer
Une belle journée
*
Le matin
Ne déçoit
Que ceux
Qui n’aiment pas la nuit.
*
Le matin,
La lumière
Croit toucher ma main
Pour la première fois.
*
On en voit le matin
Qui ne saluent pas
Cette irruption de bleu.
*
Le matin
Il y a un silence
Coloré
Par les lointains.
*
Le matin
On peut croire
Que le soleil
Prêche son utopie.
*
Le matin
Ne clame pas
Qu’il veut nettoyer
Le monde.
*
Le matin
N’est pas toujours sur de lui.
Il recule parfois
Devant sa tâche.
*
Le matin
Dit qu’il essaiera.
Tout
Ne sera pas tenu.
La fatigue
N’est pas de mise.
Je m’accrocherai
Rumine le matin.
e m’accrocherai
Tant que je pourrai.
*
Le matin
Pourtant s’installe
Comme s’il devait
Ne pas finir de durer.
*
Ce matin
Que le soleil
Avait envie
De flageller.
*
Ce matin
Etait pourchassé,
Il s’est caché
Dans la pluie.
*
Pour voyager
Pas besoin de bouger.
Regarder près et loin
Dans le matin.
*
Le matin
Connaît sa grammaire,
Respecte à peu près
La syntaxe.
*
Le matin est un peu
Comme le feu dans la cheminée
Quand il s’attaque
Au menu bois.
*
On peut rêver
De matin plus impétueux.
Pourvu qu’il n’y ait pas
De gesticulation.
*
Celui-ci ne sera
Qu’un matin
Dans le probable infini
Des matins.
*
La roche
A le pouvoir
D’ignorer qu’au-dehors
Vient le matin.
*
Que pas un arbre
Ne s’envole.
Le matin
A besoin de tout.
*
La pomme
Toujours étonnée
D’être la même et pas la même
Dans le matin.
*
Le matin convient
Aux mollets nus
Des garçons et des filles.
*
Dans les villes, dans les champs
Les oiseaux
Disent au matin
Ce qu’il fait pour eux.
*
Chaque matin
Est pour l’oiseau
L’anniversaire
De sa naissance.
*
Est-ce que la sève
Monte plus fort
Quand le matin
Se proclame ?
*
Les racines
Sont informées
Du travail
Que fait le matin ?
*
Au matin
Les branches
Cherchent à se tendre plus
Vers l’horizon.
*
Pendant la nuit
Chaque feuille était seule.
Au matin,
Elle se retrouve en compagnie.
*
Le matin
Toute la musique
Des buissons muets.
*
Le matin
Les fougères
Se regardent
Se saluent.
*
Jour après jour,
La cime des sapins
Est plus désireuse
De se trouver
Dans le matin.
*
Le matin
Se plaît plus
Au duvet
Qu’aux rémiges.
*
Le matin
N’est pas sans tendresse
Pour la rose
En train de passer.
*
Le matin
Ne s’occupe guère de l’étang.
Il le laisse encore
A sa nuit.
*
Le matin
L’eau qui court ou qui dort
Retrouve son pouvoir
De s’ouvrir à elle-même.
*
Le matin
Voit les rivières
Couler contentes
De leur présent.
*
La ville
A besoin du matin
Pour croire
Qu’elle peut exister.
*
Ce n’est pas
Le matin qui dira
Il y a trop d’oiseaux
Dans les villes.
*
Le coq du clocher
Retrouve au matin
Son don et son devoir
De vigilance.
*
« On s’en tirera »,
Déclare au matin
Le cochon de lait.
*
Dans la cuisine
L’accord conclu
Entre le bassin de cuivre
Et le matin.
*
On voit que le matin
Ne regrette pas
D’être venu.
*
Un matin
Qui n’en a pas l’air,
Mais qui a vécu
L’histoire de la terre.
*
Chaque matin
Comme il signifiait :
Attention ! peut-être
Que je suis le dernier
*
Quand le matin
Se regarde et se voit
Il arrive
A son embouchure
*
Le matin
Est aussi un fleuve
Qui enfle et va crever
Dans la verticale de midi ;
*
Le matin
Se sculpte lui-même,
Pas besoin
De modèle.
*
On ne peut pas parler
Du passage du matin.
A quel moment
N’est-il plus là ?
*
Certains matins
Rien ne bouge.
Même le temps
Ne se cherche pas.
*
Du matin
Sur l’hôpital,
Aussi
Sur l’hôpital.
*
Il a échappé
A la nuit.
Ne lui fait pas,
Toi, matin,
Plus de mal.
1982
Eugène Guillevic
Tu n’en reviendras pas toi qui courais les filles
Jeune homme dont j’ai vu battre le coeur à nu
Quand j’ai déchiré ta chemise et toi non plus
Tu n’en reviendras pas vieux joueur de manille
Qu’un obus a coupé par le travers en deux
Pour une fois qu’il avait un jeu du tonnerre
Et toi le tatoué l’ancien Légionnaire
Tu survivras longtemps sans visage sans yeux
Roule au loin roule train des dernières lueurs
Les soldats assoupis que ta danse secoue
Laissent pencher leur front et fléchissent le cou
Cela sent le tabac la laine et la sueur
Comment vous regarder sans voir vos destinées
Fiancés de la terre et promis des douleurs
La veilleuse vous faite de la couleur des pleurs
Vous bougez vaguement vos jambes condamnées
Vous étirez vos bras vous retrouvez le jour
Arrêt brusque et quelqu’un crie Au jus là-dedans
Vous baillez Vous avez une bouche et des dents
Et le caporal chante Au pont de Minaucourt
Déjà la pierre pense où votre nom s’inscrit
Déjà vous n’êtes plus qu’un mot d’or sur nos places
Déjà le souvenir de vos amours s’efface
Déjà vous n’êtes plus que pour avoir péri.
Louis Aragon
Les mots il suffit qu'on les aime pour écrire un poème.
Raymond Queneau
Ce matin-là
d’un ordre donné à la campagne
toutes les toiles d’araignées
ont surgi dans les broussailles
mises en lumière
par les poussières de sagesse des rois.
Stratégie de la bave
filet de bouche qui coud
l’herbe avec l’herbe, le seuil avec le seuil
du taciturne.
Sa puissance menue.
Mariangela Gualtieri