La baie de Genève à l'aube
Ferdinand Hodler, Baie de Genève à l'aube
(détail)
1918, huile sur toile 61,2 x 128 cm
Coups de cœur
Ferdinand Hodler, Baie de Genève à l'aube
(détail)
1918, huile sur toile 61,2 x 128 cm
Le verre d'eau entre mes mains
et toi sur mes lèvres
mes mains sur le verre d'eau
et mes lèvres sur toi
Le verre d'eau sur mes lèvres
et toi entre mes mains
mes lèvres sur mes mains
toi dans le verre d'eau
le verre d'eau en toi
mes lèvres sur le verre d'eau
mes mains sur toi.
Jorge E. Eielson
Il a plu,
nous nous sommes plus revus
la neige est tombée,
tes traces se sont effacées
Au détour d'une image,
ton souvenir jaillit
dans le quotidien
de l'oubli
Etait-ce toi
la personne
venue chercher
un poème jadis partagé ?
Pourtant
je te sais partie
à travers les hautes herbes
de la vie
Mais je ne peux m'empêcher
de t'écrire
et de formuler
tous mes voeux de bonheur
Las puertas del año se abren,
como las del lenguaje,
hacia lo desconocido.
Anoche me dijiste:
mañana
habrá que trazar unos signos,
dibujar un paisaje, tejer una trama
sobre la doble página
del papel y del día.
Mañana habrá que inventar,
de nuevo,
la realidad de este mundo.
Les portes de l'année s'ouvrent
comme celles du langage
jusqu'à l'inconnu.
Hier soir tu m'as dit :
demain,
nous aurons à tracer quelques signes,
dessiner un paysage, disposer une trame
sur la double page
du papier et du jour.
Demain, il faudra inventer
de nouveau la réalité de ce monde.
Ya tarde abrí los ojos.
Por el segundo de un segundo
sentí lo que el azteca,
acechando
desde el peñón del promontorio,
por las rendijas de los horizontes,
el incierto regreso del tiempo.
J'ai ouvert mes yeux tard.
Pendant une seconde d'une seconde
J'ai senti ce que les Aztèques ressentent,
Étant à l'affût
Sur la crête du promontoire,
le retour incertain de temps
par les fentes des horizons.
.
No, el año había regresado.
Llenaba todo el cuarto
y casi lo palpaban mis miradas.
El tiempo, sin nuestra ayuda,
había puesto,
en un orden idéntico al de ayer,
casas en la calle vacía,
nieve sobre las casas,
silencio sobre la nieve.
Non, l'année était revenue.
Elle remplissait toute la chambre
et presque mes regards la palpaient.
Le temps, sans notre aide
avait placé
dans un ordre identique à celui d'hier,
maisons dans la rue vide,
neige sur les maisons,
silence sur la neige.
Tú estabas a mi lado,
aún dormida.
El día te había inventado
pero tú no aceptabas todavía
tu invención en este día.
Quizá tampoco la mía.
Tú estabas en otro día.
Tu étais à mon côté,
encore endormie.
Le jour t'avait inventé
mais tu n'avais pas encore accepté
ton invention dans ce jour.
ni probablement mon invention, non plus.
Tu étais dans un autre jour.
Estabas a mi lado
y yo te veía, como nieve,
dormida entre las apariencias.
El tiempo sin nuestra ayuda,
inventa casas, calles, árboles,
mujeres dormidas.
Tu étais à mon côté
et je te voyais, comme neige,
endormie entre les apparences.
Le temps sans notre aide,
invente des maisons, des rues, des arbres,
des femmes endormies.
Cuando abras los ojos
caminaremos, de nuevo,
entre las horas y sus invenciones
y al demorarnos en las apariencias
daremos fe del tiempo y sus conjugaciones.
Quand tu ouvriras tes yeux
nous marcherons, encore une fois,
parmi les heures et leurs inventions.
et après avoir pris du retard dans les apparences
nous donnerons foi au temps et à ses conjugaisons.
Abriremos las puertas de este día,
entraremos en lo desconocido.
Nous ouvrirons les portes de ce jour,
nous entrerons dans l'inconnu.
Octavio Paz
Il y a en terre noire
Des menhirs fourchus
Appelés pierres-lyres
Qui chantent
Au soleil couchant.
Il y a dans le ciel
Des oiseaux sans ailes
Coeurs volants
Qui se taisent
Quelle que soit l’heure.
………………………….
Il y a dans l’ombre
Traversant les murs
Le silence d’un homme
Plus criblé de mots
Que le ciel d’étoiles.
Louis Guillaume
Il regarde le firmament
et voit une étoile
qui le regarde !
et voit sa tombe
qui le regarde !
Il regarde une femme
qui le tourmente et l’attire,
mais elle ne le regarde pas !
Il se regarde dans le miroir
et voit un étranger, comme lui,
qui le regarde !
Mahmoud Darwich
J'ai racheté la nuit
Avec une cigale
Avec un coq
À la crête foudroyée
J'ai ramoné la nuit
Au surplis de l'aube
Par un essaim de rêves
Je l'inquiétais
J'ai escorté la nuit
Pour me faire à ses plages
J'ai tailladé l'ardoise
Avec le cri
Mais la nuit est la nuit
Et la nuit demeure
Sa part de jour
Encore en sa nuit.
Andrée Chedid