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Vertuchou.over-blog.com

Grand vent

14 Mars 2011, 05:57am

Publié par vertuchou

Nous n'appartenons qu'au sentier de montagne

Qui serpente au soleil entre la sauge et le lichen

Et s'élance à la nuit, chemin de crête,

A la rencontre des constellations.

Nous avons rapproché des sommets

La limite des terres arables.

Les graines éclatent dans nos poings.

Les flammes rentrent dans nos os.

 

chartreuserouge

 


Que le fumier monte à dos d'hommes jusqu'à nous !

Que la vigne et le seigle répliquent

A la vieillesse du volcan !

Les fruits de l'orgueil, les fruits du basalte

Mûriront sous les coups

Qui nous rendent visibles.

La chair endurera ce que l'oeil a souffert,

Ce que les loups n'ont pas rêvé

Avant de descendre à la mer.

 

 

Jacques Dupin


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Sonnet XVIII

13 Mars 2011, 05:35am

Publié par vertuchou

Embrasse-moi, embrasse-moi encore et encore :

donne m'en un de tes plus savoureux,

Donne m'en un de tes plus amoureux :

je t'en rendrai quatre plus chauds que braise.

Las, te plains-tu ? Viens, que j'apaise ce mal

en t'en donnant dix autres encore plus doux.

Ainsi mêlant nos baisers si heureux

jouissons l'un de l'autre à notre aise.

Alors chacun de nous aura une double vie.

chacun vivra en soi et en son ami.

Laisse-moi, Amour, imaginer quelque folie :

je suis toujours mal, car je vis repliée sur moi,

et je ne puis trouver de satisfaction

sans me ruer hors de moi-même.



Louise Labé

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Celui qui efface son visage

12 Mars 2011, 05:59am

Publié par vertuchou

Celui qui efface son visage en face de l’amour
s’est égaré dans le labyrinthe que lui-même a tracé.


Manuel Viola

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Hallelujah

11 Mars 2011, 05:34am

Publié par vertuchou

i heard there was a secret chord
that david played and it pleased the lord
but you don't really care for music, do you
well it goes like this the fourth, the fifth
the minor fall and the major lift
the baffled king composing hallelujah

hallelujah...

well your faith was strong but you needed proof
you saw her bathing on the roof
her beauty and the moonlight overthrew you
she tied you to her kitchen chair
she broke your throne and she cut your hair
and from your lips she drew the hallelujah

hallelujah...

baby i've been here before
i've seen this room and i've walked this floor
i used to live alone before i knew you
i've seen your flag on the marble arch
but love is not a victory march
it's a cold and it's a broken hallelujah

hallelujah...

well there was a time when you let me know
what's really going on below
but now you never show that to me do you
but remember when i moved in you
and the holy dove was moving too
and every breath we drew was hallelujah

well, maybe there's a god above
but all i've ever learned from love
was how to shoot somebody who outdrew you
it's not a cry that you hear at night
it's not somebody who's seen the light
it's a cold and it's a broken hallelujah

hallelujah...

 

 

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Vers à danser

10 Mars 2011, 05:40am

Publié par vertuchou

                Que ce soit dimanche ou lundi
                Soir ou matin minuit midi
                Dans l'enfer ou le paradis
                Les amours aux amours ressemblent
                C'était hier que je t'ai dit
                Nous dormirons ensemble
                C'était hier et c'est demain
                Je n'ai plus que toi de chemin
                J'ai mis mon coeur entre tes mains
                Avec le tien comme il va l'amble
                Tout ce qu'il a de temps humain
                Nous dormirons ensemble
                Mon amour ce qui fut sera
                Le ciel est sur nous comme un drap
                J'ai refermé sur toi mes bras
                Et tant je t'aime que j'en tremble
                Aussi longtemps que tu voudras
                Nous dormirons ensemble.

                        Louis Aragon

 

 

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Séculaire

9 Mars 2011, 05:29am

Publié par vertuchou

Pierre Alechinsky, Séculaire, 1996, acrylique sur toile, 1

 

Pierre Alechinsky, Séculaire,

1996,

acrylique sur toile, 158 x 186 cm

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Plus le poème est court

8 Mars 2011, 05:37am

Publié par vertuchou

Plus le poème est court
    Plus il entre en la chair

 

Louis Aragon

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Sonnet

7 Mars 2011, 05:44am

Publié par vertuchou

Que suis-je, hélas ! et de quoi sert ma vie ?

Je ne suis fors qu'un corps privé de cœur,

Une ombre vaine, un objet de malheur,

Qui n'a plus rien que de mourir envie.

 
Plus ne portez, ô ennemis, d'envie

A qui n'a plus l'esprit à la grandeur,

Ja consommé d'excessive douleur.

Votre ire en bref se verra assouvie.


Et vous, amis, qui m'avez tenue chère,

Souvenez-vous que sans heur, sans santé,

Je ne saurais aucun bon œuvre faire.


Souhaitez donc fin de calamité

Et que ci-bas, étant assez punie,

J'aye ma part en la joie infinie.

 
Marie Stuart

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Il est mort le soleil

6 Mars 2011, 05:22am

Publié par vertuchou

Il est mort,
Il est mort, le soleil
Quand tu m'as quittée
Il est mort, l'été
L'amour et le soleil,
C'est pareil.

Il est mort,
Il est mort, le soleil
Mais je suis la seule à porter le deuil
Et le jour ne franchit plus mon seuil.

Hier, on dormait sur le sable chaud
Hier pour nous il faisait beau
Il faisait beau même en hiver
C'était hier

Il est mort,
Il est mort, le soleil
L'ombre est sur ma vie,
Dans mon cœur, la pluie
Et mon âme s'habille de gris.

Hier, la couleur que j'aimais le mieux
C'était la couleur de tes yeux
C'était la couleur de la mer
C'était hier.

Il est mort,
Il est mort, le soleil
Quand tu m'as quittée
Il est mort, l'été
L'amour et le soleil,
C'est pareil,
Il est mort, le soleil.

 

Paroles de Pierre Delanoë

Musique d'Hubert Giraud

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L'adieu

5 Mars 2011, 05:34am

Publié par vertuchou

Nous sommes revenus à notre origine.
Ce fut le lieu de l'évidence, mais déchirée.
Les fenêtres mêlaient trop de lumières,
Les escaliers gravissaient trop d'étoiles
Qui sont des arches qui s'effondrent, des gravats,
Le feu semblait brûler dans un autre monde.

Et maintenant des oiseaux volent de chambre en chambre,
Les volets sont tombés, le lit est couvert de pierres,
L'âtre plein de débris du ciel qui vont s'éteindre.
Là nous parlions, le soir, presque à voix basse
A cause des rumeurs des voûtes, là pourtant
Nous formions nos projets : mais une barque,
Chargée de pierres rouges, s'éloignait
Irrésistiblement d'une rive, et l'oubli
Posait déjà sa cendre sur les rêves
Que nous recommencions sans fin, peuplant d'images
Le feu qui a brûlé jusqu'au dernier jour.

Est-il vrai, mon amie,
Qu'il n'y a qu'un seul mot pour désigner
Dans la langue qu'on nomme la poésie
Le soleil du matin et celui du soir,
Un seul le cri de joie et le cri d'angoisse,
Un seul l'amont désert et les coups de haches,
Un seul le lit défait et le ciel d'orage,
Un seul l'enfant qui naît et le dieu mort ?

Oui, je le crois, je veux le croire, mais quelles sont
Ces ombres qui emportent le miroir ?
Et vois, la ronce prend parmi les pierres
Sur la voie d'herbe encore mal frayée
Où se portaient nos pas vers les jeunes arbres.
Il me semble aujourd'hui, ici, que la parole
Est cette auge à demi brisée, dont se répand
A chaque aube de pluie l'eau inutile.

L'herbe et dans l'herbe l'eau qui brille, comme un fleuve.
Tout est toujours à remailler du monde.
Le paradis est épars, je le sais,
C'est la tâche terrestre d'en reconnaître
Les fleurs disséminées dans l'herbe pauvre,
Mais l'ange a disparu, une lumière
Qui ne fut plus soudain que soleil couchant.

Et comme Adam et Ève nous marcherons
Une dernière fois dans le jardin.
Comme Adam le premier regret, comme Ève le premier
Courage nous voudrons et ne voudrons pas
Franchir la porte basse qui s'entrouvre
Là-bas, à l'autre bout des longes, colorée
Comme auguralement d'un dernier rayon.
L'avenir se prend-il dans l'origine
Comme le ciel consent à un miroir courbe,
Pourrons-nous recueillir de cette lumière
Qui a été le miracle d'ici
La semence dans nos mains sombres, pour d'autres flaques
Au secret d'autres champs « barrées de pierres » ?

Certes, le lieu pour vaincre, pour nous vaincre, c'est ici
Dont nous partons, ce soir. Ici sans fin
Comme cette eau qui s'échappe de l'auge.

 

Yves Bonnefoy

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