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Coups de cœur
Le Pilori
Pendant longtemps, je fus clouée au pilori,
Et des femmes, voyant que je souffrais, ont ri.
Puis, des hommes ont pris dans leurs mains une boue
Qui vint éclabousser mes tempes et ma joue.
Les pleurs montaient en moi, houleux comme des flots,
Mais mon orgueil me fit refouler mes sanglots.
Je les voyais ainsi, comme à travers un songe
Affreux et dont l’horreur s’irrite et se prolonge.
La place était publique et tous étaient venus,
Et les femmes jetaient des rires ingénus.
Ils se lançaient des fruits avec des chansons folles,
Et le vent m’apportait le bruit de leurs paroles.
J’ai senti la colère et l’horreur m’envahir.
Silencieusement, j’ai appris à les haïr.
Les insultes cinglaient, comme des fouets d’ortie.
Lorsqu’ils m’ont détachée enfin, je suis partie.
Je suis partie au gré du vent. Et depuis lors
Mon visage est pareil à la face des morts.
Renée Vivien
Que te dirais-je de la poésie ?
Que te dirais-je de la poésie ? Que dirais-je de ces nuages, de ce ciel ? Les voir, les voir, les voir... et rien de plus. Tu comprendras qu'un poète ne peux rien dire de la Poésie. Laissons cette tâche aux critiques et aux professeurs. Mais ni toi, ni moi, ni aucun poète, nous ne savons ce qu'est la Poésie.
La voici ; regarde. je porte le feu dans mes mains. je le comprends et je travaille parfaitement avec lui, mais je ne peux en parler sans littérature.
Federico Garcia Lorca, Dialogue avec Gerardo Diego.
Il n’y a pas
Il n’y a pas de mécanique du tendre
il n’y a pas de géographie du coeur,
il y a juste à découdre le démon
à coup d’extases,
juste un rapt
en forme de crime parfait
Laure Cambau
Le Grand Vent
Je vous aimais…
Je vous aimais… l’amour n’est pas, peut-être,
Au fond du cœur totalement éteint,
Mais devant vous je le fais disparaître,
Je ne veux pas vous causer de chagrin.
Je vous aimais sans mots, sans rien attendre,
Timide ou torturé de jalousie;
Je vous aimais d’un amour pur et tendre —
Dieu veuille qu’on vous aime encore ainsi.
Alexandre Pouchkine
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Si vous êtes né
Si vous êtes né avec la faiblesse de tomber, vous êtes né avec la force de vous relever.
Rupi Kaur
Calme
Je retrouve un calme
de pierre
plate.
Je ne griffe pas
ce qui me touche
Je porte, je supporte,
je ne blesse pas,
je suis lisse et douce
inerte,
comme si le feu
n'avait jamais existé.
Marie Claire d'Orbaix
Il Corneto da Posta
Distiques galants
J’ai de l’amour, de l’amour plein mon âme,
Moissonnez-en le meilleur, jeune femme.
Ainsi qu’un vin d’Espagne aux flots cuivrés,
Blonde Louise, ainsi vous m’enivrez !
Êtes-vous née au pays des merveilles,
Feu du matin, étoile de mes veilles ?
Je vis en vous, en votre amour perdu,
Dans votre cœur mon cœur s’est confondu.
Quelle Vénus en votre corps transmise
Revit en vous, ô ma terre promise ?
Je vous adore, et vous m’éblouissez !
Des floraisons s’ouvrent quand vous passez !
N’avez-vous pas erré sur les bruyères,
Reine, au milieu des Elfes printanières ?
À vos rayons je réchauffe mon cœur,
Et mes chansons vous exaltent en chœur !
Quel chérubin sourit dans vos sourires
Et les emplit de si charmants délires ?
L’air, en baisant votre corps velouté,
Avec les fleurs, rêve de volupté !
J’ai de l’amour, de l’amour plein mon âme,
Moissonnez-en le meilleur, jeune femme !
Albert Glatigny