Elle vint à moi
Elle vint à moi, s’agenouilla au bord du lit d’un geste tendre, m’entoura de ses bras tout frais du vent de mer, et il me sembla que je prenais sur ses lèvres le goût du sel.
Julien Gracq, Le Rivage des Syrtes
Coups de cœur
Elle vint à moi, s’agenouilla au bord du lit d’un geste tendre, m’entoura de ses bras tout frais du vent de mer, et il me sembla que je prenais sur ses lèvres le goût du sel.
Julien Gracq, Le Rivage des Syrtes
Comme s'il y avait
un ciel
et levant les yeux
une terre
Comme s'il y avait
du bleu lumineux
du brun mat
Comme s'il y avait
des mots terrestres
des mots supraterrestres
Comme s'il y avait
un mot tien un mot mien
toi et moi
Rose Ausländer
Tomber amoureux est le phénomène le plus mystérieux de l'univers.
Ceux qui aiment au premier regard vivent l’inexplicable du miracle.
S'ils n'aimaient pas auparavant c'est parce qu'ils ignoraient l'existence de l'autre.
Un coup de foudre est le plus gigantesque défi à la raison.
Amélie Nothomb
Tu es tombé dessus par hasard
un jour
Dans mes pensées
et tu es tombé dedans
maintenant tu y vis
peut-être par hasard
ou peut-être par amour
Elisabetta Barbara De Sanctis
L'enfer, c'est l'absence éternelle.
C'est d'aimer. C'est de dire : Hélas ! où donc est-elle
Ma lumière ? Où donc est ma vie et ma clarté ?
Elle livre aux regards éperdus sa beauté ;
Elle sourit là-haut à d'autres ; d'autres baisent
Ses yeux, et dans son sein s'enivrent et s'apaisent ;
D'autres l'ont. Désespoir !
Oh ! quand je fus jeté
Du haut de la splendeur dans cette cécité,
Après l'écroulement de l'ombre sur ma tête,
Après la chute, nu, précipité du faîte
A jamais, à la tombe inexorable uni,
Quand je me trouvai seul au bas de l'infini,
J'eus un moment si noir que je me mis à rire ;
La vaste obscurité m'emplit de son délire ;
Je sentis dans mon coeur, où mourait Dieu détruit,
La plénitude étrange et fauve de la nuit,
Et je criai, joyeux, triomphant, implacable :
" Guerre à ces firmaments dont la lumière accable !
Guerre à ce ciel où Dieu met tant de faux attraits !
Il a cru m'en chasser, c'est moi qui m'y soustrais.
Il me croit prisonnier, je suis libre. Je plane.
Et le démon, c'est l'aigle, et le monde, c'est l'âne.
Et je ris. Je suis fier et content. J'ai quitté
Les anges vains, abjects, vils, et toi, la clarté
Qui les corromps, et toi, l'amour, qui les subornes !
Quel bonheur que la haine alors qu'elle est sans bornes !
Ce Dieu, ce cœur de Tout, ce père lumineux
Que l'ange, l'astre, l'homme, et la bête, ont en eux,
Ce centre autour duquel le troupeau se resserre,
Cet être, seul vivant, seul vrai, seul nécessaire,
Je vais m'en passer, moi le colosse puni !
C'est bien. Comme je vais maudire ce béni,
Et faire contre lui, tandis qu'Adam l'encense,
De la révolte avec mon ancienne puissance
Et de la flamme avec les rayons que j'avais !
Comme je vais rugir sur lui ! Comme je vais,
Moi, l'affreux, face à face avec lui le suprême,
Le haïr, l'exécrer et l'abhorrer ! "
Je l'aime !
Victor Hugo
Les rêves du poète se réalisent toujours pour la simple raison qu'ils ne sont pas des rêves mais de clairs regards jetés sur la réalité du monde.
Roch Carrier
Comment ma joie
comment ma peine
changent-elles le monde ?
Germain Roesz