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Coups de cœur
A la Femme aimée
Lorsque tu vins, à pas réfléchis, dans la brume,
Le ciel mêlait aux ors le cristal et l’airain.
Ton corps se devinait, ondoiement incertain,
Plus souple que la vague et plus frais que l’écume.
Le soir d’été semblait un rêve oriental
De rose et de santal.
Je tremblais. De longs lys religieux et blêmes
Se mouraient dans tes mains, comme des cierges froids.
Leurs parfums expirants s’échappaient de tes doigts
En le souffle pâmé des angoisses suprêmes.
De tes clairs vêtements s’exhalaient tour à tour
L’agonie et l’amour.
Je sentis frissonner sur mes lèvres muettes
La douceur et l’effroi de ton premier baiser.
Sous tes pas, j’entendis les lyres se briser
En criant vers le ciel l’ennui fier des poètes
Parmi des flots de sons languissamment décrus,
Blonde, tu m’apparus.
Et l’esprit assoiffé d’éternel, d’impossible,
D’infini, je voulus moduler largement
Un hymne de magie et d’émerveillement.
Mais la strophe monta bégayante et pénible,
Reflet naïf, écho puéril, vol heurté,
Vers ta Divinité.
Renée Vivien
La poésie toujours
La poésie toujours a sa demeure dans le ventre des montagnes
là où toutes les pierres ont un visage
Ada Mondès
Tu es là mon amour
Tu es là mon amour,
et je n’ai lieu qu’en toi.
J’élèverai vers toi la source de mon être,
et t’ouvrirai ma nuit de femme,
plus claire que ta nuit d’homme ;
et la grandeur en moi d’aimer t’enseignera
peut-être la grâce d’être aimé.
Licence alors aux jeux du corps !
Offrande, offrande, et faveur d’être !
La nuit t’ouvre une femme :
son corps, ses havres, son rivage ;
et sa nuit antérieure ou gît toute mémoire.
L’amour en fasse son repaire !
St John Perse
Lys à bandes dorées
J’interroge la lune, une coupe de vin à la main
Lune dans le ciel bleu, depuis quand es-tu là ?
Je te pose la question, une coupe à la main.
L’homme ne peut pas monter sur la lune claire ;
Mais la lune se promène toujours avec l’homme.
Miroir aérien brillant sur la porte rouge du palais ;
Elle répand un éclat pur quand la brume se dissipe.
On la voit se lever dans la nuit au-dessus de la mer ;
On oublie qu’elle se noyait dans les nuages du matin.
Le lièvre blanc y pile la drogue magique jour et nuit ;
Chang’e y habite seule, sans connaître de voisins*.
Les gens d’aujourd’hui, n’ont pas vu la lune d’antan ;
La lune d’aujourd’hui, elle, a éclairé les gens de jadis.
Gens d’aujourd’hui et de jadis : de l’eau qui coule ;
Mais c’est toujours la même lune qu’on contemple.
Puisse au moment où nous chantons face au vin
L’éclat du clair de lune illuminer nos coupes dorées.
Li Bai
* Chang’e (ou Heng’e), enfuie dans la lune, en devint la déesse.
Un enfant
Un enfant peut toujours enseigner trois choses à un adulte; être content sans raison, s’occuper toujours à quelque-chose et savoir exiger de toutes ses forces ce qu’il désire.
Paulo Coelho
il est un silence tendu
il est un silence tendu
aussi bruyant et plus
assourdissant que plainte
opaque révolte serrée poitrine
pressée sous la veste bras repliés
silence
imposé par le lieu
soumis à la décision d’un-e autre
Anelyse Simao
Allemande, Gavotte, Chaconne
Poème à Yvonne
Vous dont je ne sais pas le nom ô ma voisine
Mince comme une abeille ô fée apparaissant
Parfois à la fenêtre et quelquefois glissant
Serpentine onduleuse à damner ô voisine
Et pourtant soeur des fleurs ô grappe de glycine
En robe verte vous rappelez Mélusine
Et vous marchez à Petits Pas comme dansant
Et quand vous êtes en robe bleu-pâlissant
Vous semblez Notre-Dame des fleurs ô voisine
Madone dont la bouche est une capucine
Sinueuse comme une chaîne de monts bleus
Et lointains délicate et longue comme un ange
Fille d'enchantements mirage fabuleux
Une fée autrefois s'appelait Mélusine
Ô songe de mensonge avril miraculeux ...
Guillaume Apollinaire
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