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Coups de cœur
Souffle et fleuris, ô monde
Souffle et fleuris, ô monde, et ouvre-toi grand
Au ciel et au vent, à la nuit et au midi de l’été.
Absorbe cette lumière et cette chaleur pénétrante
Dans tes racines, tes graines ; endors-toi sous la lune
Quand le soleil s’est obscurci à l’ouest ;
Prends ce qui est offert ; cela ne durera pas ;
Et garde tout, sans réfléchir, dans ton cœur…
L’obscurité aussi bien que le jour, la griffe du faucon
et le chant de la grive,
Ne laisse rien partir, rien sauf les regrets,
Ta prise leur est hommage, chaque partie
Ne valant pas moins que le tout. Oublie tous les remords ;
Ils sont un bandeau posés sur les cœurs clairvoyants,
Et il y a du temps – ou peut-être pas – pour regretter
Davantage ce que l’on n’a pas fait que ce que l’on a fait.
Otis Kidwell Burger
Mon Jeannot
Mon Jeannot,
Le beau dimanche approche. Même s’il pleut, ce sera un beau dimanche. Voilà le prodige de notre rêve et que les circonstances rendent si merveilleux. Je n’existe que par toi et par ces visites — je n’écoute plus la ville et son brouillard d’idées. Tout me semble clair et pur à cause de ton soleil et de ton espoir. C’est toi qui as raison. C’est ton étoile qui donne la chance et la joie. C’est le reste qui s’embrouille et trébuche dans les ténèbres.
Lettre de Jean Cocteau à Jean Marais
Pour l'amour de Dieu
Pour l'amour de Dieu, ô mon cœur,
Garde secret ton amour
Et cache ton chagrin
à ceux qui te croisent.
Tu en sera comblé.
Qui révèle son secret
N'est qu'insensé.
Car mieux vaut être silencieux et mystérieux
Pour celui qui est amoureux.
Pour l'amour de Dieu, ô mon cœur,
Si d'aucuns venaient te voir
S'enquérant de ce qu'il t'advient
Ne réponds point.
Et si d'autres te demandaient:
"où est donc celle qui t'ensorcelle"?
Rétorque-leur qu'elle envoûte un autre cœur,
En faisant croire qu'elle est hors de ta mémoire.
Khalil Gibran
Berimbau
Pintemps dédié (extrait)
Des cris d’oiseaux disséminés d’abord, si peu
audibles, mais de plus en plus tôt ils nous éveillent,
ils vont gagner en assurance dans le chant,
s’unifier, s’amplifier, jusqu’à ce que les fleurs éclosent
parmi les arbres : nous ne manquions jamais,
chaque saison nouvelle, de prendre part à leur genèse.
N’y a-t-il plus d’année nouvelle ? La grive, le forsythia,
nous ne les avons reconnus qu’en les nommant
avec les mots destinés aux enfants entre nos bras,
l’heure était celle du matin tout le jour,
tous les jours, fenêtre ouverte. Elle est encore ouverte
à la beauté, mais la beauté ne vit que de l’accueil
et nous gardons pour nous les noms
de ceux qui ont grandi, qui sont partis. Qu’importe
où ils se trouvent, ils font mieux que se souvenir
si nous ne pensons qu’à l’essor qui les soulève.
Pierre Dhainaut
Le poème, cette hésitation
Le poème, cette hésitation prolongée entre le son et le sens.
Paul Valéry
Il y a les mots
Il y a les mots... Ceux que l'on a trop attendus... Ceux qui ne sont jamais venus... Ceux qui nous ont souvent déçus...
Il y a les mots... Ceux que l'on n'ose pas se dire... Ceux qui nous font parfois souffrir... Ceux que l'on cherche avant d'écrire...
Il y a les mots.. .Ceux que l'on glisse à son oreille... Ceux qui promettent un doux réveil... Ceux qui font briller le soleil...
Il y a les mots... Ceux que l'on entend certains soirs... Ceux qui nous soufflent un brin d'espoir... Ceux qui colorent un jour trop noir...
Oui il y a ces mots qui sont des vers et des chansons ... Qui sont teintés de doux frissons ...Qui sont nos cœurs à l'unisson...
Victor Hugo
Coucher de soleil à marée basse
Quelle trace la tienne
Quelle trace la tienne
dans cet espace
où tu ne fais que passer
sinon tes larmes silencieuses salées
asséchées aussitôt que jaillies
sur tes propres déserts.
Angèle Paoli
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