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Si tu veux que je meure

17 Avril 2021, 01:38am

Publié par vertuchou

Si tu veux que je meure entre tes bras, mamie,
Trousse l'escarlatin de ton beau pellisson
Puis me baise et me presse et nous entrelaçons
Comme autour des ormeaux, le lierre se plie.

Dégrafe ce collet, m'amour, que je manie
De ton sein blanchissant le petit mont besson
Puis me baise et me presse, et me tient de façon
Que le plaisir commun nous enivre, ma vie.

L'un va cherchant la mort aux flancs d'une muraille
En escarmouche, en garde, en assaut, en bataille
Pour acheter un nom qu'on surnomme l'honneur.

Mais moi, je veux mourir sur tes lèvres, maîtresse,
C'est ma gloire, mon heur, mon trésor, ma richesse,
Car j'ai logé ma vie en ta bouche, mon cœur.

Rémy Belleau

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Définir la poésie

16 Avril 2021, 01:51am

Publié par vertuchou

Définir la poésie est un non-sens.

Je dirais même que la poésie est par définition tout ce qui échappe

au concept de poésie.

Jean-Claude Bologne
 

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India Song

15 Avril 2021, 01:46am

Publié par vertuchou

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Ah ! les horloges

14 Avril 2021, 01:08am

Publié par vertuchou

Les amis, ne consultez pas vos horloges
lorsqu'un jour je m'en irai de vos vies
dans vos problèmes futiles si perdues
qui ressemblent plus à des nécrologes ...
Parce que le temps c'est une invention de la mort:
ne le connaît pas la vie - la vraie -
où il suffit un moment de poésie
pour nous donner toute l'éternité.
Entière, oui, parce que cette vie éternelle
seulement d'elle-même est partagée,
il ne tient pas à chacun sa portion.
Et que les anges se regardent étonnés,
lorsque quelqu'un - au retour à soi de la vie -
par hasard leur demande quelle heure est-il ...

Mario Quintana

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Ce ne sont pas des souvenirs

13 Avril 2021, 01:49am

Publié par vertuchou

Ce ne sont pas des souvenirs qui, en moi, t'entretiennent ; tu n'es pas non plus mienne par la force d'un beau désir. Ce qui te rend présente, c'est le détour ardent qu'une tendresse lente décrit dans mon propre sang. Je suis sans besoin de te voir apparaître ; il m'a suffi de naître pour te perdre un peu moins.

Rainer Maria Rilke,  Portrait intérieur

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Taches de son

12 Avril 2021, 01:26am

Publié par vertuchou

Sur ta peau si tendre et si lisse,
Dont ma bouche sait la douceur,
Le soleil d’été, par malice,
A mis des taches de rousseur.

C’est tous les ans la même chose ;
Et l’on dirait qu’il veut laisser
Sur ton radieux teint de rose
Une trace de son baiser.

Mais j’aime tout de ce que j’aime ;
Et ton front, si frais et si doux,
M’attire davantage même
Constellé de quelques points roux.

Quand à mes lèvres tu le portes
D’un geste amoureux, je crois voir
La neige d’or des feuilles mortes
Sur le ciel vermeil d’un beau soir.

François Coppée

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Des Venturiers au Cengle un jour d'été

11 Avril 2021, 01:14am

Publié par vertuchou

Fabienne Verdier, Des Venturiers au Cengle un jour d'été, sérigraphie 2019, 56x76cm

Fabienne Verdier, Des Venturiers au Cengle un jour d'été, sérigraphie 2019, 56x76cm

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Possibilités

10 Avril 2021, 01:20am

Publié par vertuchou

Je préfère les films.
Je préfère les chats.
Je préfère les chênes le long de la Warta.
Je préfère Dickens à Dostoïevski.
Je me préfère moi - même aimant les gens à moi - même aimant l'humanité.
Je préfère garder une aiguille et un fil sous la main, au cas où.
Je préfère la couleur verte.
Je préfère ne pas soutenir que la raison est à blâmer pour tout.
Je préfère les exceptions.
Je préfère partir tôt.
Je préfère parler aux médecins à propos d'autre chose.
Je préfère les illustrations bien dessinées d'autrefois.
Je préfère l'absurdité d'écrire des poèmes à l'absurdité de ne pas écrire de poèmes.
Je préfère, quand il s'agit d'amour, les anniversaires implicites qu'on peut célébrer tous les jours.
Je préfère les moralistes qui ne promettent rien.
Je préfère une bonté rusée à une bonté trop confiante.
Je préfère la terre en vêtements civils.
Je préfère les pas conquis aux pays conquérants.
Je préfère avoir quelques réservations.
Je préfère l'enfer du chaos à l'enfer de l'ordre.
Je préfère les contes de Grimm aux premières pages des journaux.
Je préfère les feuilles sans fleurs aux fleurs sans feuilles.
Je préfère les chiens aux queues non - coupées
Je préfère les yeux clairs, car les miens sont sombres.
Je préfère de nombreuses choses que je n'ai pas mentionnées ici à de nombreuses choses que j'ai aussi passées sous silence.
Je préfère les zéros en libertés à ceux qu'on aligne derrière un chiffre.
Je préfère le temps des insectes au temps des étoiles.
Je préfère ne pas demander combien de temps encore et quand.
Je préfère garder à l'esprit même la possibilité que l'existence a sa propre raison d'être.

Wislawa Szymborska

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Les poèmes ne sont pas que des mots

9 Avril 2021, 01:03am

Publié par vertuchou

Les poèmes ne sont pas que des mots, après tout, mais du feu pour qui à froid, des cordes lancées au secours des perdus, parfois aussi nécessaire que du pain dans la poche d'un affamé.

Mary Oliver

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L’ours et l'amateur des jardins

8 Avril 2021, 01:26am

Publié par vertuchou

Certain Ours montagnard, Ours à demi léché,
Confiné par le sort dans un bois solitaire,
Nouveau Bellérophon vivait seul et caché :
Il fût devenu fou ; la raison d'ordinaire
N'habite pas longtemps chez les gens séquestrés :
Il est bon de parler, et meilleur de se taire,
Mais tous deux sont mauvais alors qu'ils sont outrés.
               Nul animal n'avait affaire
               Dans les lieux que l'Ours habitait ;
               Si bien que tout Ours qu'il était
Il vint à s'ennuyer de cette triste vie.
Pendant qu'il se livrait à la mélancolie,
               Non loin de là certain vieillard
               S'ennuyait aussi de sa part.
Il aimait les jardins, était Prêtre de Flore,
               Il l'était de Pomone encore :
Ces deux emplois sont beaux. Mais je voudrais parmi
               Quelque doux et discret ami.
Les jardins parlent peu , si ce n'est dans mon livre ;
               De façon que, lassé de vivre
Avec des gens muets notre homme un beau matin
Va chercher compagnie, et se met en campagne.
               L'Ours porté d'un même dessein
               Venait de quitter sa montagne :
               Tous deux, par un cas surprenant
               Se rencontrent en un tournant.
L'homme eut peur : mais comment esquiver ; et que faire ?
Se tirer en Gascon d'une semblable affaire
Est le mieux. Il sut donc dissimuler sa peur.
               L'Ours très mauvais complimenteur,
Lui dit : Viens-t'en me voir. L'autre reprit : Seigneur,
Vous voyez mon logis ; si vous me vouliez faire
Tant d'honneur que d'y prendre un champêtre repas,
J'ai des fruits, j'ai du lait : Ce n'est peut-être pas
De nosseigneurs les Ours le manger ordinaire ;
Mais j'offre ce que j'ai. L'Ours l'accepte ; et d'aller.
Les voilà bons amis avant que d'arriver.
Arrivés, les voilà se trouvant bien ensemble ;
               Et bien qu'on soit à ce qu'il semble
               Beaucoup mieux seul qu'avec des sots,
Comme l'Ours en un jour ne disait pas deux mots
L'Homme pouvait sans bruit vaquer à son ouvrage.
L'Ours allait à la chasse, apportait du gibier,
               Faisait son principal métier
D'être bon émoucheur, écartait du visage
De son ami dormant, ce parasite ailé,
               Que nous avons mouche appelé.
Un jour que le vieillard dormait d'un profond somme,
Sur le bout de son nez une allant se placer
Mit l'Ours au désespoir ; il eut beau la chasser.
Je t'attraperai bien, dit-il. Et voici comme.
Aussitôt fait que dit ; le fidèle émoucheur
Vous empoigne un pavé, le lance avec roideur,
Casse la tête à l'homme en écrasant la mouche,
Et non moins bon archer que mauvais raisonneur :
Roide mort étendu sur la place il le couche.
Rien n'est si dangereux qu'un ignorant ami ;
               Mieux vaudrait un sage ennemi.

Jean de la Fontaine

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