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Coups de cœur
Ces longues nuits d'hiver
Ces longues nuits d'hiver, où la Lune ocieuse
Tourne si lentement son char tout à l'entour,
Où le Coq si tardif nous annonce le jour,
Où la nuit semble un an à l'âme soucieuse :
Je fusse mort d'ennui sans ta forme douteuse,
Qui vient par une feinte alléger mon amour,
Et faisant, toute nue, entre mes bras séjour,
Me pipe doucement d'une joye menteuse.
Vraie tu es farouche, et fière en cruauté :
De toi fausse on jouit en toute privauté.
Pres ton mort je m'endors, près de lui je repose :
Rien ne m'est refusé. Le bon sommeil ainsi
Abuse par le faux mon amoureux souci.
S'abuser en amour n'est pas mauvaise chose
Pierre de Ronsard
Assise, elle maintenait haute
Assise, elle maintenait haute une jambe écartée : pour mieux ouvrir la fente, elle achevait de tirer la peau des deux mains. […] — Embrasse ! […] Je tremblais : je la regardais, immobile, elle me souriait si doucement que je tremblais. Enfin, je m'agenouillai, je titubai, et je posai mes lèvres sur la plaie vive. Sa cuisse nue caressa mon oreille : il me sembla entendre un bruit de houle, on entend le même bruit en appliquant l'oreille à de grandes coquilles.
Georges Bataille, Madame Edwarda
Poème en forme de vélo
Je suis un poème
En forme de vélo
Une roue devant
Une roue derrière
Un guidon
Deux pédales
Une sonnette
Qui fait dring dring
Je suis un poème
En forme de vélo
Un poème sans frein
Qui roule
Roule
Roule
Roule
Roule
Roule
Sans pouvoir s'arrêter
Je suis un poème sans frein
Qu'on arrête avec les pieds
Franchement y'a mieux comme poème
Pour faire le Tourmalet
Jean-Marie Gourio
Concerto en mi mineur pour flûte et flûte à bec TWV 52:e1, Presto
Si tu veux que je meure
Si tu veux que je meure entre tes bras, mamie,
Trousse l'escarlatin de ton beau pellisson
Puis me baise et me presse et nous entrelaçons
Comme autour des ormeaux, le lierre se plie.
Dégrafe ce collet, m'amour, que je manie
De ton sein blanchissant le petit mont besson
Puis me baise et me presse, et me tient de façon
Que le plaisir commun nous enivre, ma vie.
L'un va cherchant la mort aux flancs d'une muraille
En escarmouche, en garde, en assaut, en bataille
Pour acheter un nom qu'on surnomme l'honneur.
Mais moi, je veux mourir sur tes lèvres, maîtresse,
C'est ma gloire, mon heur, mon trésor, ma richesse,
Car j'ai logé ma vie en ta bouche, mon cœur.
Rémy Belleau
Définir la poésie
Définir la poésie est un non-sens.
Je dirais même que la poésie est par définition tout ce qui échappe
au concept de poésie.
Jean-Claude Bologne
India Song
Ah ! les horloges
Les amis, ne consultez pas vos horloges
lorsqu'un jour je m'en irai de vos vies
dans vos problèmes futiles si perdues
qui ressemblent plus à des nécrologes ...
Parce que le temps c'est une invention de la mort:
ne le connaît pas la vie - la vraie -
où il suffit un moment de poésie
pour nous donner toute l'éternité.
Entière, oui, parce que cette vie éternelle
seulement d'elle-même est partagée,
il ne tient pas à chacun sa portion.
Et que les anges se regardent étonnés,
lorsque quelqu'un - au retour à soi de la vie -
par hasard leur demande quelle heure est-il ...
Mario Quintana
Ce ne sont pas des souvenirs
Ce ne sont pas des souvenirs qui, en moi, t'entretiennent ; tu n'es pas non plus mienne par la force d'un beau désir. Ce qui te rend présente, c'est le détour ardent qu'une tendresse lente décrit dans mon propre sang. Je suis sans besoin de te voir apparaître ; il m'a suffi de naître pour te perdre un peu moins.
Rainer Maria Rilke, Portrait intérieur