Puisque tout passe
Puisque tout passe, faisons
la mélodie passagère;
celle qui nous désaltère,
aura de nous raison.
Chantons ce qui nous quitte
avec amour et art;
soyons plus vite
que le rapide départ.
Rainer Maria Rilke
Coups de cœur
Puisque tout passe, faisons
la mélodie passagère;
celle qui nous désaltère,
aura de nous raison.
Chantons ce qui nous quitte
avec amour et art;
soyons plus vite
que le rapide départ.
Rainer Maria Rilke
Je crois que la poésie est quelque chose qu'on sent, et si vous ne sentez pas la poésie, la beauté d'un texte, si un récit ne vous donne pas l'envie de savoir ce qui s'est passé ensuite, c'est que l'auteur n'a pas écrit pour vous.
Jorge Luis Borges
Coucher avec elle
Pour le sommeil côte à côte
Pour les rêves parallèles
Pour la double respiration
Coucher avec elle
Pour l’ombre unique et surprenante
Pour la même chaleur
Pour la même solitude
Coucher avec elle
Pour l’aurore partagée
Pour le minuit identique
Pour les mêmes fantômes
Coucher coucher avec elle
Pour l’amour absolu
Pour le vice, pour le vice
Pour les baisers de toute espèce
Coucher avec elle
Pour un naufrage ineffable
Pour se prouver et prouver vraiment
Que jamais n’a pesé sur l’âme et le corps des amants
Le mensonge d’une tache originelle
Robert Desnos 1942
Vu le soin ménager dont travaillé je suis,
Vu l’importun souci qui sans fin me tourmente,
Et vu tant de regrets desquels je me lamente,
Tu t’ébahis souvent comment chanter je puis.
Je ne chante, Magny, je pleure mes ennuis,
Ou, pour le dire mieux, en pleurant je les chante,
Si bien qu’en les chantant, souvent je les enchante :
Voilà pourquoi, Magny, je chante jours et nuits.
Ainsi chante l’ouvrier en faisant son ouvrage,
Ainsi le laboureur faisant son labourage,
Ainsi le pèlerin regrettant sa maison,
Ainsi l’aventurier en songeant à sa dame,
Ainsi le marinier en tirant à la rame,
Ainsi le prisonnier maudissant sa prison.
Joachim du Bellay
Shimamoto-san était une fille précoce, sans aucun doute, et je suis sûr qu'elle était amoureuse de moi. Moi aussi, j'éprouvais une vive attirance pour elle, mais je ne savais que faire de ce sentiment. Comme elle, certainement. Une fois, une seule, elle me pris la main. Elle voulait m'indiquer une direction et me saisit par la main en disant:"Vite, par ici!".Nos doigts restèrent entrelacés à peine dix secondes, mais cela me sembla durer une demi-heure. Et quand elle relâcha son étreinte, je regrettai qu'elle ne l'ait pas prolongée davantage.Et puis j'avais bien compris que son geste était spontané, mais qu'elle avait aussi envie de voir ce que cela faisait de tenir ma main dans la sienne.
Haruki Murakami, Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil
Il y a celui qui vit
dans l'auberge des feuilles
Et celui qui bâtit
de hautes citadelles
Il y a le feu qui pourrit
sur sa cendre muette
Et la flamme en tes yeux
qui ne saurait s'éteindre
Il y a des souvenirs qui meurent
de leurs ailes blessés
Et des visages qui éclairent
longtemps après leur mort
Il y a le vin et le sang
le pain et la dent
la faim et son désir couronné
Il y a celui qui toujours tourne
autour de soi
Et celui qui met ses bras
autour du monde
Jean Pierre Siméon
Si tu me possèdes, tu posséderas tout,
mais ta vie m'appartiendra. Dieu l'a
voulu ainsi. Désire, et tes désirs
seront accomplis. Mais règle
tes souhaits sur ta vie.
Elle est là. A chaque
vouloir je décroîtrai
comme tes jours.
Me veux-tu?
Prends. Dieu
t'exaucera.
Soit !
Honoré de Balzac
La poésie, c'est le temps durant lequel un homme oublie qu'il va mourir
Georges Perros.