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La poésie suggère

25 Février 2019, 02:18am

Publié par vertuchou

La poésie suggère.

En cela, elle est plus proche qu'on ne pense de la vie, qui est toujours en deçà

de l'instant qui frappe.

Andrée Chedid

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Ce matin, je dirai

24 Février 2019, 02:35am

Publié par vertuchou

Ce matin, je dirai le simple bonheur d’un homme allongé au creux d’une

     barque

L’oblongue coquille d’un canot s’est refermée sur lui

Il dort C’est une amande La barque comme un lit épouse son sommeil

 

La mer digère l’eau en sa profondeur fauve

C’est un grand arbre d’eau d’algues et de ciel bleu

C’est une immense fleur à fleur de terre et d’eau

Et l’homme allongé au creux d’une barque s’adosse à son mystère

 

                              Il dort

                              L’air s’appuie sur sa face

                              La vague le soulève

 

                              Il naîtra d’un ressac

                              Du cri d’une mouette

 

                              Le regard apaisé

 

                              Les mains nouées

 

                              Les pieds joints

Gaston Puel

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Lycéennes de Ha Tien, 2001

23 Février 2019, 02:00am

Publié par vertuchou

Bernard Descamps, Lycéennes de Ha Tien, 2001, Tirage argentique

Bernard Descamps, Lycéennes de Ha Tien, 2001, Tirage argentique

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Or qui en a, ou en veut avoir deux

22 Février 2019, 02:10am

Publié par vertuchou

Or qui en a, ou en veut avoir deux,
Comment peut-il faire deux Amours naître ?
Je ne dis pas, que ne puisse bien être
Un coeur plus grand, que croire je ne veux :
Mais que tout seul il satisfit à eux,
Cela n'a point de résolution
Qui sût absoudre, ou clore ma demande :

Et toutefois ainsi qu'affection
Croît le désir, telle obligation
Peut Dame avoir à la Vertu si grande,
Que de l'Amant la qualité demande
Double mérite, ou double passion.

Pernette du Guillet

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Ça raconte Sarah

21 Février 2019, 01:56am

Publié par vertuchou

Ça raconte Sarah, sa beauté mystérieuse, son nez cassant de doux rapace, ses yeux comme des cailloux, verts, mais non, pas verts, ses yeux d'une couleur insolite, ses yeux de serpent aux paupières tombantes. Ça raconte Sarah la fougue, Sarah la passion, Sarah le soufre, ça raconte le moment précis où l'allumette craque, le moment précis où le bout de bois devient feu, où l'étincelle illumine la nuit, où du néant jaillit la brûlure. Ce moment précis et minuscule, un basculement d'une seconde à peine.
Pauline Delabroy-Allard, Ça raconte Sarah

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Rois demain

20 Février 2019, 02:50am

Publié par vertuchou

Quand tu prendras la mer
elle sera sémaphore
quand tu verras la terre
elle deviendra le port
quand t’auras plus le ciel
elle sera ton étoile
comme un point de lumière
vient éclairer la toile
de peintures en dessins
on dessine nos vies
on s’ébat dans les seins
dans les seins on s’écrit
on crie tout notre amour
a ceux qui n’entendent pas
a chanter sur les toits
sur qu’on cherche sa voie
elle fera couler ruisseau
quand t’auras plus les armes
quand tes yeux n’auront plus
oui, qu’à sonner l’alarme
quand l’horizon devant
ne sera que la plaine
elle deviendra colline
elle deviendra la cime
quand tu chercheras trop
oui, à quoi tout ça rime
quand t’auras tout vendu
ton âme et ta sublime
elle te fera les gestes
qui font les poésies
et puis qui sait dedans
oui ce qui fait la vie
qu’importe les chemins
que nous prendrons ensembles
qu’importe sous quels cieux
seront nos mains qui tremblent
et puis si la vieillesse
vient frapper à la porte
c’est qu’on aura vaincu
ce temps qui nous escorte
je serai avec toi
combattant impossible
je t’apprendrai à voir
ce qu’on garde invisible
et s’il faut que chaque jour
je devienne soleil
pour éteindre la nuit
pour éclairer ton ciel
oui nous serons rois demain
mon amour toi et moi

J’irai chercher de l’or
pour chacun de tes doigts
et quand les océans
te monteront aux cils
j’irai au fond des mers
du noir de tes pupilles
et s’il faut que chaque jour
je devienne soleil
pour éteindre les nuits
pour éclairer ton ciel
nous serons rois demain
mon amour toi et moi

J’irai trouver de l’or
pour chacun de tes doigts
et quand les océans
viendront noyer nos terres
nous suivrons les printemps
nous suivrons la lumière
oui quand les océans
viendront noyer la terre
nous serons le printemps
nous serons la lumière

Saez

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Invierno Porteño

19 Février 2019, 02:49am

Publié par vertuchou

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Tête de faune

18 Février 2019, 02:45am

Publié par vertuchou

Dans la feuillée, écrin vert taché d'or,
Dans la feuillée incertaine et fleurie
De fleurs splendides où le baiser dort,
Vif et crevant l'exquise broderie,

Un faune effaré montre ses deux yeux
Et mord les fleurs rouges de ses dents blanches.
Brunie et sanglante ainsi qu'un vin vieux,
Sa lèvre éclate en rires sous les branches.

Et quand il a fui - tel qu'un écureuil -
Son rire tremble encore à chaque feuille,
Et l'on voit épeuré par un bouvreuil
Le Baiser d'or du bois, qui se recueille

Arthur Rimbaud

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La poésie est le miroir brouillé

17 Février 2019, 02:38am

Publié par vertuchou

La poésie est le miroir brouillé de notre société. Et chaque poète souffle sur ce miroir : son haleine différemment l'embue.

Louis Aragon

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Fiche de police

16 Février 2019, 02:30am

Publié par vertuchou

Pour Pierre Seghers

 

 

Il y avait ton cœur fermé

ton cœur ouvert

ton cœur de feu couvert

tes cheveux pour filer entre les doigts

pour verser leur sable sur mon sommeil

et pour enchanter la fatigue

tes cheveux comme un treillage entre le regard et les

   vignes qui flambent

tes cheveux de luisant et de sorgue

tes yeux avec la halte à l’ombre

et la colonne de froid sur le puits

tes yeux les anémones ouvertes dans la mer

tes yeux pour plonger droit dans les vaucluses

et dérober leurs paillettes aux fontaines

tes yeux sur les averses qui volent sur les ardoises

tes bras pour les bras tendus

pour le geste cueillant le linge qui sèche

pour tenir la moisson de toile contre ta poitrine

pour maintenir la maison de souvenirs contre le vent

tes bras pour touiller les bassines de confiture

tes seins les dunes d’un beau soir

tes seins pour les paumes calleuses au retour du travail

- mais sais-tu les meules qui se prêtent se creusent

quand il faut le repos

- sais-tu le nez dans les sources d’herbe

quand la marinière trempe de buée sa chanson –

tes seins pour bander

tes mains – pavots qui apprivoisent l’insomnie

tes mains pour les mains nouées et les promesses scellées

tes mains pour tendre les tartines

tes mains pour toucher ton amour

tes hanches comme la péniche pleine

comme l’amphore épousée par les doigts de haut en bas

ton ventre pour les tabliers bleus du matin

et les gaines soyeuses des minuits de luxe

ton ventre la pleine joie de la pleine mer

ton ventre de houle

tes cuisses de flandre

ton sillage de carène heureuse et de menthe volée

ton odeur de servante jeune et de pain bis

ton odeur de vachère et de jachère en avril

ton odeur de renoir et d’auberge calme

ta peau de santé le slalom nègre sur la pente des étés

tes robes de bouquets aux crayons de couleurs

sur un vieux cahier d’école

tes robes en dimanche tes robes de bonjour

tes matinées au lit comme une nage facile par la grande baie

 

   des fougères

ton envie comme une salve qui salue la rade où brûlent mille

 

   rochelles

et l’argent des avirons

- et te voici dressée, plantée sur ton plaisir et qui délires –

ton envie le suc qui éclate de la figue mûre

ta voix venue des châteaux en Bavière

ta voix qui étonne les légendes dissimulées

ta bouche pour dire oui

ta salive à boire

ton sourire d’enfance retrouvée.

 

 

   Il y avait ce plus secret de toi

ce blond de toi épanouie

l’étoile de mer encore humide entre deux désirs.

 

 

   Il y avait ton attente la première permission

du soldat à la guerre

ton souvenir – et c’est la pluie qui bat tiède

contre les volets clos de la mémoire

ton souvenir à inventer

- mais jamais toi tenue certaine

au midi du bonheur

et pourtant quelques-uns t’ont vue en plein jour

ou derrière leurs poèmes

tu es plus vieille que la peine du monde

et plus neuve que la joie de vivre

c’est toi que les hommes ont toujours voulue

dans leur faim de tendresse

au bout des jours au bout des routes

celle qu’ils ont appelée la veille de la chaise électrique

ou du peloton d’exécution

pour qui tous ont trahi leur plus franche parole

et tenu leurs plus dérisoires serments

celle qui embrassait trop tard les gars punis

avant la fosse commune ou les croix de bois.

 

   Il me reste à te donner un nom

   à te donner vie

   il me reste surtout à te rencontrer

   comme les mains émerveillées de l’aveugle

   trouvent la présence du soleil

   sur un pan de mur.

André Hardellet

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