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Coups de cœur
À ***
À ***
Je revois l’instant merveilleux
où devant moi tu apparus,
vision à peine ébauchée,
claire image de la beauté.
Accablé jusqu’au désespoir,
assourdi par le bruit du monde,
J’entendis longtemps ta voix tendre
Et rêvai de tes traits aimés.
Les ans passèrent. Les tempêtes
au vent jetèrent tous mes rêves
et j’en oubliai ta voix tendre
et les traits purs de ton visage.
Mes jours se traînaient silencieux
dans une sombre réclusion,
sans génie, sans inspiration,
sans vie, sans amour et sans larmes.
Quand sonna l’heure du réveil,
devant moi tu réapparus,
vision à peine ébauchée,
claire image de la beauté ,
et mon cœur s’est remis à battre,
ivre de voir ressusciter
le génie et l’inspiration,
la vie et l’amour et les larmes.
Alexandre Pouchkine
Traduction : Louis Martinez
La poésie est toujours
La poésie est toujours des confins.
Pierre Dubrunquez
D’abord un long silence
D’abord un long silence
Puis
La nuit en moi m’épousa en amant du dedans
Les membres négligemment entravés
Les yeux bandés pour m’abandonner mieux
Mon corps soumis (c’était délicieux)
Mon corps soumis s’ouvrit
Fut pris par un souffle
Une voix
Des mots dans la voix et
Dans le sang d’un baiser
Tout fut dit dans la tempête les flammes les craquements les déchirures du feu
Le vent tomba
La lune devint blanche
La marée étouffa braises et silences
confondit par après avec le bleu du jour et
J’eus beau mon amour t’étreindre contre mon cœur
Promettre à nouveau de relater notre traversée
Tu semblas ne plus pouvoir rien entendre ni dire mais me confia
Dans un ultime effort
Le mot-clé des mots conjuguant fleurs et couleurs
Julien Bosc
Uscitemi dal cor, lacrime amare
Jeanne dort
Jeanne dort ; elle laisse, ô pauvre ange banni,
Sa douce petite âme aller dans l'infini ;
Ainsi le passereau fuit dans la cerisaie ;
Elle regarde ailleurs que sur terre, elle essaie,
Hélas, avant de boire à nos coupes de fiel,
De renouer un peu dans l'ombre avec le ciel.
Apaisement sacré ! ses cheveux, son haleine,
Son teint, plus transparent qu'une aile de phalène,
Ses gestes indistincts, son calme, c'est exquis.
Le vieux grand-père, esclave heureux, pays conquis,
La contemple.
Cet être est ici-bas le moindre
Et le plus grand ; on voit sur cette bouche poindre
Un rire vague et pur qui vient on ne sait d'où ;
Comme elle est belle ! Elle a des plis de graisse au cou ;
On la respire ainsi qu'un parfum d'asphodèle ;
Une poupée aux yeux étonnés est près d'elle,
Et l'enfant par moments la presse sur son coeur.
Figurez-vous cet ange obscur, tremblant, vainqueur,
L'espérance étoilée autour de ce visage,
Ce pied nu, ce sommeil d'une grâce en bas âge.
Oh ! quel profond sourire, et compris de lui seul,
Elle rapportera de l'ombre à son aïeul !
Car l'âme de l'enfant, pas encor dédorée,
Semble être une lueur du lointain empyrée,
Et l'attendrissement des vieillards, c'est de voir
Que le matin veut bien se mêler à leur soir.
Ne la réveillez pas. Cela dort, une rose.
Jeanne au fond du sommeil médite et se compose
Je ne sais quoi de plus céleste que le ciel.
De lys en lys, de rêve en rêve, on fait son miel,
Et l'âme de l'enfant travaille, humble et vermeille,
Dans les songes ainsi que dans les fleurs l'abeille.
Victor Hugo
Il est là. Charmant et charmeur
Il est là. Charmant et charmeur. Nonchalant et légèrement ironique. Discret, mais arrogant, présent, mais distrait. Elle est parfaitement consciente qu’il ne lui réserve pas entièrement son attention. Néanmoins, ils discutent de sujets diversifiés. Elle bouge, elle s’ouvre. Elle est fleur et océan. Pour lui, à cause de lui. Ils rient ensemble, ils se regardent. Elle lui touche la paume de la main, la caresse et la tient un peu prisonnière dans la sienne. Il a senti son excitation. Elle a envie de lui en elle pour basculer à nouveau, pour vibrer, pour transcender. Avec lui, c’est différent. Un picotement de la peau qui semble venir du côté du cœur. La première fois. C’est nouveau pour cette femme-là. C’est impérieux et vif comme un matin d’hiver. Elle se penche vers lui. Quand elle l’embrasse, il répond rapidement. Il est possessif et exigeant. Elle jubile. À la fin du repas, elle n’est que langueur et attente. Elle est prête.
Frida Anbar, Cette femme-là
Départ du train
Départ du train
souvenir de ses baisers
sur mes doigts tremblants
Lydia Padellec
Flight From The City
Le papillon bat des ailes
Le papillon bat des ailes
Comme s'il désespérait
De ce monde.
Kobayashi Issa