La charge émotive
La charge émotive du poème
se trouve dans la mémoire des cellules
dans un soubresaut d’épiderme
au détour d’un effleurement
-- Rosalie Trudel
Coups de cœur
La charge émotive du poème
se trouve dans la mémoire des cellules
dans un soubresaut d’épiderme
au détour d’un effleurement
-- Rosalie Trudel
S’en sont allées les neiges, déjà revient l’herbe aux campagnes
et aux arbres la chevelure.
La terre fait son changement et la décrue le long des rives
laisse couler les fleuves.
La Grâce avec les Nymphes, avec ses deux sœurs, ose
conduire nue les danses.
Rien d’immortel à espérer, te prévient l’année et de l’alme
jour l’heure ravisseuse.
Le froid mollit sous les Zéphyrs, l’été broie le printemps
et puis s’en va périr dès que
l’automne lourd de fruits aura répandu ses dons et bientôt
revient l’inertie de l’hiver.
Pourtant ce que le ciel abîme, rapidement les lunes le réparent.
Nous, une fois tombés
où se trouve Énée Père, où sont les riches Tullus et Ancus,
sommes poussière et ombre.
Qui sait si ajouteront au total d’aujourd’hui les instants
de demain Ceux d’en haut ?
Aux mains avides de ton héritier échappera tout le bien qu’ami de
toi tu te seras accordé.
Quand tu seras mort de ta seule mort et que sur toi Minos aura
rendu sa splendide sentence,
non, Torquatus, ni ta naissance, ni ton éloquence, ni ta
piété ne te feront revivre,
car les ténèbres de l’enfer, ni Diane le pudique
Hippolyte ne l’en délivre,
ni Thésée n’est de force à rompre du Léthée les chaînes
pour son aimé Pirithoüs.
Horace
Elle a dit : “… vos mots me plaisent, vos mots m'étreignent. Je parle à vos mots en les posant sur ma joue ; je les silence, je les ingère comme de petits fruits qui vitaminent mon esprit, mon présent, mes larmes, mes nuits et mes joies. Et je me demande si vous, vous, vous la devinez cette étreinte ; ou bien restez seul, reclus, interdit et fenêtres fermées, là où vous êtes en train d'écrire ? Oui je me demande si vos mots une fois reçus par moi ne vous reviennent pas sous forme de, je ne sais pas : l'onde d'un infime espoir partagé, d'une caresse profonde, la caresse d'un alcool fort, la caresse de bras invisibles vous entourant comme un serpent géant ; venu, non pas pour vous étouffer mais vous alléger d'une vague, cette vague revenue, renvoyée par moi depuis l'autre côté de l'océan : là où je suis, là où vos mots savent toujours me trouver, m'étreindre”.
— jacques dor
Ô vous du petit matin dans une chambre
qui demandez si la grappe du jour
vous réserve un grain délectable
ne vous levez pas encore, attirez vers vous l'ordinateur,
écrivez en italique votre espoir
puis vivez vos heures et revenez au cœur du soir.
Vous voici devant l'écran, les lettres
s'inclinent
toujours
Et vous les transposez en corps dix-huit pour lire
Comme une affiche
L'inscription de votre désir déçu - qui renaît.
Marie-Claire Bancquart
J'ai peur de regarder tes yeux
Tu ris et tes vives pupilles
Brûlent comme du feu
Et, comme des diamants, brillent.
C'est si bon et si douloureux,
Pourtant.
De se plonger ardent
Au fond de tes deux yeux.
C'est si bon et si caressant
De se livrer, vivant.
Aux feux
De tes deux yeux.
Ella Wheeler Wilcox
"Toutes les choses ont leur mystère,
et la poésie, c'est le mystère de toutes les choses"
Federico Garcia Lorca
Quand je l’ai vue, je l’ai perdue
La trace d’une hermine sur les vitres givrées.
Une étoile, à peine une étoile, la lumière,
Ses ongles sur le marbre éveillé de la nuit.
Je ne parle plus pour personne,
Le jour et la nuit se mêlent si bien dans la chevelure,
Sous mon regard, sous ses cheveux elle se fane,
Être vertueux, c’est être seul.
Inconnue, elle était ma forme préférée,
Je n’avais pas le souci d’être un homme,
Et, vain, je m’étonne d’avoir eu à subir
Mon désir comme un peu de soleil dans l’eau froide.
Paul Éluard