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Ballade de la Dame lointaine

25 Janvier 2019, 02:01am

Publié par vertuchou

Plus ne voy rien qui resconfort me donne ;
Plus dure un jour que ne souloient cent ;
Plus n'est saison qu'a nul bien m'abandonne ;
Plus voy plaisir, et moins mon cueur s'en sent ;
Plus oncques mais mon vouloir bas descent ;
Plus me souvient de vous, et plus m'empire ;
Plus quier esbas, c'est lors que plus souspire ;
Plus faict beau temps, et plus me vient d'ennuis ;
Plus ne m'attends fors tousjours d'avoir pire,
Puis que de vous approucher je ne puis.

Plus vivre ainsi ne m'est pas chose bonne ;
Plus veuil mourir, et Raison n'y consent ;
Plus qu'a nully Amours de maulx m'ordonne ;
Plus n'a ma voix bon accort ni accent ;
Plus faict on jeulx, mieulx desire estre absent ;
Plus force n'ay d'endurer tel martire ;
Plus n'est vivant homme qui tel mal tire ;
Plus ne connoys bonnement ou je suis ;
Plus ne say, bref, que penser, faire ou dire,
Puis que de vous approucher je ne puis.

Plus suis dolent que nulle aultre personne
Plus n'ay espoir d'aulcun alegement ;
Plus ay desir, crainte d'aultre part sonne ;
Plus cuide aler vers vous, moins say comment ;
Plus suis espris, et plus ay de tourment ;
Plus pleure et plains, et plus pleurer desire ;
Plus chose n'est qui me puisse souffire ;
Plus n'ay repos : je hay les jours et nuits ;
Plus que jamais a Douleur me fault duire,
Puisque de vous approucher je ne puis.

Plus n'ay mestier de jouer ne de rire,
Plus n'est le temps si non du tout despire* ;
Plus cuide avoir de doulceur les appuis,
Plus suis adonc desplaisant et plein d'ire,
Puis que de vous approucher je ne puis.

(*) de mépriser tout

Jean Meschinot

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Elle avait des yeux sauvages

24 Janvier 2019, 02:04am

Publié par vertuchou

Elle avait des yeux sauvages, légèrement fou. Elle avait aussi un trop plein d'émotions qui l'a rendait pleine de compassion, ce qui lui coûtait généralement très très cher.

Charles Bukowski

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Couplet de la rue de Bagnolet

23 Janvier 2019, 02:14am

Publié par vertuchou

Le soleil de la rue de Bagnolet
N'est pas un soleil comme les autres.
Il se baigne dans le ruisseau,
Il se coiffe avec un seau,
Tout comme les autres,
Mais, quand il caresse mes épaules,
C'est bien lui et pas un autre,
Le soleil de la rue de Bagnolet
Qui conduit son cabriolet
Ailleurs qu'aux portes des palais.
Soleil ni beau ni laid,
Soleil tout drôle et tout content,
Soleil d'hiver et de printemps,
Soleil de la rue de Bagnolet,
Pas comme les autres.

Robert Desnos

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My heart's in the highlands

22 Janvier 2019, 02:17am

Publié par vertuchou

My Heart's in the Highlands

My heart's in the Highlands, my heart is not here,
My heart's in the Highlands a-chasing the deer -
A-chasing the wild deer, and following the roe; (=ree)
My heart's in the Highlands, wherever I go.
Farewell to the Highlands, farewell to the North
The birth place of Valour, the country of Worth;
Wherever I wander, wherever I rove,
The hills of the Highlands for ever I love.

Farewell to the mountains high cover'd with snow;
Farewell to the straths and green valleys below; (=breed dal)
Farewell to the forrests and wild-hanging woods;
Farwell to the torrents and loud-pouring floods.
My heart's in the Highlands, my heart is not here,
My heart's in the Highlands a-chasing the deer
Chasing the wild deer, and following the roe;
My heart's in the Highlands, whereever I go.

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Stances sur une courtisane

21 Janvier 2019, 01:50am

Publié par vertuchou

Connaissant votre humeur je veux bien ma Sylvie,

Que passant votre temps

Avec tous les amants dont vous êtes servie,

Vous les rendiez contents.

 

La mode de la Cour m’étant si bien connue

Pourrais-je avoir douté

Qu’on peut vivre en ce temps plus chaste et retenue

Avec tant de beauté ?

 

J’approuve vos plaisirs et qu’il vous soit loisible

D’en jouir bien à point,

Car donnant tant d’amour il serait impossible

Que vous n’en eussiez point.

 

Mais puisque ce péché point de blâme n’apporte

Quand on le cache bien,

Je voudrais seulement que vous fissiez en sorte

Que je n’en susse rien.

 

Celle qui fait du mal se peut dire innocente

En le tenant caché,

Mais quand on fait du mal et qu’après on s’en vante,

On fait double péché.

 

jean de Lingendes

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Quand la difficulté de vivre

20 Janvier 2019, 02:10am

Publié par vertuchou

Quand la difficulté de vivre s’intensifie, l’envie vous prend d’aller ailleurs.

Une fois que vous avez compris que la peine est partout la même,

alors la poésie peut naître, alors la peinture peut naître, la musique,

la sculpture...

Natsume Sōseki
 

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Pierre de soleil

19 Janvier 2019, 02:30am

Publié par vertuchou

...

je vais entre des galeries de sons,
je flue entre les présences résonnantes,
je vais à travers les transparences comme un aveugle,
un reflet m'efface, je nais dans un autre,
ô forêt de piliers enchantés,
sous les arcs de la lumière je pénètre
les couloirs d'un automne diaphane,

je vais à travers ton corps comme par le monde,
ton ventre est une place ensoleillée,
tes seins sont deux églises où l'on célèbre
le sang et ses mystères parallèles,
mes regards te couvrent comme du lierre,
tu es une ville que la mer assiège,
une muraille que la lumière divise
en deux moitiés de couleur pêche,
un lieu de sel, de roches et d'oiseaux
sous la loi du midi ébahi,

vêtue par la couleur de mes désirs
comme ma pensée tu vas nue,
je vais à travers tes yeux comme par l'eau,
les tigres boivent le rêve de ces yeux,
le colibri se brûle dans ces flammes,
je vais à travers ton front comme par la lune,
comme le nuage à travers ta pensée,
je vais à travers ton ventre comme par tes rêves,

ta jupe de maïs ondule et chante,
ta jupe de cristal, ta jupe d'eau,
tes lèvres, tes cheveux, tes yeux,
toute la nuit tu es pluie, tout le jour
tu ouvres ma poitrine avec tes doigts d'eau,
tu fermes mes yeux avec ta bouche d'eau,
sur mes os tu es pluie, dans ma poitrine
un arbre liquide creuse des racines d'eau,

je vais à travers tes formes comme par un fleuve,
je vais à travers ton corps comme par une forêt,
comme par un sentier dans la montagne
qui se termine en un abîme abrupt


je vais à travers tes pensées effilées
et à la sortie de ton front blanc
mon ombre précipitée se brise,
je recueille mes fragments un à un
et je poursuis sans corps, je cherche à tâtons,

...


tigre couleur de lumière, cerf brun
dans les environs de la nuit,
j'ai entrevu une jeune fille penchée
sur les balcons verts de la pluie,
adolescent visage innombrable,
j'ai oublié ton nom, Mélusine,
Laure, Isabelle, Perséphone, Marie,
tu as tous les visages et aucun,
tu es toutes les heures et aucune,
tu ressembles à l'arbre et au nuage,
tu es tous les oiseaux et un astre,
tu ressembles au tranchant de l'épée
et à la coupe de sang du bourreau,
lierre qui avance, enveloppe et déracine
l'âme et la divise d'elle-même

Octavio Paz

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Portrait de Jacqueline au chapeau de paille

18 Janvier 2019, 02:06am

Publié par vertuchou

Pablo Picasso (1881–1973   Portrait de Jacqueline au chapeau de paille (Bloch 1067), 1962

Pablo Picasso (1881–1973 Portrait de Jacqueline au chapeau de paille (Bloch 1067), 1962

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L’ombre assourdit le flux et le reflux des choses

17 Janvier 2019, 01:47am

Publié par vertuchou

L’ombre assourdit le flux et le reflux des choses.
Parmi l’accablement des parfums et des fleurs,
Tes lèvres ont pleuré leurs rythmiques douleurs
Dans un refrain mêlé de sanglots et de pauses.

Et la langueur des lits, la paix des portes closes,
Entourent nos désirs et nos âpres pâleurs…
Dédaignant la lumière et le fard des couleurs,
Nous mêlons aux baisers le soir trempé de roses.

Tes yeux aux bleus aigus d’acier et de cristal
S’entr’ouvrent froidement, ternis comme un métal ;
Le ciel s’est recouvert d’une brume blafarde.

Effleurant ton sommeil opprimé sous le faix
Des ivresses, la lune aux longs reflets s’attarde
Sur la ruine d’or de tes cheveux défaits.

Renée Vivien

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On ne peut jamais vraiment retourner dans les mêmes eaux

16 Janvier 2019, 01:41am

Publié par vertuchou

Vous ne pouvez jamais vraiment retourner dans les mêmes eaux. Non seulement vous n'êtes plus pareil, mais les eaux que vous avez quittées ne le sont plus non plus. Le courant a changé. Les éléments de la nature ont affecté le cours d'eau. Quand vous revenez, même si cela semble être la même chose, la rivière est vraiment différente et vous êtes une personne différente. Par conséquent, vous ne pouvez pas traverser deux fois le même fleuve.

Alice Walker

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