La poésie, c'est le temps
La poésie, c'est le temps durant lequel un homme oublie qu'il va mourir
Georges Perros.
Coups de cœur
La poésie, c'est le temps durant lequel un homme oublie qu'il va mourir
Georges Perros.
Le tendre et dangereux
visage de l'amour
m'est apparu un soir
après un trop long jour
C'était peut-être un archer
avec son arc
ou bien un musicien
avec sa harpe
Je ne sais plus
Je ne sais rien
Tout ce que je sais
c'est qu'il m'a blessée
peut-être avec une flèche
peut-être avec une chanson
Tout ce que je sais
c'est qu'il m'a blessée
blessée au coeur
et pour toujours
Brûlante trop brûlante
blessure de l'amour.
Jacques Prévert
Je te donne le bout d'un fil d'or:
enroule ce fil autour d'une balle
et il te conduira à la Porte du Paradis
taillée dans le mur de Jérusalem.
William Blake
traduit par Alain Suied
Je t’aime, mon bien-aimé ; mon seul but, ma seule ambition, mon seul présent et mon seul avenir, c’est mon amour. Je ne vis que dans lui, je ne pense que par lui, je ne sens que lui.J’ai bien hâte de te voir. J’ai tant de baisers, tant d’étreintes, tant de cris inarticulés plus éloquents et plus expressifs que des mots les uns au bout des autres à te donner, que tu devrais bien te presser d’arriver pour ne pas les laisser sans bouche pour les recevoir, sans mains pour les sentir et sans oreilles pour les entendre. Que je t’aime. Que je t’aime toujours plus.Mon amour, mon bonheur, ma joie, viens, viens. Je t’aime tant.
Juliette Drouet à Victor Hugo
Sous les lueurs des plantes rares
les joues roses des cerisiers
les diamants de la distance
Et les perles dont elle se pare
Sous les lustres des flaques tièdes
A travers la campagne hachée
A travers les sommeils tranchés
A travers l'eau et les ornières
les pelouses des cimetières
A travers toi
Au bout du monde
Le monde couru pas à pas
Ton amour sous la roue du soir
A peine la force de ce geste de désespoir
A peine l'eau ridée sur le cours de ton sein
Contre le parapet fragile du destin
J'aime ces flocons blancs de la pensée perdue
dans le vent de l'hiver et le printemps mordu
Mon esprit délivré de ces chaînes anciennes
Et que la rouille a dénouées
Pour me serrer plus fort aujourd'hui dans les tiennes.
Pierre Reverdy
L'on verra s'arrêter le mobile du monde,
Les étoiles marcher parmi le firmament,
Saturne infortuné luire bénignement,
Jupiter commander dedans le creux de l'onde.
L'on verra Mars paisible et la clarté féconde
Du Soleil s'obscurcir sans force et mouvement,
Vénus sans amitié, Stilbon sans changement,
Et la Lune en carré changer sa forme ronde,
Le feu sera pesant et légère la terre,
L'eau sera chaude et sèche et dans l'air qui l'enserre,
On verra les poissons voler et se nourrir,
Plutôt que mon amour, à vous seul destinée,
Se tourne en autre part, car pour vous je fus née,
Je ne vis que pour vous, pour vous je veux mourir.
Madeleine de l'Aubespine
Ce qui s'enfuit du monde c'est la poésie.
La poésie n'est pas un genre littéraire, elle est l'expérience spirituelle de la vie, la plus haute densité de précision, l'intuition aveuglante que la vie la plus frêle est une vie sans fin.
Christian Bobin
Mon cœur s'est pris à tes épaules
Mon cœur s'est pris à tes yeux gris
Le soleil s'est éteint
Et la neige est tombée
J'ai eu froid sans mon cœur
Rends-le moi
Mon cœur tremblait dans tes mains calmes
Mon cœur tremblait contre le tien
Les oiseaux se sont tus
Et les fleurs ont pâli
J'ai si froid sans mon cœur, rends-le moi
Ne le mets pas dans une cage
Il va mourir comme l'amour
Laisse-moi courir les rues
Laisse-moi vivre au fil des jours
J'ai mis le bonheur à la porte
Et j'ai brisé tous ses anneaux
J'ai laissé les baisers
J'ai cassé les serments
Et j'enferme mon cœur avec moi
Demain, demain je serai seul
Dans le silence de ma vie
Me prendra le hasard
M'aimera qui voudra
Mais j'enferme mon cœur avec moi
Je serai libre dans ma cage
Je serai libre avec mon cœur
Et j'irai courir les rues
Les rues de rêve
Où vont mes amours
Boris Vian