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Coups de cœur
Sonnets
Bouche dont la douceur m'enchante doucement
Par la douce faveur d'un honnête sourire,
Bouche qui soupirant un amoureux martyre
Apaisez la douleur de mon cruel tourment!
Bouche, de tous mes maux le seul allégement,
Bouche qui respirez un gracieux zéphyr(e):
Qui les plus éloquents surpassez à bien dire
A l'heure qu'il vous plaît de parler doctement;
Bouche pleine de lys, de perles et de roses,
Bouche qui retenez toutes grâces encloses,
Bouche qui recelez tant de petits amours,
Par vos perfections, ô bouche sans pareille,
Je me perds de douceur, de craint et de merveille
Dans vos ris, vos soupirs et vos sages discours.
Catherine Fradonnet dite Catherine des Roches
Tard dans la nuit
Je suis dur
Je suis tendre
Et j'ai perdu mon temps
A rêver, à dormir
A dormir en marchant
Partout où j'ai passé
J'ai trouvé mon absence
Je ne suis nulle part
Excepté le néant
Mais je porte caché au plus haut des entrailles
A la place où la foudre a frappé trop souvent
Un coeur où chaque mot a laissé son entaille
Et d'où ma vie s'égoutte au moindre mouvement
Pierre Reverdy
Tout poète est posthume
Tout poète est posthume. C’est pourquoi il lui est très difficile de vivre.
Son œuvre le déteste, le mange, veut se débarrasser de lui et vivre seule à sa guise.
S’il se porte au premier plan, il est quitté par ses voix.
Jean Cocteau
Si je mourais là-bas, Apollinaire
Je ne l’ai rencontrée que deux fois
“Je ne l’ai rencontrée que deux fois. C’est peu. Mais l’extraordinaire ne se mesure pas en termes de temps. Je fus conquis d’emblée par son air d’absence et de dépaysement, ses chuchotements (elle ne parlait pas), ses gestes mal assurés, ses regards, qui n’adhéraient aux êtres ni aux choses, son allure de spectre adorable. « Qui êtes-vous ? D’où venez-vous ? » était la question qu’on avait envie de lui poser à brûle-pourpoint. [...]
A l’instant même où je la vis, je devins amoureux de sa timidité, une timidité unique, inoubliable, qui lui prêtait l’apparence d’une vestale épuisée au service d’un dieu clandestin ou alors d’une mystique ravagée par la nostalgie ou l’abus de l’extase, à jamais inapte à réintégrer les évidences !"
— Emil Cioran, Exercices d’admiration
Voyageur
C'est les voyages qui m'ont fait
Entre passeur et passage
C'est le métier qui me plait
Mélanger l'ocre et le sang
Écouter près des Chamans
Les origines du temps
C'est les voyages qui m'ont fait
Entre passeur et passage
C'est le métier qui me plait
Il y a des dialectes inconnus
Pour dessiner les contours
D'une cité disparue
C'est les voyages qui m'ont fait
Entre passeur et passage
C'est le métier qui me plait
Le goût subtil des fruits
Et même dans les usines
La mécanique des mélodies
C'est les voyages qui m'ont fait
Entre passeur et passage
C'est le métier qui me plait
Entre le fleuve et la mer
Un voyageur anonyme
M'attendra pour prendre un verre
Insurgé de l'univers
Passage du mal d'aurore
Entre la mort et la mer
C'est les voyages qui m'ont fait
Entre passeur et passage
C'est le métier qui me plait
C'est les voyages qui m'ont fait
Entre passeur et passage
C'est le métier qui me plait
Bernard Lavilliers
Variations sur le rien
Ce rien de sable qui s’écoule
Du sablier en silence et se pose,
Et, fugaces, les traces en l’incarnat,
En l’incarnat s’éteignant d’un nuage…
Puis si la main renverse la clepsydre,
Le mouvement recommencé du sable,
L’argentement tacite du nuage
Aux premières lividités de l’aube…
La main a retourné le sablier dans l’ombre
Et de sable, silencieusement, le rien
Qui s’écoule est la seule chose qu’on entende
Et, entendue, qui ne sombre dans le noir.
Giuseppe Ungaretti
Approaching Shadow
L'espoir
Je voudrais aimer autrement,
Hélas ! Je voudrais être heureuse !
Pour moi l'amour est un tourment,
La tendresse m'est douloureuse.
Ah ! Que je voudrais être heureuse !
Que je voudrais être autrement !
Vous dites que je changerai :
Comme vous je le crois possible,
Mon cœur ne sera plus sensible ;
Je l'espère, car je mourrai.
Oui ! Si la mort peut l'impossible,
Vous dites vrai, je changerai !
Marceline Desbordes-Valmore

