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Coups de cœur
La poésie est la tendresse
La poésie est la tendresse espiègle des jeux de mots.
Michel Boutho
Ne m'aimez pas
Ne m'aimez pas !... Je veux pouvoir prier pour vous,
Comme pour les amis dont le soir, à genoux,
Je me souviens — afin qu'éloignant la tempête,
Dieu leur donne un ciel pur pour abriter leur tête.
Je veux, de vos bonheurs, prendre tout haut ma part,
Le front calme et serein, sans craindre aucun regard ;
Je veux, quand vous entrez, vous donner un sourire,
Trouver doux de vous voir, en osant vous le dire.
Je veux, si vous souffrez, partageant vos destins,
Vous dire : « Qu'avez-vous ? » et vous tendre les mains.
Je veux, si par hasard votre raison chancelle,
Vous réserver l'appui de l'amitié fidèle,
Et qu'entraîné par moi dans le sentier du bien,
Votre pas soit guidé par la trace du mien.
Je veux, si je me blesse aux buissons de la route,
Vous chercher du regard, et sans crainte, sans doute,
Murmurer à voix basse : « Ami, protégez-moi ! »
Et prenant votre bras, m'y pencher sans effroi.
Je veux qu'en nos vieux jours, au déclin de la vie,
Nous détournant pour voir la route... alors finie,
Nos yeux, en parcourant le long sillon tracé,
Ne trouvent nul remords dans les champs du passé.
Laissez les sentiments qu'on brise ou qu'on oublie ;
Gardons notre amitié, que ce soit pour la vie !
Votre sœur, chaque jour, vous suivra pas à pas...
Oh ! je vous en conjure, ami, ne m'aimez pas !
Sophie d'Arbouville.
Éloge du lointain
Dans la source de tes yeux
vivent les nasses des pêcheurs de la mer délirante.
Dans la source de tes yeux
la mer tient sa parole.
J’y jette,
cœur qui a séjourné chez des humains,
les vêtements que je portais et l’éclat d’un serment:
Plus noir au fond du noir, je suis plus nu.
Je ne suis, qu’une fois renégat, fidèle.
Je suis toi, quand je suis moi.
Dans la source de tes yeux
je dérive et rêve de pillage.
Une nasse a capturé dans ses mailles une nasse:
nous nous séparons enlacés.
Dans la source de tes yeux
un pendu étrangle la corde.
Paul Célan
The dark end of the street
At the dark end of the street
that is where we always meet
hiding in shadows where we don't belong
living in darkness, to hide alone
You and me, at the dark end of the street
You and me
I know a time has gonna take it's toll
we have to pay for the love we stole
It's a sin and we know it's wrong
Oh, our love keeps going on strong
Steal away to the dark end of the street
You and me
They gonna find us, they gonna find us
They gonna find us love someday
You and me, at the dark end of the street
You and me
When the daylight all goes around
And by chance we're both down the town
Please meet, just walk, walk on by
Oh, darling, please don't you cry
You and me, at the dark end of the street
You and me
The dark end of the street
Chanson écrite par Dan Penn and Chips Moman
et enregistrée par James Carr
Projetez vos envies,
Projetez vos envies, elles glissent entre mes doigts, murmurez-les, mes lèvres s'entr'ouvrent,
aspirer votre air, goûter votre langue, vous embrasser goulûment, et déjà nos hanches,
et votre désir sous la toile, et mes cuisses autour de votre taille, et vos mains
sur mes fesses, et puis l'instant fragile, votre sexe dans le mien.
Mais nous resterons loin, et quand nous nous croiserons, à l'occasion,
si je garde les yeux baissés, n'allez point croire que je vous méprise.
C'est de l'impudeur de mon regard dont je me protège, de cette impatience
à vous toucher, de cette urgence de baiser qui embrase chaque instant partagé.
Mais regardez mes lèvres. Regardez mes doigts. Ils dessinent sur ma bouche
le tracé de votre langue, ma main qui serre mon bras ou enlace mon cou,
comme si c'était vous. Quand je serai seule, peut-être mes doigts mimeront
vos gestes, illusoire apaisement.
Après toutes les impudeurs, malgré tous les mots,
les soupirs et l'émoi, je reste cette femme qui rougit.
Nora Gaspard
Parce que tu m'as parlé de vice
Tu m'as parlé de vice en ta lettre d'hier
Le vice n'entre pas dans les amours sublimes
Il n'est pas plus qu'un grain de sable dans la mer
Un seul grain descendant dans les glauques abîmes
Nous pouvons faire agir l'imagination
Faire danser nos sens sur les débris du monde
Nous énerver jusqu'à l'exaspération
Ou vautrer nos deux corps dans une fange immonde
Et liés l'un à l'autre en une étreinte unique
Nous pouvons défier la mort et son destin
Quand nos dents claqueront en claquement panique
Nous pouvons appeler soir ce qu'on dit matin
Tu peux déifier ma volonté sauvage
Je peux me prosterner comme vers un autel
Devant ta croupe qu'ensanglantera ma rage
Nos amours resteront pures comme un beau ciel
Qu'importe qu'essoufflés muets bouches ouvertes
Ainsi que deux canons tombés de leur affût
Brisés de trop s'aimer nos corps restent inertes
Notre amour restera bien toujours ce qu'il fut
Ennoblissons mon coeur l'imagination
La pauvre humanité bien souvent n'en a guère
Le vice en tout cela n'est qu'une illusion
Qui ne trompe jamais que les âmes vulgaires...
Guillaume Apollinaire
Entry Point
James Wyper
Entry Point
2012
peinture acrylique
sur bouleau
40x40 inches
Ciel brouillé
On dirait ton regard d'une vapeur couvert ;
Ton oeil mystérieux (est-il bleu, gris ou vert ?)
Alternativement tendre, rêveur, cruel,
Réfléchit l'indolence et la pâleur du ciel.
Tu rappelles ces jours blancs, tièdes et voilés,
Qui font se fondre en pleurs les coeurs ensorcelés,
Quand, agités d'un mal inconnu qui les tord,
Les nerfs trop éveillés raillent l'esprit qui dort.
Tu ressembles parfois à ces beaux horizons
Qu'allument les soleils des brumeuses saisons...
Comme tu resplendis, paysage mouillé
Qu'enflamment les rayons tombant d'un ciel brouillé !
Ô femme dangereuse, ô séduisants climats !
Adorerai-je aussi ta neige et vos frimas,
Et saurai-je tirer de l'implacable hiver
Des plaisirs plus aigus que la glace et le fer ?
Charles Baudelaire
Jamais plus / Nunca mais
Jamais plus
Tu marcheras dans les chemins de la nature
Jamais plus tu ne pourras sentir
Invulnérable, réelle et dense -
Pour toujours perdu
Ce que plus que tout tu as cherché
La plénitude de chaque présence.
Et ce sera toujours le même rêve, la même absence
_____
Nunca mais
Caminharás nos caminhos naturais.
Nunca mais te poderás sentir
Invulnerável, real e densa -
Para sempre está perdido
O que mais do que tudo procuraste
A plenitude de cada preseça.
E será sempre o mesmo sonho, a mesma ausência.
Sophia Mello Breyner Andresen