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Sonnet numéro XII

26 Octobre 2010, 19:53pm

Publié par vertuchou

Lut, compagnon de ma calamité
De mes soupirs témoin irreprochable,
De mes ennuis controlleur veritable,
Tu as souvent avec moy lamenté :

Et tant le pleur piteus t'a molesté
Que commençant quelque son delectable,
Tu le rendois tout soudein lamentable,
Feingnant le ton que plein avoit chanté.

Et si te veus efforcer au contraire,
Tu te destens et si me contreins taire :
Mais me voyant tendrement soupirer,

Donnant faveur à ma tant triste pleinte :
En mes ennuis me plaire suis contreinte,
Et d'un dous mal douce fin esperer.

Louise Labé

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Ville

25 Octobre 2010, 04:56am

Publié par vertuchou

Il ne suffit pas d'un tas de maisons pour faire une ville

Il faut des visages et des cerises

Des hirondelles bleues et des danseuses frêles

Un écran et des images qui racontent des histoires

Il n'est de ruines qu'un ciel mâché par des nuages

Une avenue et des aigles peints sur des arbres

Des pierres et des statues qui traquent la lumière

Et un cirque qui perd ses musiciens

Des orfèvres retiennent le printemps dans des mains en cristal

Sur le sol des empreintes d'un temps sans cruauté

Une nappe et des syllabes déposées par le jus d'une grenade

C'est le soleil qui s'ennuie et des hommes qui boivent

Une ville est une énigme leurrée par les miroirs

Des jardins de papier et des sources d'eau sans âme

Seules les femmes romantiques le savent

Elles s'habillent de lumière et de songe

 

ciel01


Métallique et hautaine, 

La ville secoue sa mémoire 

En tombent des livres et des sarcasmes, des rumeurs et des rires

Et nous la traversons comme si nous étions éternels.


Tahar Ben Jelloun.

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L'aigle noir

24 Octobre 2010, 01:55am

Publié par vertuchou

Un beau jour ou peut-être une nuit
Près d'un lac je m'étais endormie
Quand soudain, semblant crever le ciel
Et venant de nulle part,
Surgit un aigle noir.

Lentement, les ailes déployées,
Lentement, je le vis tournoyer
Près de moi, dans un bruissement d'ailes,
Comme tombé du ciel
L'oiseau vint se poser.

Il avait les yeux couleur rubis
Et des plumes couleur de la nuit
À son front, brillant de mille feux,
L'oiseau roi couronné
Portait un diamant bleu.

De son bec, il a touché ma joue
Dans ma main, il a glissé son cou
C'est alors que je l'ai reconnu
Surgissant du passé
Il m'était revenu.

Dis l'oiseau, o dis, emmène-moi
Retournons au pays d'autrefois
Comme avant, dans mes rêves d'enfant,
Pour cueillir en tremblant
Des étoiles, des étoiles.

Comme avant, dans mes rêves d'enfant,
Comme avant, sur un nuage blanc,
Comme avant, allumer le soleil,
Être faiseur de pluie
Et faire des merveilles.

L'aigle noir dans un bruissement d'ailes
Prit son vol pour regagner le ciel

Quatre plumes, couleur de la nuit,
Une larme, ou peut-être un rubis
J'avais froid, il ne me restait rien
L'oiseau m'avait laissée
Seule avec mon chagrin

Un beau jour, ou était-ce une nuit
Près d'un lac je m'étais endormie
Quand soudain, semblant crever le ciel,
Et venant de nulle part
Surgit un aigle noir.

 

Barbara

 

 

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Nocturne : Blue and Silver - Chelsea

23 Octobre 2010, 05:59am

Publié par vertuchou

James-Abbott-Whistler_Nocturne-en-bleu-et-argent-Chelsea-18.jpg

 

 

James Abbott Whistler, Nocturne bleu et argent - Chelsea

1871, huile sur bois, 50 x 60 cm

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Je voudrais être passeur

22 Octobre 2010, 06:17am

Publié par vertuchou

 

Je voudrais être passeur ; 

            Aller droit ma vie, 

Sans jamais plus de dérive, 

            Soumis à la force 

Égale de mes deux bras. 


Je voudrais être passeur ; 

         Ne plus fuir la vie 

Mais l’accepter franchement,

        Comme on donne aux rames 

La chaleureuse poignée de mains


Jean-Aubert Loranger

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On m'appelle poésie

21 Octobre 2010, 06:05am

Publié par vertuchou

No tengo letra ni musica, soy el veloz viento  que nadie ve pasar,

me llaman poesia.


Je n’ai ni paroles ni musique, je suis le vent véloce que personne ne voit passer,

on m’appelle poésie.

 

Miguel Oscar Menassa

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Strange fruit / Etrange fruit

20 Octobre 2010, 06:13am

Publié par vertuchou

Southern trees bear a strange fruit
Blood on the leaves and blood at the root
Black body swinging in the Southern breeze
Strange fruit hanging from the poplar trees

        Les arbres du Sud portent un étrange fruit,
        Du sang sur les feuilles et du sang aux racines,
        Un corps noir qui se balance dans la brise du Sud,
        Étrange fruit suspendu aux peupliers.

Pastoral scene of the gallant South,
The bulging eyes and the twisted mouth,
Scent of magnolia sweet and fresh,
Then the sudden smell of burning flesh!

        Scène pastorale du valeureux Sud,
        Les yeux exorbités et la bouche tordue,
        Parfum de magnolia doux et frais,
        Puis l'odeur soudaine de chair brûlée !

Here is fruit for the crows to pluck,
For the rain to gather, for the wind to suck,
For the sun to rot, for the trees to drop,
Here is a strange and bitter crop.

        C'est un fruit que les corbeaux cueillent,
        rassemblé par la pluie, aspiré par le vent,
        Pourri par le soleil, laché par les arbres,
        C'est là une étrange et amère récolte.

Abel Meeropol

 

 

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Loin de moi

19 Octobre 2010, 08:11am

Publié par vertuchou

Loin de moi et semblable aux étoiles et à tous les accessoires de la mythologie poétique,
Loin de moi et cependant présente à ton insu,
Loin de moi et plus silencieuse encore parce que je t’imagine sans cesse,
Loin de moi, mon joli mirage et mon rêve éternel, tu ne peux pas savoir.
Si tu savais.
Loin de moi, ô joyeuse comme la fleur qui danse dans la rivière au bout de sa tige aquatique, ô triste comme sept heures du soir dans les champignonnières.
Loin de moi silencieuse encore ainsi qu’en ma présence et joyeuse encore comme l’heure en forme de cigogne qui tombe de haut.
Loin de moi à l’instant où chantent les alambics, l’instant où la mer silencieuse et bruyante se replie sur les oreillers blancs.
Si tu savais.
Loin de moi, ô mon présent présent tourment, loin de moi au bruit magnifique des coquilles d’huîtres qui se brisent sous le pas du noctambule, au petit jour, quand il passe devant la porte des restaurants.
Si tu savais.
Loin de moi, volontaire et matériel mirage.
Loin de moi, c’est une île qui se détourne au passage des navires.
Loin de moi, une étoile filante choit dans la bouteille nocturne du poète. Il met vivement le bouchon et dès lors il guette l’étoile enclose dans le verre, il guette les constellations qui naissent sur les parois, loin de moi, tu es loin de moi.
Si tu savais.

Robert Desnos

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Ave

18 Octobre 2010, 03:19am

Publié par vertuchou

Très haut amour, s'il se peut que je meure
Sans avoir su d'où je vous possédais,
En quel soleil était votre demeure
En quel passé votre temps, en quelle heure
     Je vous aimais,

Très haut amour qui passez la mémoire,
Feu sans foyer dont j'ai fait tout mon jour,
En quel destin vous traciez mon histoire,
En quel sommeil se voyait votre gloire,
     O mon séjour...

Quand je serai pour moi-même perdue
Et divisée à l'abîme infini,
Infiniment, quand je serai rompue,
Quand le présent dont je suis revêtue
     Aura trahi,

 

pay06.JPG

 

Par l'univers en mille corps brisée,
De mille instants non rassemblés encor,
De cendre aux cieux jusqu'au néant vannée,
Vous referez pour une étrange année
     Un seul trésor

Vous referez mon nom et mon image
De mille corps emportés par le jour,
Vive unité sans nom et sans visage,
Cœur de l'esprit, ô centre du mirage
     Très haut amour.

      Catherine Pozzi

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Nulle part où aller

17 Octobre 2010, 07:34am

Publié par vertuchou

C'est comme un sol mauve, rouge et vert
     qui flotte tel un couvert de verre
     des bulles s'y frottent, s'étirent puis cahotent
Prisonnier aérien d'où rien ne répond
     couler au fond serait encore bon
     suivre le courant serait rassurant
Rien n'y fait
     ni gauche ni droite
     tire, pousse
Menaçante vitalité
     les bulles s'étalent sous mes pieds
     cintrées de leur vaisseau les couleurs virevoltent
Impuissant devant cette réalité mon cœur capote

Jean-François Bertrand

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