Vorabend / Crépuscule
Emil Nolde, 1916, Huile sur toile 73,5 x 100,5 cm
Coups de cœur
Emil Nolde, 1916, Huile sur toile 73,5 x 100,5 cm
Tu te faufiles entre l’ombre et la lumière
pour comprendre que l’espace se résume
à quelques empans, à une portée de pas.
Au loin les sommets signalent tes limites,
mais c’est pourtant vers eux que tu regardes,
certain que l’inaccessible soutient ta marche
et que la cendre refroidie, le souvenir du feu
n’en est que plus vivace.
Max Alhau
Celui qui parle est le père, celui qui écoute est la mère, le poème est leur enfant.
Le poème qui n'est pas écouté est une semence perdue.
Ou encore : celui qui parle est la mère, le poème est l'oeuf
et celui qui écoute est fécondateur de l'oeuf.
Le poème qui n'est pas écouté devient un oeuf pourri.
René Daumal
J'ai marché seul longtemps dans la nuit.
Où est le phare qui tourne et donne loin ?
Je suis plus aventurier que les arbres
Qui vont à grands pas dans les savanes
À petits pas dans les bois.
J'ai quitté tôt la bordure du jour
Et j'ai pris le soleil couchant
Pour la première borne de ma route ;
Je n'ai pas vu l'étoile qui guide
Le berger de la nuit
J'ai plongé dans le temps pour retrouver
Mes ailes perdues au fond des âges ;
En oiseau diurne amoureux de ténèbres, J'ai parcouru le terrain vague de la nuit.
Je suis presque un vampire, Je ne demande plus que les antennes.
La vie est parfois plus obscure que le fond
de ma gorge,
Et je vais par tous monts et vaux de la nuit.
Voici que le soleil dresse mille doigts
contre la terre.
Je suis ravi de mon voyage nocturne ;
Mon corps et mes peines sont restés sur le bois
de mon lit.
Jean-Baptiste Tati-Loutard
Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve
Que le ciel azuré ne vire au mauve
Penser ou passer à autre chose
Vaudrait mieux
Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve
Se dire qu'il y a over the rainbow
Toujours plus haut le ciel above
Radieux
croire aux cieux croire aux dieux
Même quand tout nous semble odieux
Que notre coeur est mis à sang et à feu
Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve
Comme une petite souris dans un coin d'alcôve
Apercevoir le bout de sa queue rose
Ses yeux fiévreux
Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve
Se dire qu'il y a over the rainbow
Toujours plus haut le soleil above
Radieux
Croire aux cieux croire aux dieux
Même quand tout nous semble odieux
Que notre coeur est mis à sang et à feu
Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve
Avoir parfois envie de crier sauve
Qui peut savoir jusqu'au fond des choses
Est malheureux
Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve
Se dire qu'il y a over the rainbow
Toujours plus haut le ciel above
Radieux
Croire aux cieux croire aux dieux
Même quand tout nous semble odieux
Que notre coeur est mis à sang et à feu
Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve
Dis-moi que tu m'aimes encore si tu l'oses
J'aimerais que tu trouves autre chose
De mieux
Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve
Se dire qu'il y a over the rainbow
Toujours plus haut le ciel above
Radieux
Paroles et musique : Serge Gainsbourg
Je vis, je meurs : je me brûle et me noie,
J'ai chaud extrême en endurant froidure;
La vie m'est et trop molle et trop dure,
J'ai grands ennuis entremélés de joie.
Tout en un coup je ris et je larmoie,
Et en plaisir maint grief tourment j'endure,
Mon bien s'en va, et à jamais il dure,
Tout en un coup je sèche et je verdoie.
Ainsi Amour inconstamment me mène
Et, quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me trouve hors de peine.
Puis, quand je crois ma joie être certaine,
Et être en haut de mon désiré heur,
Il me remet en mon premier malheur.
Louise Labé
Yo pronuncio tu nombre
en las noches oscuras
cuando vienen los astros
a beber en la luna
y duermen los ramajes
de las frondas ocultas.
y yo me siento hueco
de pasión y de música.
loco reloj que canta
muertas horas antiguas.
Je prononce ton nom
Au coeur des nuits obscures,
Lorsque viennent les astres
Boire l'eau de la lune
Et que dorment les feuilles
Des secrètes ramures
Je me sens tout sonore
De passion, de musique,
Folle horloge qui chante
Les heures de jadis.
Yo pronuncio tu nombre
en esta noche oscura,
y tu nombre me suena
más lejano que nunca.
más lejano que todas las estrellas
y más doliente que la mansa lluvia.
Je prononce ton nom
En cette nuit obscure
Et je l'entends sonner
Plus lointain que jamais,
Plus lointain que toutes les étoiles,
Et plus plaintif que la douce pluie.
¿Te querré como entonces
alguna vez? ¿Qué culpa
tiene mi corazón?
si la niebla se esfuma,
¿Qué otra pasión me espera?
¿Será tranquila y pura?
¡¡Si mis dedos pudieran
deshojar la luna!!
Pourrais-je un jour t'aimer
Comme je fis naguère ?
Mon coeur, où est la faute ?
Si le brouillard s'éclaire,
Aurai-je une nouvelle
Passion, tranquille et pure ?
Ah, si mes doigts pouvaient
Vous effeuiller, ô lune !
Federico García Lorca
Qu’est-ce (...) qui, mieux que l’amour, est affaire d’élection et de lien,
sinon la poésie qui, comme lui, « risque tout sur des signes ».
Tout autant qu’une affaire élective de mots isolés et choisis,
extraits de la langue commune et en quelque manière rendus irremplaçables,
la langue est dans le poème une affaire de tropes, d’images, de métaphores,
c’est-à-dire un vaste système de transferts, de transports et de correspondances :
tissages, tissu, réseau de signes.
Jean-Michel Maulpoix
tu parais
ton regard s’empare du mien
m’enveloppe de silence de tendresse
ta voix garde l’empreinte
de ce qui t’a meurtrie
et pourquoi naguère n’ai-je pas été là
pour empêcher que survienne
l’épreuve qui t’a laissé cette fêlure
tu parais
mes cinq sens se mettent à l’affût
se tendent avidement vers ta bouche
tes seins tes flancs
vers tes mains prometteuses
c’est toi qui donnes sens et saveur
à ma vie
et pourtant tu es ma blessure
c’est toi qui me fais grandir
Charles Juliet