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Coups de cœur
Solo sub nocte
Cette nuit, comme toutes les nuits,
Je terrorise mon envie
De n'avoir pour scène
Que ton lit,
Et d'y être, sans bruit,
La part obscène de ta vie,
Le vieil enfant, l'aveugle archer, le gardien nu
Des fleurs noires de ton jardin.
Philippe Léotard
La poésie.
La poésie.
Elle a — comme la vie — l'excuse de ne rien prouver.
Emil Cioran
Il faut continuer à porter en soi
Il faut continuer à porter en soi un grand silence dans lequel on peut constamment se retirer, même au cœur du plus grand chaos et de la plus intense conversation.
Etty Hillesum
Kaléidoscope
(A Germain Nouveau)
Dans une rue, au coeur d'une ville de rêve
Ce sera comme quand on a déjà vécu :
Un instant à la fois très vague et très aigu...
Ô ce soleil parmi la brume qui se lève !
Ô ce cri sur la mer, cette voix dans les bois !
Ce sera comme quand on ignore des causes ;
Un lent réveil après bien des métempsycoses :
Les choses seront plus les mêmes qu'autrefois
Dans cette rue, au coeur de la ville magique
Où des orgues moudront des gigues dans les soirs,
Où les cafés auront des chats sur les dressoirs
Et que traverseront des bandes de musique.
Ce sera si fatal qu'on en croira mourir :
Des larmes ruisselant douces le long des joues,
Des rires sanglotés dans le fracas des roues,
Des invocations à la mort de venir,
Des mots anciens comme un bouquet de fleurs fanées !
Les bruits aigres des bals publics arriveront,
Et des veuves avec du cuivre après leur front,
Paysannes, fendront la foule des traînées
Qui flânent là, causant avec d'affreux moutards
Et des vieux sans sourcils que la dartre enfarine,
Cependant qu'à deux pas, dans des senteurs d'urine,
Quelque fête publique enverra des pétards.
Ce sera comme quand on rêve et qu'on s'éveille,
Et que l'on se rendort et que l'on rêve encor
De la même féerie et du même décor,
L'été, dans l'herbe, au bruit moiré d'un vol d'abeille.
Paul Verlaine
Ses lèvres touchèrent son cerveau
Ses lèvres touchèrent son cerveau alors qu'elles touchaient ses lèvres, comme si elles étaient le véhicule d'un discours vague et entre elles il ressentait une pression inconnue et timide, plus sombre que l'évanouissement du péché, plus doux que le son ou l'odeur.
James Joyce, Un portrait de l'artiste en tant que jeune homme
La vie après l'amour
Il se trouve à côté de mon lit, ce livre qu'elle aimait le plus,
comme si elle était à la maison pour le lire.
Je garde nos verres préférés sur le comptoir ;
une nuit je bois dans l'un, la nuit suivante dans l'autre.
Alors que je mange sans passion mon repas quelconque, mes yeux se posent
sur la chaise dans laquelle elle avait l'habitude de se pelotonner.
Je me tourne brusquement vers ma gauche en espérant l'attraper là à côté de moi,
yeux brillants et sourire vivant, et proche, amoureuse.
Chaque fois que nous nous séparions, avant même les ténèbres qui l'emportaient,
Il y avait des larmes dans ses yeux,
alors même qu'elle m'embrassait, même lorsqu'elle souriait,
comme si elle savait quelque chose
qu'elle ne pouvait pas partager.
C'est toujours ma chambre et c'est toujours moi. Nous gérons.
Michael Boiano
Nus
La femme aux roses
Nue, et ses beaux cheveux laissant en vagues blondes
Courir à ses talons des nappes vagabondes,
Elle dormait, sereine. Aux plis du matelas
Un sommeil embaumé fermait ses grands yeux las,
Et ses bras vigoureux, pliés comme des ailes,
Reposaient mollement sur des flots de dentelles.
Or, la capricieuse avait, d'un doigt coquet,
Sur elle et sur le lit parsemé son bouquet,
Et, — fond éblouissant pour ces splendeurs écloses ! —
Son corps souple et superbe était jonché de roses.
Et ses lèvres de flamme, et les fleurs de son sein,
Sur ces coteaux neigeux qu'elle montre à dessein,
Semblaient, aux yeux séduits par de douces chimères,
Les boutons rougissants de ces fleurs éphémères.
Théodore de Banville.
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