La poésie nous apprend
La poésie nous apprend que la vérité est plurielle, glissante, que le sens se dérobe, qu’il est sans cesse à réinterpréter.
--- Esther Tellermann
Coups de cœur
La poésie nous apprend que la vérité est plurielle, glissante, que le sens se dérobe, qu’il est sans cesse à réinterpréter.
--- Esther Tellermann
Je crois que, comme l'acte érotique, le fait de lire devrait être fondamentalement anonyme. Nous devrions pouvoir entrer dans un livre ou dans un lit de la même façon qu'Alice traverse la forêt du miroir, sans emporter avec nous les préjugés de notre passé et en abandonnant pour cet instant de communion nos harnachements sociaux. Que nous lisions ou que nous faisions l'amour, nous devrions être capables de nous perdre dans l'autre, en qui - j'emprunte à Saint-Jean cette image - nous sommes transformés : de lecteur en auteur en lecteur, d'amant en amant en amant. "Jouir de la lecture", disent les Français, qui ont le même mot pour signifier atteindre l'orgasme et prendre plaisir.
Alberto Manguel, Dans la forêt du miroir : Essai sur les mots et sur le monde
Poésie et amour s’incarnent nécessairement dans un étrange corps étranger. Que savons de l’amour, que savons-nous du poème si ce n’est cet appel vers une aventure dont nous rêvons qu’elle sera unique ?
Monique Labidoire
Foutez-moi à la mer
mes amis
mes amis quand je mourrais
Ce n'est pas qu'elle soit belle
et qu'elle me plaise tant
mais elle refuse les traces
les saletés les croix les bannières
Elle est le vrai
silence et la vraie solitude
Foutez-moi à la mer
mes amis
Il y a de la lumière et du vent
et ce sel qui ronge tout
qui est comme le feu
et comme les années
La mer ne reflète rien
ni les visages ni les grimaces
Philippe Soupault
Je lui ai présenté mes fesses, mon dos où il se fend et enfle pour faire deux oreillers à la joie blessée des hommes, pour tracer un chemin creux à son arme d'amour. Du souffle long de la dormeuse j'ai laissé mes fesses offrir leur lumière et proposer leur ombre, par amour je l'ai fait, par amour il l'a compris, et je crois qu'il s'est endormi.
Alina Reyes, Sept Nuits
C'était toujours la même
Mais on l'aimait quand même
La fugue d'autrefois
Qu'on jouait tous les trois
On était malhabile
Elle était difficile
La fugue d'autrefois
Qu'on jouait tous les trois
Eléonore attaquait le thème au piano
On trouvait ça tellement beau
Qu'on en oubliait de jouer pour l'écouter
Elle s'arrêtait brusquement et nous regardait
Du haut de son tabouret
Et disait reprenez à mi fa mi fa mi ré
C'était toujours la même
Mais on l'aimait quand même
La fugue d'autrefois
Qu'on jouait tous les trois
On était malhabile
Elle était difficile
La fugue d'autrefois
Qu'on jouait tous les trois
Souviens-toi qu'un violon fut jeté sur le sol
Car c'était toujours le sol
Qui gênait Nicolas quand il était bémol
Quand les voisins commençaient à manifester
C'était l'heure du goûter
Salut Jean-Sébastien et à jeudi prochain
C'était toujours la même
Mais on l'aimait quand même
La fugue d'autrefois
Qu'on jouait tous les trois
On était malhabile
Elle était difficile
La fugue d'autrefois
Qu'on jouait tous les trois
Éléonore un jour a quitté la maison
Emportant le diapason
Depuis ce jour nous n'accordons plus nos violons
L'un après l'autre nous nous sommes dispersés
La fugue seule est restée
Mais chaque fois que je l'entends c'est le printemps
C'était toujours la même
Mais on l'aimait quand même
La fugue d'autrefois
Catherine le Forestier
La mince couche de glace
Était une barrière
Pour endiguer mes larmes.
Uejima Onitsura
La poésie est la preuve de la vie.
Si ta vie brûle, la poésie est en cendres.
Léonard Cohen