La poésie est la vie
La poésie est la vie, que le rayon de la puissance imaginative traverse.
Simon Critchley
Coups de cœur
La poésie est la vie, que le rayon de la puissance imaginative traverse.
Simon Critchley
Lors
Tes lèvres d’amour entrouvriront ma vulve
Et boiront mon désir
Comme on boit un vin fou
Ce désir
Qui courait au long de mon Échine
Et faisait se cambrer mes reins
A ton toucher si doux
Lors
Je ne saurai plus si c’est moi que tu aimes
Ou seulement
Ta joie
De me donner l’amour.
Simonne Michel Azais
J'ai peur d'un baiser
Comme d'une abeille.
Je souffre et je veille
Sans me reposer.
J'ai peur d'un baiser !
Pourtant j'aime Kate
Et ses yeux jolis.
Elle est délicate
Aux longs traits pâlis.
Oh! que j'aime Kate !
C'est Saint-Valentin !
Je dois et je n'ose
Lui dire au matin...
La terrible chose
Que Saint-Valentin !
Elle m'est promise,
Fort heureusement !
Mais quelle entreprise
Que d'être un amant
Près d'une promise !
J'ai peur d'un baiser
Comme d'une abeille.
Je souffre et je veille
Sans me reposer:
J'ai peur d'un baiser
Paul Verlaine
... Les femmes baisent pour un tas d'excellentes raisons qui n'ont rien avoir avec le plaisir physique. Comment un homme pourrait-il le savoir ? Comment Stéphane pourrait-il se douter que ma bonne raison à moi, là, tout de suite, est de faire se toucher les deux continents que nous représentons et qui, sans ces contions météorologiques passagères, cet ouragan, ne se rapprocheraient jamais l'un de l'autre ? C'est pour cette magie - pour le voir s'abandonner, redevenir aussi jeune, aussi malléable que moi, pour entendre sa voix grave prendre des aigus désespérés de petit garçon lorsque je l'enfourche, et regarder Stéphane ouvrir grand ses yeux, pétrifié semble-t-il par la puissance que je prends, assise sur lui.
Emma Becker, La Maison
Au dernier rang de la classe un rebelle
Voit de l'automne une langue rougeâtre
Lécher la vitre. II coulera du sang
Dam la ruelle où roulent des oranges.
Un livre ouvert vole dans un bruit d'ailes.
Le doigt dans l'encre il dessine des monstres
Sur le bois sombre où les noms sont gravés
D'écoliers endormis dans le temps.
Une rature un instant le rassure
Car il y voit les cris verts d'herbes folles.
Il vagabonde en lui-même, il se livre
À des exploits d'empereur cosmonaute.
Il peint sa joue avec de l'encre mauve
Et des tribus indiennes le rejoignent.
Cet inventeur d'autres cosmogonies
Sera puni de chérir sa durée.
Quel est le mot qui déchire les lèvres,
Fait éclater les louanges percluses ?
Printemps, Printemps... répète le barbare,
Printemps, Printemps, comme on appelle un tigre.
Rien ne répond. Naguère un bonnet d'âne
Et le vainqueur était qui le portait,
Mâchant sa gomme et rêvant de vengeance
Au coin fleuri de toiles d'araignées.
Crisse la page au rythme des dictées.
Las d'ânonner de vieilles montgolfières,
L 'enfant s'envole au-dessus de la ville
Pour se brûler les ailes au soleil.
Comme un dernier remous sur une blanche plage
Que les flots refoulés ne peuvent pas saisir,
Sur la nuque que mord le souffle du désir,
Un frisson de cheveux trace son clair sillage.
Frisson d'écume d'or, si vivante que l'âge
Se connaît à la voir, et qui semble choisir
Les cols dont la beauté modelée à loisir
A les perfections antiques d'un moulage.
En extase penché, j'aurai pour horizon
L'oreille à qui l'amour porte mon oraison,
L'oreille, bijou fait en rose de coquille ;
Et ma bouche osera baiser l'éclat vermeil
Des minces cheveux fous brodés par le soleil,
Dont la confusion étincelante brille.
Albert Mérat.
La poésie est le symbole de la stabilité immuable du monde.
Yukio Mishima