Comme il est admirable
Comme il est admirable
Celui qui ne pense pas: "La vie est éphémère"
En voyant un éclair
Bashô
Coups de cœur
Comme il est admirable
Celui qui ne pense pas: "La vie est éphémère"
En voyant un éclair
Bashô
On peut embrasser une bouche, des yeux, mais comment embrasser un sourire, un regard, et surtout leur expression, leur lumière ? Comment posséder, non un corps, mais le mouvement de ce corps ? Elle tournait la tête vers lui et il regardait ses cheveux noirs, il regardait sa peau mate, et il aurait voulu que sa chair devînt tout à coup transparente et ne la cachât plus. Elle se relevait courait vers lui s'accrochait à son cou s'y balançait comme un pendule, frêle, légère.
Jean-René Huguenin, La côte sauvage.
Donnez-moi pour ma vie
toutes les vies
Donnez-moi toutes les douleurs
de tout le monde ;
Je vais les transformer en espoir.
Donnez-moi toutes les joies
même les plus secrètes
parce que, sinon, comment les saurait-on ?
Il faut que je les conte.
Donnez-moi la lutte de chaque jour
parce que c'est mon chant.
Ainsi nous marcherons tous
coude à coude.
Tous les hommes,
mon chant les réunit :
le chant de l'homme invisible
qui chante avec tous les hommes.
Pablo Neruda
Ma vie n’est pas cette heure abrupte
vers quoi tu me vois me hâter.
Je suis un arbre devant mon décor,
je ne suis que l’une de mes nombreuses bouches,
et celle qui se clôt la première.
Je suis la pause entre deux notes
qui s’harmonisent mal :
la note de la mort veut monter à l’aigu.
Mais dans la nuit de l’intervalle elles s'accordent
toutes deux frémissantes. Et le chant reste beau.
Rainer Maria Rilke
Mein Leben ist nicht diese steile Stunde,
darin du mich so eilen siehst.
Ich bin ein Baum vor meinem Hintergrunde,
ich bin nur einer meiner vielen Munde
und jener, welcher sich am frühsten schließt.
Ich bin die Ruhe zwischen zweien Tönen,
die sich nur schlecht aneinander gewöhnen:
denn der Ton Tod will sich erhöhn
Aber im dunklen Intervall versöhnen
sich beide zitternd. Und das Lied bleibt schön.
En fait, la poésie était le symbole immuable du monde.
Yukio Mishima
Emportez-moi dans une caravelle,
Dans une vieille et douce caravelle,
Dans l'étrave, ou si l'on veut, dans l'écume,
Et perdez-moi, au loin, au loin.
Dans l'attelage d'un autre âge,
Dans le velours trompeur de la neige.
Dans l'haleine de quelques chiens réunis.
Dans la troupe exténuée des feuilles mortes.
Emportez-moi sans me briser, dansles baisers,
Dans les poitrines qui se soulèvent et respirent,
Sur les tapis des paumes et leur sourire,
dans les corridors des os longs et des articulations.
Emportez-moi, ou plutôt enfouissez-moi.
Henri Michaux
J'ai vu passer dans mon rêve
- Tel l'ouragan sur la grève, -
D'une main tenant un glaive
Et de l'autre un sablier,
Ce cavalier
Des ballades d'Allemagne
Qu'à travers ville et campagne,
Et du fleuve à la montagne,
Et des forêts au vallon,
Un étalon
Rouge-flamme et noir d'ébène,
Sans bride, ni mors, ni rêne,
Ni hop ! ni cravache, entraîne
Parmi des râlements sourds
Toujours ! toujours !
Un grand feutre à longue plume
Ombrait son oeil qui s'allume
Et s'éteint. Tel, dans la brume,
Éclate et meurt l'éclair bleu
D'une arme à feu.
Comme l'aile d'une orfraie
Qu'un subit orage effraie,
Par l'air que la neige raie,
Son manteau se soulevant
Claquait au vent,
Et montrait d'un air de gloire
Un torse d'ombre et d'ivoire,
Tandis que dans la nuit noire
Luisaient en des cris stridents
Trente-deux dents.
Paul Verlaine
De toi, je n’ai rien oublié. Ce geste, quand tu te penches et enlèves tes lunettes pour m’embrasser. L’odeur de tes cheveux, le goût de ta salive, la brûlure de tes mains. Le désir qui te change imperceptiblement, donnant un éclat fauve à tes prunelles. La ferveur. Tes yeux traversés d’orages et de tendresse après la jouissance. Le poids de ton corps sur le mien....
— Gaëlle Nohant, Légende d'un dormeur éveillé