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Heywete

8 Août 2019, 01:37am

Publié par vertuchou

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Allégorie du pélican

7 Août 2019, 02:28am

Publié par vertuchou

...

Lorsque le pélican, lassé d’un long voyage,
Dans les brouillards du soir retourne à ses roseaux,
Ses petits affamés courent sur le rivage
En le voyant au loin s’abattre sur les eaux.
Déjà, croyant saisir et partager leur proie,
Ils courent à leur père avec des cris de joie
En secouant leurs becs sur leurs goitres hideux.
Lui, gagnant à pas lent une roche élevée,
De son aile pendante abritant sa couvée,
Pêcheur mélancolique, il regarde les cieux.
Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverte ;
En vain il a des mers fouillé la profondeur ;
L’océan était vide et la plage déserte ;
Pour toute nourriture il apporte son cœur.
Sombre et silencieux, étendu sur la pierre,
Partageant à ses fils ses entrailles de père,
Dans son amour sublime il berce sa douleur ;
Et, regardant couler sa sanglante mamelle,
Sur son festin de mort il s’affaisse et chancelle,
Ivre de volupté, de tendresse et d’horreur.
Mais parfois, au milieu du divin sacrifice,
Fatigué de mourir dans un trop long supplice,
Il craint que ses enfants ne le laissent vivant ;
Alors il se soulève, ouvre son aile au vent,
Et, se frappant le cœur avec un cri sauvage,
Il pousse dans la nuit un si funèbre adieu,
Que les oiseaux des mers désertent le rivage,
Et que le voyageur attardé sur la plage,
Sentant passer la mort se recommande à Dieu.

Poète, c’est ainsi que font les grands poètes.
Ils laissent s’égayer ceux qui vivent un temps ;
Mais les festins humains qu’ils servent à leurs fêtes
Ressemblent la plupart à ceux des pélicans.
Quand ils parlent ainsi d’espérances trompées,
De tristesse et d’oubli, d’amour et de malheur,
Ce n’est pas un concert à dilater le cœur ;
Leurs déclamations sont comme des épées :
Elles tracent dans l’air un cercle éblouissant ;
Mais il y pend toujours quelques gouttes de sang.

Alfred de Musset

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Tu es une effraction

6 Août 2019, 02:59am

Publié par vertuchou

Tu es une effraction dans l'absence de mes nuits. Approche. Tends ton envie. Que je l'enroule autour de mes lèvres en un jus amer et putrescible. Tes yeux me songent et m'évertuent, me dégringolent d'impatience. Au bout, chute, cassure, fractures et contusions, hématomes comblés de nos corps, je m'en fous. Je suis celle que tu rouages.

Les serments se délitent. C'est l'instant du froid martyre. Toi tu ne l'entends pas. Je suis écarquillée de désirs. Perçois-tu autre chose ?

 Ananda Devi,  Le long désir

 

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Brûlot

5 Août 2019, 01:49am

Publié par vertuchou

La figure défiant l'orage
Les cheveux cordages fous
La bouche bée aux quatre vents
Les bras emportés par les vagues
Les pieds les mains éparpillés
La poitrine rompue de coups
Le cœur exposé au bordage
Dans un éclat de feu Saint-Elme
D'amour je meurs de rire
Sur le brûlot de nos vies brèves
Où tu me réduis en poudre.

 André Pieyre de Mandiargues

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Mona Lisa

4 Août 2019, 01:28am

Publié par vertuchou

Andy Warhol, Mona Lisa, 1978

Andy Warhol, Mona Lisa, 1978

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Le parfait amour

3 Août 2019, 02:23am

Publié par vertuchou

Autour de la table et du thé fumant,
On causait d’amour, sans grande mesure :
Ces dames n’étaient que pur sentiment :
Ces messieurs n’étaient qu’esthétique pure.

« L’amour vrai, c’est l’amour platonique »
Dit le conseiller, levant haut sa tasse.
Sa femme sourit d’un oeil ironique
Et soupire : « Hélas ! »

« Il ne sied point que l’amour soit farouche »
Dit le chanoine, ouvrant large sa bouche :
« Car il nuirait à la santé »
« Pourquoi donc ? » dit Gretchen avec timidité.

Mélancolique, la comtesse murmure :
« L’amour, c’est la passion. »
Et dans sa bonté pleine de tristesse,
Elle offre du sucre au baron .

Mignonne, à la table un siège était vide ;
Un discours manquait à tous ces discours :
Cher petit cœur froid, pervers et candide,
Que n’étais-tu pas la, pour parler d’amour !

Heinrich Heine

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Le poète habite deux mondes

2 Août 2019, 01:35am

Publié par vertuchou

Le poète habite deux mondes, l'un qui se meurt, l'autre qui se bat pour naître.

--- Virginia Woolf,

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L'un part, l'autre reste

1 Août 2019, 02:09am

Publié par vertuchou

Ont-ils oublié leurs promesses ?
Au moindre rire, au moindre geste
Les grands amours n'ont plus d'adresse
Quand l'un s'en va et l'autre reste

N'est-il péché que de jeunesse ?
N'est-il passé que rien ne laisse ?
Les grands amours sont en détresse
Lorsque l'un part et l'autre reste

Reste chez toi
Vieillis sans moi
Ne m'appelle plus
Efface-moi
Déchire mes lettres
Et reste là
Demain peut-être
Tu reviendras

Geste d'amour et de tendresse
Tels deux oiseaux en mal d'ivresse
Les grands amours n'ont plus d'adresse
Quand l'un s'en va et l'autre reste

Sont-ils chagrins dès qu'ils vous blessent ?
Au lendemain de maladresse
Les grands amours sont en détresse
Lorsque l'un part, et l'autre reste

De tristes adieux
Que d'illusions
Si c'est un jeu
Ce sera non
Rends-moi mes lettres
Et reste là
Demain peut-être
Tu comprendras

De tristes adieux
Que d'illusions
Si c'est un jeu
Ce sera non
Rends-moi mes lettres
Et reste là
Demain peut-être
Tu comprendras

Ils n'oublieront pas leurs promesses
Ils s'écriront aux mêmes adresses
Les grands amours se reconnaissent
Lorsque l'un part et l'autre reste

Charlotte Gainsbourg

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Vedro con mio diletto

31 Juillet 2019, 02:03am

Publié par vertuchou

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A mon ami ***

30 Juillet 2019, 01:20am

Publié par vertuchou

Tu sais l’amour et son ivresse
Tu sais l’amour et ses combats ;
Tu sais une voix qui t’adresse
Ces mots d’ineffable tendresse
Qui ne se disent que tout bas.

Sur un beau sein, ta bouche errante
Enfin a pu se reposer,
Et sur une lèvre mourante
Sentir la douceur enivrante
Que recèle un premier baiser…

Maître de ces biens qu’on envie
Ton cœur est pur, tes jours sont pleins !
Esclave à tes vœux asservie,
La fortune embellit ta vie
Tu sais qu’on t’aime, et tu te plains !

Et tu te plains ! et t’exagères
Ces vagues ennuis d’un moment,
Ces chagrins, ces douleurs légères,
Et ces peines si passagères
Qu’on ne peut souffrir qu’en aimant !

Et tu pleures ! et tu regrettes
Cet épanchement amoureux !
Pourquoi ces maux que tu t’apprêtes ?
Garde ces plaintes indiscrètes
Et ces pleurs pour les malheureux !

Pour moi, de qui l’âme flétrie
N’a jamais reçu de serment,
Comme un exilé sans patrie,
Pour moi, qu’une voix attendrie
N’a jamais nommé doucement,

Personne qui daigne m’entendre,
A mon sort qui saigne s’unir,
Et m’interroge d’un air tendre,
Pourquoi je me suis fait attendre
Un jour tout entier sans venir.

Personne qui me recommande
De ne rester que peu d’instants
Hors du logis ; qui me gourmande
Lorsque je rentre et me demande
Où je suis allé si longtemps.

Jamais d’haleine caressante
Qui, la nuit, vienne m’embaumer ;
Personne dont la main pressante
Cherche la mienne, et dont je sente
Sur mon cœur les bras se fermer !

Une fois pourtant – quatre années
Auraient-elles donc effacé
Ce que ces heures fortunées
D’illusions environnées
Au fond de mon âme ont laissé ?

Oh ! c’est qu’elle était si jolie !
Soit qu’elle ouvrit ses yeux si grands,
Soit que sa paupière affaiblie
Comme un voile qui se déplie
Éteignit ses regards mourants !

- J’osai concevoir l’espérance
Que les destins moins ennemis,
Prenant pitié de ma souffrance,
Viendraient me donner l’assurance
D’un bonheur qu’ils auraient permis :

L’heure que j’avais attendue,
Le bonheur que j’avais rêvé
A fui de mon âme éperdue,
Comme une note suspendue,
Comme un sourire inachevé !

Elle ne s’est point souvenue
Du monde qui ne la vit pas ;
Rien n’a signalé sa venue,
Elle est passée, humble, inconnue,
Sans laisser trace de ses pas.

Depuis lors, triste et monotone,
Chaque jour commence et finit :
Rien ne m’émeut, rien ne m’étonne,
Comme un dernier rayon d’automne
J’aperçois mon front qui jaunit.

Et loin de tous, quand le mystère
De l’avenir s’est refermé,
Je fuis, exilé volontaire !
- Il n’est qu’un bonheur sur la terre,
Celui d’aimer et d’être aimé.

Félix Arvers

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