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Ballade finale

15 Avril 2015, 04:29am

Publié par vertuchou

Ici se clôt le testament
Et finit du pauvre Villon.
Venez à son enterrement,
Quand vous orrez le carillon,
Vêtus rouge com vermillon,
Car en amour mourut martyr :
Ce jura-t-il sur son couillon
Quand de ce monde vout partir.

Et je crois bien que pas n'en ment,
Car chassé fut comme un souillon
De ses amours haineusement,
Tant que, d'ici à Roussillon,
Brosse n'y a ne brossillon
Qui n'eût, ce dit-il sans mentir,
Un lambeau de son cotillon,
Quand de ce monde vout partir.

Il est ainsi et tellement,
Quand mourut n'avoit qu'un haillon ;
Qui plus, en mourant, malement
L'époignoit d'Amour l'aiguillon ;
Plus aigu que le ranguillon
D'un baudrier lui faisoit sentir
(C'est de quoi nous émerveillon)
Quand de ce monde vout partir.

Prince, gent comme émerillon,
Sachez qu'il fit au départir :
Un trait but de vin morillon,
Quand de ce monde vout partir.

François Villon

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J'veux qu'on baise sur ma tombe

14 Avril 2015, 04:02am

Publié par vertuchou

A la lumière obscure
Je te croise enfin
Mon dieu que tu es belle
Toi la seule toi l'ultime
Entre les hommes égalité
S'il te plait prends ma main
Ne te fais plus attendre
Il est temps de s'étreindre
De s'éteindre
Une dernière cigarette

Les guerriers de la route avaient pourtant prédit
La mort ou la naissance
Ca dépend du c?ur
Au soleil qui s'incline
Allez finissons en
Et laissons s'accomplir le firmament
Plongé dans l'infini dans le gouffre sacré
De Katagena
Me noyer à jamais
Et puis quitter ce monde sans pudeur ni morale

Jveux qu'on baise sur ma tombe
Jveux qu'on baise sur ma tombe

Que la grâce s'accomplisse
Immortelle jouissance
Que les femme s'unisse dans un parfait accord
Rien que pour un instant
L'éphémère devienne
Eternité

J'aurais aimé t'aimer
Comme on aime le soleil
Te dire que le monde est beau
Que c'est beau d'aimer
J'aurais aimer t'écrire
Le plus beau des poèmes
Et construire un empire
Juste pour ton sourire
Devenir le soleil
Pour sécher tes sanglots
Et faire battre le ciel
Pour un futur plus beau
Mais c'est plus fort que moi
Tu vois je n'y peux rien
Ce monde n'est pas pour moi
Ce monde n'est pas le mien

Au revoir mes amis
Au revoir mes frères
Au revoir mon pays
A nous deux la lumière
Au revoir Franckie
Au revoir les printemps
Au revoir pauvre monde
A nous deux satan
Au revoir mes amis
Au revoir mes frères
Au revoir mon pays
A nous deux la lumière.

Damien Saez

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Conversation avec la pierre

13 Avril 2015, 04:58am

Publié par vertuchou

Je frappe à la porte de la pierre
”C’est moi, laisse-moi entrer.
je viens te voir, te visiter
sentir ton souffle”

”Va-t-en, dit la pierre
Je suis fermée à clé.
Même brisée en morceaux
nous resterons toujours fermés,
même réduite en sable
nous ne laisserons entrer personne.”

Je frappe à la porte de la pierre.
”C’est moi, laisse-moi entrer.
Je viens par simple curiosité
et la vie est l’unique occasion.
Je voudrais seulement me promener dans ton palais
avant d’aller visiter la feuille et la goutte d’eau.
Je n’ai pas beaucoup de temps
car je n’ai qu’une vie.

- Je suis faite de pierre, dit la pierre.
Je dois rester sérieuse. Va-t-en,
tu vois bien que je n’ai pas les muscles du rire.

Je frappe à la porte de la pierre
- C’est moi, laisse-moi entrer.
On dit qu’il y a chez toi des grandes salles vides
majestueuses et sans bruit de pas
que personne n’a jamais vu.
Avoue que tu ne les connais pas toi-même.

-De grandes salles vides c’est vrai
mais il n’y a pas de place, dit la pierre.
Belles, peut-être
mais pas d’une beauté perceptible à tes sens.
Tu peux me savoir, mais jamais me connaître.
Tu me vois en apparence mais pas dans mon essence
Je frappe à la porte de la pierre
- C’est moi, laisse-moi entrer.
Je te promets de ne pas m’éterniser pas chez toi
ni prendre refuge
Je ne suis pas malheureuse et j’ai un domicile.
Et puis le monde vaut la peine qu’on y retourne.
J’entrerai chez toi et ressortirai les mains vides
sans toucher à rien.

Comme preuve de ma visite
j’écrirai seulement quelques mots
et d’ailleurs personne ne me croira.

- Tu n’entreras pas, dit la pierre.
Tu n’as pas le sens du partage
et aucun autre sens ne peut le remplacer
pas même la clairvoyance de l’au-delà.
Tu n’entreras pas,
tu ne connais pas le partage
tu n’en a qu’une image lointaine.

Je frappe à la porte de la pierre
- C’est moi, laisse-moi entrer.
Je ne peux pas attendre deux mille siècles
pour venir chez toi.

- Si tu ne me crois pas, dit la pierre
demande à la feuille, elle te dira la même chose,
et la goutte d’eau te dira comme la feuille.
Tu peux même demander à un cheveu de ta tête, si tu veux.
Tu me fais rire, tiens. D’un immense éclat de rire
comme si j’avais appris à rire.

Je frappe à la porte de la pierre
- C’est moi, laisse-moi entrer.

- Je n’ai pas de porte, dit la pierre.

Wislawa Szymborska

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Orchid

12 Avril 2015, 04:55am

Publié par vertuchou

Robert Mapplethorpe, Orchid, N.Y.C.

Robert Mapplethorpe, Orchid, N.Y.C.

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Air de la princesse d'Orange

11 Avril 2015, 04:53am

Publié par vertuchou

Viens, ô toi que j’adore.
Ton pas est plus joyeux
Que le vent des cieux ;
Viens, les yeux de l’aurore
Sont divins, mais tes yeux
-Me regardent mieux.

Avril, c’est la jeunesse.
Viens, sortons, la maison,
L’enclos, la prison,
Le foyer, la sagesse,
N’ont jamais eu raison
Contre la saison.

Pour peu que tu le veuilles,
Nous serons heureux ; vois,
L’aube est sur les toits,
Et l’eau court sous les feuilles,
Et l’oh entend des voix
Du ciel dans les bois.

Toutes les douces choses,
L’hirondelle au retour
Dans la vieille tour,
Les chansons et les roses
Et la clarté du jour,
Sont faites d’amour.

Aimer, c’est lâ première
Des lois du Dieu clément ;
Le bois est charmant ;
Et c’est de la lumière ;
Et c’est du firmament
Qu’on fait en aimant.

Belle, à la mort tout change ;
Le ciel s’ouvre, embaumé,
Superbe, enflammé,
Et nous dit : viens ! sois ange !
Mais qui n’a pas aimé
Le trouve fermé.

28 mai 1857. Guernesey.

Victor Hugo

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La poésie

10 Avril 2015, 04:12am

Publié par vertuchou

La poésie est dans ma poche
Ou bien dans ma sacoche
Elle est dans le sac de ma mère
Ou bien dans les chaussures de mon père

Dans le cartable de mon grand frère
Ou dans le grenier de mon grand-père
Elle est dans la cuisine de ma grand-mère
Ou les jouets de mon petit frère

Elle est dans les secrets de mes copains
Ou dans les aventures de mes cousins
La poésie est partout
Et...elle nous met sens dessus dessous

Léopoldine BOUCHER

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Attends moi

9 Avril 2015, 04:09am

Publié par vertuchou

Si tu m’attends, je reviendrai,
Mais attends-moi très fort.
Attends, quand la pluie jaune
Apporte la tristesse,
Attends quand la neige tournoie,
Attends quand triomphe l’été
Attends quand le passé s’oublie
Et qu’on n’ attend plus les autres.
Attends quand des pays lointains
Il ne viendra plus de courrier,
Attends, lorsque seront lassés
Ceux qui avec toi attendaient.

Si tu m’attends, je reviendrai.
Ne leur pardonne pas, à ceux
Qui vont trouver les mots pour dire
Qu’est venu le temps de l’oubli.
Et s’ils croient, mon fils et ma mère,
S’ils croient, que je ne suis plus,
Si les amis las de m’attendre
Viennent s’asseoir auprès du feu,
Et s’ils portent un toast funèbre
A la mémoire de mon âme…
Attends. Attends et avec eux
refuse de lever ton verre.

Si tu m’attends, je reviendrai
En dépit de toutes les morts.
Et qui ne m’a pas attendu
Peut bien dire : « C’est de la veine ».
Ceux qui ne m’ont pas attendu
D’où le comprendraient-ils, comment
En plein milieu du feu,
Ton attente
M’a sauvé.
Comment j’ai survécu, seuls toi et moi
Nous le saurons,
C’est bien simple, tu auras su m’attendre, comme personne

Constantin Simonov

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Printemps à Montmartre

8 Avril 2015, 04:51am

Publié par vertuchou

Gino Severini (1883-1966), Printemps à Montmartre, 1909. huile sur toile, 72 x 60 cm.

Gino Severini (1883-1966), Printemps à Montmartre, 1909. huile sur toile, 72 x 60 cm.

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Alliance

7 Avril 2015, 04:19am

Publié par vertuchou

Dans la nuit blanche
où les étoiles et la lune rivalisent.
Se baignant dans un vide noir ombrageux.

Comme la flamme d’une bougie
Leurs lumières s’enlisent au lointain,
par la poussière prises.
Perdant leur souffle dans l’infini
Là où les âmes et les cœurs sont emprisonnés
dans le tourbillon de l’éternel conquérant.

Comme les vols d’oiseaux et de papillons
sous la vibration des silences, vêtus
d’une robe d’argent protégeant leur envol.

Ils ne retiendront pas leurs cœurs
mais leurs âmes sont aspirées
par la blancheur et le vide.

Dans cette harmonie et
anneau de poussière grise,
Vivant encore dans la grâce.
Perdant leurs
espoirs enveloppés dans un mouchoir
sous le crachin et les orages.

Ils resteront là, sans rumeur et sans chagrin,
contemplant la blancheur de l’espace
Ils se sentiront bien dans ce naufrage.

Écoutant le vent dans sa maturité
sous un ciel blanc et pur.

Ils partiront un matin embarquant sur un
bateau sans voile,
à la rame.
Dans ce lointain qui n’a jamais été soumis
restant enfermé dans cette liberté
Où la naissance des âmes et du blanc
rivalisent.

Alliées avec les vagues d’une mère
couverte de son foulard
aux couleurs d’un triste espoir,
sous une vraie pluie d’étoiles.

Zoran Savic

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Le travail du poète

6 Avril 2015, 04:17am

Publié par vertuchou

Dans l’ombre et l’heure d’aujourd’hui se tient cachée,
ne disant mot, cette ombre d’hier. Tel est le monde.
Nous ne le voyons pas très longtemps : juste assez
pour en garder ce qui scintille et va s’éteindre,
pour appeler encore et encore, et trembler
de ne plus voir. Ainsi s’applique l’appauvri,
comme un homme à genoux qu’on verrait s’efforcer
contre le vent de rassembler son maigre feu

Philippe Jaccottet

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