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Coups de cœur
Je trouvai Albertine dans son lit
Je trouvai Albertine dans son lit. Dégageant son cou, sa chemise blanche
changeait les proportions de son visage qui congestionné par le lit,
ou le rhume, ou le dîner, semblait plus rose ; je pensai aux couleurs
que j’avais eues quelques heures auparavant à côté de moi, sur la digue,
et desquelles j’allais enfin savoir le goût ;
sa joue était traversée de haut en bas par une de ses longues tresses noires
et bouclées que pour me plaire elle avait défaites entièrement.
Elle me regardait en souriant.
A côté d’elle, dans la fenêtre, la vallée était éclairée par le clair de lune.
La vue du cou nu d’Albertine, de ces joues trop roses, m’avait jeté
dans une telle ivresse (c’est-à-dire avait tellement mis pour moi
la réalité du monde non plus dans la nature ; mais dans le torrent
des sensations que j’avais peine à contenir) que cette vue
avait rompu l’équilibre entre la vie immense, indestructible
qui roulait dans mon être et la vie de l’univers, si chétive en comparaison.
Marcel Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleurs
Le monde entier est un miroir
Sache que le monde tout entier est miroir,
dans chaque atome se trouvent
cent soleils flamboyants.
Si tu fends le cœur d’une seule goutte d’eau,
il en émerge cent purs océans.
Si tu examines chaque grain de poussière,
mille Adam peuvent y être découverts…
Un univers est caché dans une graine de millet ;
tout est rassemblé dans le point du présent…
De chaque point de ce cercle
sont tirées des milliers de formes.
Chaque point, dans sa rotation en cercle,
est tantôt un cercle,
tantôt une circonférence qui tourne.
Mahmûd Shabestarî
Facile est bien
Facile est beau sous tes paupières
Comme l’assemblée du plaisir
Danse et la suite
J’ai dit la fièvre
Le meilleur argument du feu
Que tu sois pâle et lumineuse
Mille attitudes profitables
Mille étreintes défaites
Répétées vont s’effaçant
Tu t’obscurcis tu te dévoiles
Un masque tu l’apprivoises
Il te ressemble vivement
Et tu n’en parais que mieux nue
Nue dans l’ombre et nue éblouie
Comme un ciel frissonnant d’éclairs
Tu te livres à toi-même
Pour te livrer aux autres.
Paul Eluard
Groeikracht van de natuur
Le premier amour
Vous souvient-il de cette jeune amie,
Au regard tendre, au maintien sage et doux ?
À peine, hélas ! Au printemps de sa vie,
Son cœur sentit qu'il était fait pour vous.
Point de serment, point de vaine promesse :
Si jeune encore, on ne les connaît pas ;
Son âme pure aimait avec ivresse
Et se livrait sans honte et sans combats.
Elle a perdu son idole chérie :
Bonheur si doux a duré moins qu'un jour !
Elle n'est plus au printemps de sa vie,
Elle est encore à son premier amour.
Marceline Desbordes-Valmore
Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve
Que le ciel azuré ne vire au mauve
Penser ou passer à autre chose
Vaudrait mieux
Se dire qu'il y a over the rainbow
Toujours plus haut le soleil above
Radieux
Même quand tout nous semble odieux
Que notre cœur est mis à sang et à feu
Comme une petite souris dans un coin d'alcôve
Apercevoir le bout de sa queue rose
Ses yeux fiévreux
Se dire qu'il y a over the rainbow
Toujours plus haut le soleil above
Radieux
Même quand tout nous semble odieux
Que notre cœur est mis à sang et à feu
Avoir parfois envie de crier sauve
Qui peut savoir jusqu'au fond des choses
Est malheureux
Se dire qu'il y a over the rainbow
Toujours plus haut le soleil above
Radieux
Même quand tout nous semble odieux
Que notre cœur est mis à sang et à feu
Dis-moi que tu m'aimes encore si tu l'oses
J'aimerais que tu te trouves autre chose
De mieux
Se dire qu'il y a over the rainbow
Toujours plus haut le soleil above
Radieux
Paroles et Musique : Serge Gainsbourg
A l'impossible on est tenu
Oui je sais que
la réalité a des dents
pour mordre
que s'il gèle il fait froid
et que un et un font deux
je sais je sais
qu'une main levée
n'arrête pas le vent
et qu'on ne désarme pas
d'un sourire
l'homme de guerre
mais je continuerai à croire
à tout ce que j'ai aimé
à chérir l'impossible
buvant à la coupe du poème
une lumière sans preuves
car il faut être très jeune
avoir choisi un songe
et s'y tenir
comme à sa fleur tient la tige
contre toute raison
Jean-Pierre Siméon
Sans titre
Sonnet numéro XV
Pour le retour du Soleil honorer,
Le Zephir, l'air serein lui apareille :
Et du sommeil l'eau et la terre esveille,
Qui les gardoit l'une de murmurer,
En dous coulant, I'autre de se parer
De mainte fleur de couleur nompareille.
Ja les oiseaus es arbres font merveille,
Et aus passans font l'ennui moderer :
Les Nynfes ja en mile jeus s'esbatent
Au cler de Lune, et dansans l'herbe abatent :
Veus tu Zephir de ton heur me donner,
Et que par toy toute me renouvelle ?
Fay mon Soleil devers moy retourner,
Et tu verras s'il ne me rend plus belle.
Louise Labé

