Trafalgar Square
Piet Mondrian
1872-1944
Trafalgar Square
1939-1943
huile sur toile
145,2 x 120 cm
Coups de cœur
Piet Mondrian
1872-1944
Trafalgar Square
1939-1943
huile sur toile
145,2 x 120 cm
Toi jamais, vermine douce, satan de soie, soleil levant
Toi plus jamais, cheval de feu, ô toi toujours, crapaud de Dieu
Cantharide acide, tubéreuse mortelle, mon ange doré
Toi jamais, mais insiste encore un peu, ô toi toujours
Encore et toujours, le jour se lève et je t'adore,
Rubis glorieux, lame d'argent, poignard sculpté dans mon cœur
Toi jamais, toi jamais
Toi jamais, sauf si tu ris dans les matins chagrins
Sauf si tu couches dans les fleurs, loin du malheur
Des migraines folles et des bagues à poison
Alors, toi peut-être, toi toujours ô mon maître, traîtresse
Toi toujours
Toi toujours
Oh oui, toi plus que jamais
Bouquet final, pissotière sacrée, mon âme
Toi jamais, jamais plus loin de toi
Tu brûles, tu flambes dans mes veines
Comme un nectar assassin
Tiens, tiens, prends ma main pour toujours
Pour toujours
Toujours pour toi, les envolées du paradis
Les flammes de la vie
Les amandiers en fleurs sur l'horizon
Toujours toi, à jamais, jamais, jamais
Toujours toi que j'aimais nuit et jour
Ô pleurs de joie, toi, jamais toujours
Toi, jamais toujours
Toi, jamais.
Etienne Daho
Dis-moi, ton coeur parfois s’envole-t-il, Agathe,
Loin du noir océan de l’immonde cité,
Vers un autre océan où la splendeur éclate,
Bleu, clair, profond, ainsi que la virginité ?
Dis-moi, ton coeur parfois s’envole-t-il, Agathe !
La mer, la vaste mer, console nos labeurs !
Quel démon a doté la mer, rauque chanteuse
Qu’accompagne l’immense orgue des vents grondeurs,
De cette fonction sublime de berceuse ?
La mer, la vaste mer, console nos labeurs !
Emporte-moi, wagon! enlève-moi, frégate !
Loin! loin! ici la boue est faite de nos pleurs !
- Est-il vrai que parfois le triste coeur d’Agathe
Dise : Loin des remords, des crimes, des douleurs,
Emporte-moi, wagon, enlève-moi, frégate ?
Comme vous êtes loin, paradis parfumé,
Où sous un clair azur tout n’est qu’amour et joie,
Où tout ce que l’on aime est digne d’être aimé,
Où dans la volupté pure le coeur se noie !
Comme vous êtes loin, paradis parfumé !
Mais le vert paradis des amours enfantines,
Les courses, les chansons, les baisers, les bouquets,
Les violons vibrant, derrière les collines,
Avec les brocs (le vins, le soir, dans les bosquets,
Mais le vert paradis des Amours enfantines,
L’innocent paradis, plein de plaisirs furtifs,
Est-il déjà plus loin que l’Inde et que la Chine ?
Peut-on le rappeler avec des cris plaintifs,
Et l’animer encor d’une voix argentine,
L’innocent paradis plein de plaisirs furtifs ?
Charles Baudelaire
Entre s’en aller et rester hésite le jour,
amoureux de sa transparence.
Le soir circulaire est déjà une baie:
dans son calme va-et-vient se berce le monde.
Tout est visible et tout est élusif,
tout est proche et tout est intouchable.
Les papiers, le livre, le verre, le crayon
reposent à l’ombre de leurs noms.
Battement du sang qui dans ma tempe répète
la même syllabe têtue de sang.
La lumière fait du mur indifférent
un théâtre spectral de reflets.
Dans le centre d’un oeil je me découvre;
il ne me regarde pas, je me regarde dans son regard.
L’instant se dissipe. Sans bouger
je reste et je m’en vais : je suis une pause.
Octavio Paz
1685 - 1750
l'art de la fugue
BWV 1080
Contrepoint n° 2 (Contrapunctus 2)
interprété par Glenn Gould,
à l'orgue Casavant Frères de l'église
anglicane All Saints' Kingsway de Toronto
Sara, belle d’indolence,
Se balance
Dans un hamac, au-dessus
Du bassin d’une fontaine
Toute pleine
D’eau puisée à l’Ilyssus ;
Et la frêle escarpolette
Se reflète
Dans le transparent miroir,
Avec la baigneuse blanche
Qui se penche,
Qui se penche pour se voir.
Chaque fois que la nacelle,
Qui chancelle,
Passe à fleur d’eau dans son vol,
On voit sur l’eau qui s’agite
Sortir vite
Son beau pied et son beau col.
Elle bat d’un pied timide
L’onde humide
Où tremble un mouvant tableau,
Fait rougir son pied d’albâtre,
Et, folâtre,
Rit de la fraîcheur de l’eau.
Reste ici caché : demeure !
Dans une heure,
D’un oeil ardent tu verras
Sortir du bain l’ingénue,
Toute nue,
Croisant ses mains sur ses bras.
Car c’est un astre qui brille
Qu’une fille
Qui sort d’un bain au flot clair,
Cherche s’il ne vient personne,
Et frissonne,
Toute mouillée au grand air.
Elle est là, sous la feuillée,
Eveillée
Au moindre bruit de malheur ;
Et rouge, pour une mouche
Qui la touche,
Comme une grenade en fleur.
On voit tout ce que dérobe
Voile ou robe ;
Dans ses yeux d’azur en feu,
Son regard que rien ne voile
Est l’étoile
Qui brille au fond d’un ciel bleu.
L’eau sur son corps qu’elle essuie
Roule en pluie,
Comme sur un peuplier ;
Comme si, gouttes à gouttes,
Tombaient toutes
Les perles de son collier.
Mais Sara la nonchalante
Est bien lente
A finir ses doux ébats ;
Toujours elle se balance
En silence,
Et va murmurant tout bas :
” Oh ! si j’étais capitane,
” Ou sultane,
” Je prendrais des bains ambrés,
” Dans un bain de marbre jaune,
” Prés d’un trône,
” Entre deux griffons dorés !
” J’aurais le hamac de soie
” Qui se ploie
” Sous le corps prêt à pâmer ;
” J’aurais la molle ottomane
” Dont émane
” Un parfum qui fait aimer.
” Je pourrais folâtrer nue,
” Sous la nue,
” Dans le ruisseau du jardin,
” Sans craindre de voir dans l’ombre
” Du bois sombre
” Deux yeux s’allumer soudain.
” Il faudrait risquer sa tète
” Inquiète,
” Et tout braver pour me voir,
” Le sabre nu de l’heiduque,
” Et l’eunuque
” Aux dents blanches, au front noir !
” Puis, je pourrais, sans qu’on presse
” Ma paresse,
” Laissez avec mes habits
” Traîner sur les larges dalles
” Mes sandales
” De drap brodé de rubis. “
Ainsi se parle en princesse,
Et sans cesse
Se balance avec amour,
La jeune fille rieuse,
Oublieuse
Des promptes ailes du jour.
L’eau, du pied de la baigneuse
Peu soigneuse,
Rejaillit sur le gazon,
Sur sa chemise plissée,
Balancée
Aux branches d’un vert buisson.
Et cependant des campagnes
Ses compagnes
Prennent toutes le chemin.
Voici leur troupe frivole
Qui s’envole
En se tenant par la main.
Chacune, en chantant comme elle,
Passe, et mêle
Ce reproche à sa chanson :
- Oh ! la paresseuse fille
Qui s’habille
Si tard un jour de moisson !
Victor Hugo
Ô viens mon ciel de rose, ô ma corbeille blonde !
Visite dans sa nuit ton condamné à mort.
Arrache-toi la chair, tue, escalade, mords,
Mais viens ! Pose ta joue contre ma tête ronde.
Nous n'avions pas fini de nous parler d'amour.
Nous n'avions pas fini de fumer nos gitanes.
On peut se demander pourquoi les Cours condamnent
Un assassin si beau qu'il fait pâlir le jour.
Amour viens sur ma bouche ! Amour ouvre tes portes !
Traverse les couloirs, descends, marche léger,
Vole dans l'escalier plus souple qu'un berger,
Plus soutenu par l'air qu'un vol de feuilles mortes...
Ce n'est pas ce matin que l'on me guillotine.
Je peux dormir tranquille. À l'étage au-dessus
Mon mignon paresseux, ma perle, mon Jésus
S'éveille. Il va cogner de sa dure bottine
À mon crâne tondu.
Jean Genet
La poésie, c’est la musique du monde
Jean-Pierre Lemaire
Ibrahim Maalouf
Jacky Terrasson
Souma Hia
Avalé par des yeux immenses
En parler comme si c’était les miens
Nager dans tes yeux leur élégance
Voilà que moi, je baisse les miens
Longer tes jambes, immenses
Tout ça mais comme alors si de rien
Et ta démarche, quelle élégance
Si l’on marchait jusqu’à demain
On serait peut être au bout de la France
Marseille, en fait j’en sais rien
Ça parait possible en apparence
Possible, si tu veux bien
Février en Chine, quelle joie quelle chance
On a marché regarde bien plus loin
Que nous le laissaient penser les apparences
Est-ce que l’on reste, est-ce que l’on revient ?
Bien sûr que l’on reste, c’est une évidence
Au bout du monde…
Au bout du compte on reste un bout de la France
Au bout du monde ici on se sent bien
Longues tes jambes, immenses
Tout ça mais alors toujours comme si de rien
Et ta démarche, quelle élégance
Si l’on marchait encore plus loin…
Nous sommes au Mali quelle fête quelle chance
Demain serait une chose que l’on obtient
À chercher plus loin que toutes les apparences
Est-ce que l’on reste, est-ce que l’on y tient ?
Avalé par tes yeux immenses
En parler comme si c’était les miens
Noyé dans ces, leur élégance
Si l’on regardait un peu plus loin
Oui mon chapeau, c’est une évidence
N’a rien à voir avec le tien
Mais notre amour, notre exigence
Louise Attaque