Der blaue Berg
Vasily Kandinsky
Der blaue Berg
1908–09
huile sur toile
106 x 96.6 cm
Coups de cœur
Vasily Kandinsky
Der blaue Berg
1908–09
huile sur toile
106 x 96.6 cm
(sur le pas de la porte, avec bonhomie.)
Comment ça va sur la terre ?
--Ça va ça va, ça va bien.
Les petits chiens sont-ils prospères ?
--Mon Dieu oui merci bien.
Et les nuages ?
--Ça flotte.
Et les volcans ?
--Ça mijote.
Et les fleuves ?
--Ça s'écoule.
Et le temps ?
--Ça se déroule.
Et votre âme ?
--Elle est malade
le printemps était trop vert
elle a mangé trop de salade.
Jean Tardieu
La poésie n’est pas obscure parce qu’on ne la comprend pas
mais parce qu’on n’en finit pas de la comprendre
Georges Perros
Je me lève. Je sors des millénaires nuits,
Du soleil plein la gorge et les bras lourds de fruits,
Et le goût mélangé des désirs sur ma bouche.
O femme, d'un seul jet sans cassure et farouche,
L'abîme de mes bras fermé sur mes amants !
Je me vois, magnifique en mes prolongements,
D'hier et de demain enveloppant l'espace !
Marie-Louise Boudat
Le ciel est, par-dessus le toit
Le ciel est, par-dessus le toit,
Si bleu, si calme!
Un arbre, par-dessus le toit,
Berce sa palme.
La cloche, dans le ciel qu'on voit,
Doucement tinte.
Un oiseau sur l'arbre qu'on voit
Chante sa plainte.
Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là
Simple et tranquille.
Cette paisible rumeur-là
Vient de la ville.
Qu'as-tu fait, ô toi que voilà
Pleurant sans cesse,
Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà,
De ta jeunesse?
Paul Verlaine
Jean-Sébastien Bach
(1685-1750)
Magnificat BWV 243
"Quia Respexit", "Omnes Generationes"
Soprane : Inma Férez.
La Capilla Real de Madrid
dirigée par Óscar Gershenshohn.
Renverse-toi que je prenne ta bouche,
Calice ouvert, rouge possession,
Et que ma langue où vit ma passion
Entre tes dents s'insinue et te touche :
C'est une humide et molle profondeur,
Douce à mourir, où je me perds et glisse ;
C'est un abîme intime, clos et lisse,
Où mon désir s'enfonce jusqu'au coeur...
- Ah ! puisse aussi t'atteindre au plus sensible,
Dans son ampleur et son savant détail,
Ce lent baiser, seule étreinte possible,
Fait de silence et de tiède corail ;
Puissé-je voir enfin tomber ta tête
Vaincue, à bout de sensualité,
Et détournant mes lèvres, te quitter,
Laissant au moins ta bouche satisfaite !...
Lucile Delarue-Mardrus
Tu étais douce
Et silencieuse ;
Ton regard triste
Disait ton âme.
Ressouvenance
Des jours qui furent !
Ce fut l’ultime
Sur notre terre.
Tu t’es soustraite
Comme un archange.
Ta tombe est douce.
Là s’illumine
Toute mémoire
De notre monde.
Là s’illumine
Toute espérance
Astres des cieux...
Ô, douce nuit!
Vassili
Joukovski
Fondamentalement la poésie a pour but de rendre aux mots de la langue
leur capacité d’évoquer pleinement les choses qu’ils représentent
en ce qu’ont celles-ci d’existence actuelle, concrète,
au sein de notre propre horizon de vie
[...]
Mais au cours de ce travail de recentrement de notre être au monde,
nous ne pouvons que rêver, à des moments, nous tromper,
nous laisser prendre à des illusions, et ce seront, cela, des pensées
qu’il nous faudra dire, qui emploieront ces mots pourtant réintensifiés,
portés au-delà de leurs contenus conceptuels,
pour à nouveau de la signification : autrement dit, le poème,
toujours en défaut sur la poésie.
Yves Bonnefoy
Ce que j'aime en hiver, c'est l'élan nu des branches
Contre un ciel sombre ou bien à peine lumineux
Où le jour assourdit encore ses nuances
En les mêlant de gris pâles, fuligineux,
Pour faire avec ce noir un saisissant contraste.
On imagine une écriture au sens secret
Dont l'encre indélébile imprime sur le chaste
Horizon le poème obscur de la forêt.
Mais ce n'est qu'une vieille image. Une autre encore,
De croire que la branche inerte, sans couleur,
Se dresse comme un bras de malheureux implore
Et se tord sous le vent pour dire sa douleur.
En vérité l'hiver est la saison parfaite
Où chaque branche emplit la forme exactement
D'une branche; rien d'autre. Et, fixe, elle projette
Sa présence accomplie entre le fond dormant
De l'espace et le flot sans rumeur des nuages.
Non: pas même un élan, ni la tranquillité;
Aucun enseignement caché, pas de présages -
Mais là, droite dans l'air qui semble inhabité,
Pur comme on l'est parfois d'espérance ou d'images.
Jacques Réda