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Coups de cœur
L'automne est bien là
L'automne est bien là
et les feuilles rougies tombées
couvrent mon jardin ;
personne ne me rend visite
en s’y frayant un chemin
Anonyme
le poète est un raté/taré
le poète est un raté/taré
pourtant il ne l’est pas tout à fait
pourtant il est bien utile à quelque chose ?
tout au fond de lui une petite flamme qui veille
tout au fond de lui une petite voix le lui rappelle
qui ne risque pas tout n’a rien
— Daniel Biga, Le poète ne cotise pas à la sécurité sociale, 2003
Pour traverser avec toi le désert du monde
Pour traverser avec toi le désert du monde
Pour que nous affrontions ensemble la terreur de la mort
Pour voir la vérité pour ne plus avoir peur
Contre tes pas j’ai marché
Pour toi j’ai quitté mon royaume mon secret
Ma nuit rapide mon silence
Ma perle ronde et son orient
Mon miroir ma vie mon image
Et j’ai abandonné les jardins du paradis
Dehors à la lumière sans voile du jour dur
Sans les miroirs j’ai vu que j’étais nue
Et la plaine était pour nous le temps
Aussi m’as-tu revêtue de tes gestes
Et j’ai appris à vivre en plein vent
Sophia de Mello Breyner Andresen
The Eight
Ne dites pas : la vie est un joyeux festin
Ne dites pas : la vie est un joyeux festin ;
Ou c’est d’un esprit sot ou c’est d’une âme basse.
Surtout ne dites point : elle est malheur sans fin ;
C’est d’un mauvais courage et qui trop tôt se lasse.
Riez comme au printemps s’agitent les rameaux,
Pleurez comme la bise ou le flot sur la grève,
Goûtez tous les plaisirs et souffrez tous les maux ;
Et dites : c’est beaucoup et c’est l’ombre d’un rêve.
Jean Moréas
Je devenais fou, je le sentais.
Je devenais fou, je le sentais. À cause de son odeur, là, qui venait contre moi. Un mélange simple, sensuel et curieux de sueur légère et de lait. Un parfum farineux et sucré de femme, que je n’avais plus en mémoire. Je pouvais voir de plus près ses cheveux blonds, virant au roux franc. Ce n’étaient pas les grandes cascades noires des filles du village, qu’elles ramenaient en chignon ou en architectures compliquées de volutes saines et de mèches rebelles, c’étaient des cheveux d’une finesse absolue, qui tombaient en boucles délicates le long de son visage. Je devinais les oreilles, petites elles aussi, et la naissance du cou, où palpitait un réseau veineux d’un bleu tranchant.
À nouveau, j’étais comme un dingue. Un prédateur. J’avais envie de la mordre, là où les veines battent, et de ne lâcher son cou que lorsqu’elle aurait fini de se débattre. Me revenait en mémoire une scène similaire de renard étouffant une caille, la froideur scintillante de ses yeux patients et déterminés.
Bénédicte Belpois, Suiza
Je t’ écoute
Je t’ écoute
- Oui, c’est toi.
Une peau délicate se déploie sur ma langue.
Elle la caresse.
Une peau délicate caresse ma langue.
Mes mains résonnent pleines des fruits.
Remplies d’abandon.
Ce qui doit arriver dans l’ histoire arrive maintenant dans mes mains. T
Tu vivifies ma journée.
La sidères.
Ton odeur a chamboulé ma journée.
Elle tourbillonne,
Bascule.
Ma journée tourbillonne et bascule dans la tienne.
Mon cœur une bouche brûlante docile condamnée par la caresse de ton cœur parfumée à subsister béante balbutiante de lèvres privée.
Dimitra Kotoula
Clair de lune
Le lac froid
Le lac froid sur mille lieues détrempe la teinte du ciel.
Soir paisible : un poisson aux écailles chatoyantes
Plonge jusqu'au fond et puis va
Et vient ici et là ; la flèche envenime la plaie.
Sans fin, la surface de l'eau lustre l'éclat de la lune.
Dôgen Zenji
