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Le vent froid de la nuit

26 Octobre 2019, 02:23am

Publié par vertuchou

Le vent froid de la nuit souffle à travers les branches
Et casse par moments les rameaux desséchés ;
La neige, sur la plaine où les morts sont couchés,
Comme un suaire étend au loin ses nappes blanches.

En ligne noire, au bord de l'étroit horizon,
Un long vol de corbeaux passe en rasant la terre,
Et quelques chiens, creusant un tertre solitaire,
Entre-choquent les os dans le rude gazon.

J'entends gémir les morts sous les herbes froissées.
Ô pâles habitants de la nuit sans réveil,
Quel amer souvenir, troublant votre sommeil,
S'échappe en lourds sanglots de vos lèvres glacées ?

Oubliez, oubliez ! Vos coeurs sont consumés ;
De sang et de chaleur vos artères sont vides.
Ô morts, morts bienheureux, en proie aux vers avides,
Souvenez-vous plutôt de la vie, et dormez !

Ah ! dans vos lits profonds quand je pourrai descendre,
Comme un forçat vieilli qui voit tomber ses fers,
Que j'aimerai sentir, libre des maux soufferts,
Ce qui fut moi rentrer dans la commune cendre !

Mais, ô songe ! Les morts se taisent dans leur nuit.
C'est le vent, c'est l'effort des chiens à leur pâture,
C'est ton morne soupir, implacable nature !
C'est mon coeur ulcéré qui pleure et qui gémit.

Tais-toi. Le ciel est sourd, la terre te dédaigne.
À quoi bon tant de pleurs si tu ne peux guérir ?
Sois comme un loup blessé qui se tait pour mourir,
Et qui mord le couteau, de sa gueule qui saigne.

Encore une torture, encore un battement.
Puis, rien. La terre s'ouvre, un peu de chair y tombe ;
Et l'herbe de l'oubli, cachant bientôt la tombe,
Sur tant de vanité croît éternellement.
 

 Charles-Marie Leconte de Lisle

 

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Un poème digne de ce nom

25 Octobre 2019, 01:49am

Publié par vertuchou

Un poème digne de ce nom est celui qui pourrait rendre la parole à un mort.

Julien Gracq

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Prologue

24 Octobre 2019, 02:09am

Publié par vertuchou

Est-ce vous
qui comprendrez pourquoi,
serein, sous une tempête de sarcasmes,
au dîner des années futures
j’apporte mon âme sur un plateau?
Larme inutile coulant
de la joue mal rasée des places,
je suis peut-être
Le dernier poète.
Vous avez vu
comme se balance
Entre les allées de briques
le visage strié de l’ennui pendu,
tandis que sur le cou écumeux
des rivières bondissantes,
les ponts tordent leurs bras de pierre.
Le ciel pleure
avec bruit,
sans retenue,
et le petit nuage
a au coin de la bouche,
une grimace fripée,
comme une femme dans l’attente d’un enfant
à qui dieu aurait jeté un idiot bancroche.
De ses doigts enflés couverts de poils roux,
le soleil vous a épuisé de caresses,
importun comme un bourdon.
Vos âmes sont asservies de baisers.
Moi, intrépide,
je porte aux siècles ma haine des rayons du jour;
l’âme tendue comme un nerf de cuivre,
je suis l’empereur des lampes.
Venez à moi,
vous tous
qui avez déchiré le silence,
qui hurlez,
le cou serré dans les nœuds coulants de midi.
Mes paroles,
simples comme un mugissement,
vous révéleront
nos âmes nouvelles,
bourdonnantes
comme l’arc électrique.
De mes doigts je n’ai qu’à toucher vos têtes,
et il vous poussera
des lèvres
faites pour d’énormes baisers
et une langue
que tous les peuples comprendront.
Mais moi, avec mon âme boitillante,
je m’en irai vers mon trône
sous les voûtes usées, trouées d’étoiles.
Je m’allongerai,
lumineux,
revêtu de paresse,
sur une couche moelleuse de vrai fumier,
et doucement,
baisant les genoux des traverses,
la roue d’une locomotive étreindra mon cou.

1913

Vladimir Maïakovski

Traduit du russe par Claude Friou

 

 

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Close Your Eyes

23 Octobre 2019, 01:56am

Publié par vertuchou

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À qui est depuis longtemps confiné dans la cité

22 Octobre 2019, 01:33am

Publié par vertuchou

À qui est depuis longtemps confiné dans la cité,
Il est fort doux de perdre son regard
Dans le beau visage ouvert du ciel — d’exhaler une prière
En plein sourire du bleu firmament.
Qui serait plus heureux, lorsque, le cœur comblé,
Il se laisse choir, très las, en quelque délicieuse couche
D’herbes onduleuses, et, lit une courtoise
Et douce histoire sur l’amour et ses peines ?
Rentrant au logis, le soir, l’oreille attentive
Aux plaintes de Philomèle, et l’œil
Épousant la course d’un petit nuage brillant qui passe,
Il se lamente qu’un tel jour ait pu si vite s’enfuir,
S’enfuir comme une larme répandue par un ange
Qui tombe dans la transparence de l’éther, silencieusement.

John Keats





 

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Ça aussi, c’est un émerveillement inépuisable

21 Octobre 2019, 01:14am

Publié par vertuchou

Ça aussi, c’est un émerveillement inépuisable : non seulement les femmes sont nues sous leurs vêtements, mais elles ont  toutes cette chose miraculeuse entre les jambes et le plus troublant, c’est qu’elles l’ont tout le temps, même quand elles n’y pensent pas. [...] J’aime en regardant le visage d’une femme qu’on puisse l’imaginer en train de jouir. Il y en a c’est presque impossible, on ne sent aucun abandon, mais toi on te vois bouger, sourire, parler de tout autre chose, on devine tout de suite que tu aimes jouir, on a tout de suite envie de te connaître quand tu jouis et quand on te connait, eh bien on est pas déçu….

Emmanuel Carrère, Un roman russe
E

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Beaucoup de ces dieux ont péri

20 Octobre 2019, 01:30am

Publié par vertuchou

Beaucoup de ces dieux ont péri
C’est sur eux que pleurent les saules
Le grand Pan l’amour Jésus-Christ
Sont bien morts et les chats miaulent
Dans la cour je pleure à Paris

Moi qui sais des lais pour les reines
Les complaintes de mes années
Des hymnes d’esclave aux murènes
La romance du mal aimé
Et des chansons pour les sirènes

L’amour est mort j’en suis tremblant
J’adore de belles idoles
Les souvenirs lui ressemblant
Comme la femme de Mausole
Je reste fidèle et dolent

Je suis fidèle comme un dogue
Au maître le lierre au tronc
Et les Cosaques Zaporogues
Ivrognes pieux et larrons
Aux steppes et au décalogue

Portez comme un joug le Croissant
Qu’interrogent les astrologues
Je suis le Sultan tout-puissant
O mes Cosaques Zaporogues
Votre Seigneur éblouissant

Devenez mes sujets fidèles
Leur avait écrit le Sultan
Ils rirent à cette nouvelle
Et répondirent à l’instant
A la lueur d’une chandelle

Guillaume Apollinaire

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De l'extérieur on ne sait rien

19 Octobre 2019, 01:59am

Publié par vertuchou

De l'extérieur on ne sait rien de ce qui se noue entre les êtres,

de ce qui se joue dans un couple. On émet des hypothèses,

des jugements hâtifs mais au fond on ne sait rien,

c'est beaucoup trop profond, beaucoup trop complexe.

-   Olivier Adam, Des vents contraires

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Visages, miroirs

18 Octobre 2019, 01:51am

Publié par vertuchou

Lorsque je suis entré dans la chambre
celle qui dormait ne s'est pas éveillée.

Lorsque je me suis assis dans la chambre
celle qui veillait ne m'a pas regardé.

Lorsque je suis sorti de la chambre
celle qui pleurait ne s'est pas retournée.

Ô visage, nuage !
La lune s'est noyée dans le miroir.

Jean Joubert

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Le grand ballet

17 Octobre 2019, 01:48am

Publié par vertuchou

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