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Coups de cœur
Quand au temple nous serons
Quand au temple nous serons
Agenouillés, nous ferons
Les dévots selon la guise
De ceux qui pour louer Dieu
Humbles se courbent au lieu
Le plus secret de l'église.
Mais quand au lit nous serons
Entrelacés, nous ferons
Les lascifs selon les guises
Des amants qui librement
Pratiquent folâtrement
Dans les draps cent mignardises.
Pourquoi donque, quand je veux
Ou mordre tes beaux cheveux,
Ou baiser ta bouche aimée,
Ou toucher à ton beau sein,
Contrefais-tu la nonnain
Dedans un cloître enfermée ?
Pour qui gardes-tu tes yeux
Et ton sein délicieux,
Ta joue et ta bouche belle ?
En veux-tu baiser Pluton
Là-bas, après que Charon
T'aura mise en sa nacelle ?
Après ton dernier trépas,
Grêle, tu n'auras là-bas
Qu'une bouchette blêmie ;
Et quand mort, je te verrais
Aux Ombres je n'avouerais
Que jadis tu fus m'amie.
Ton test n'aura plus de peau,
Ni ton visage si beau
N'aura veines ni artères :
Tu n'auras plus que les dents
Telles qu'on les voit dedans
Les têtes des cimeteres.
Donque, tandis que tu vis,
Change, maîtresse, d'avis,
Et ne m'épargne ta bouche :
Incontinent tu mourras,
Lors tu te repentiras
De m'avoir été farouche.
Ah, je meurs ! Ah, baise-moi !
Ah, maîtresse, approche-toi !
Tu fuis comme faon qui tremble.
Au moins souffre que ma main
S'ébatte un peu dans ton sein,
Ou plus bas, si bon te semble.
Pierre de Ronsard
Le poète est
Le poète est un menteur qui dit toujours la vérité
-- Jean Cocteau
Graphèmes
Le tracé sonore de la ligne
Est antérieur au tempo du blanc.
Le tempo de la ligne
— Tel l'espace et le rythme de la page —
Est antérieur au rythme des couleurs.
L'espace et le tempo de la ligne
Sont intérieurs au rythme de la page.
Corps textué, l'écriture
Est un rythme d'espaces de couleur :
Blanc sur noir,
Noir sur blanc
Dans l'espace blanc de la ligne,
Dans l'espace blanc de la page,
Dans l'espace blanc des couleurs.
L'écriture est un rythme antérieur à ce corps,
Intérieur à cet espace.
L'écriture du noir sur le blanc
Ne connaît qu'un seul signe :
Le blanc invisible
Visé par la couleur.
Jaime Siles
Come if you dare
Ciel d’automne
Ciel d’automne
La hache traverse l’air ambré
Un cryptomère oscille
Sosêki
Amoureuse
Amoureuse, piètre mot pour exprimer tant de choses ! Imprégnée, voilà qui exprime mieux… Imprégnée, c’est cela tout à fait, imprégnée depuis la peau jusqu’à l’âme, car l’amour définitif m’est si entré partout que je m’attendais presque à voir mes cheveux et ma peau en changer de couleur.''
Colette, La Retraite sentimentale
Cadavre exquis
Si tous les chevaux avaient pour fers des aimants (André Breton)
Le cœur des amants cesserait de battre. (Robert Desnos)
Quand les oiseaux nageront (Louis Aragon)
La moule fera preuve d’énergie. (André Breton)
Si les fortifications étaient meublées de quelques beaux divans rouges (André Breton)
Le téléphone garderait indéfiniment l’image de nos pensées. (Benjamin Péret)
Si la canaille pouvait dire son mot (André Breton)
Les mendiants seraient enterrés dans la basilique Saint-Denis. (Pierre Unik)
Quand on reportera des armures (André Breton)
On ne parlera plus que par proverbes. (Pierre Unik)
Djemila
Tout est vanité
Tout est vanité : crois toujours,
Aime sans fin, désire et rêve ;
Ne reste jamais sans amours,
Souviens-toi que la vie est brève.
[...]
Rêver, aimer, seul est réel :
Notre vie est l’éclair qui passe,
Flamboie un instant sur le ciel,
Et se va perdre dans l’espace.
Seule la passion qui luit
Illumine au moins de sa flamme
Nos yeux mortels avant la nuit
Eternelle, où disparait l’âme.
Consume-toi donc ; tout flambeau
Jette, en brûlant, de la lumière ;
Brûle ton cœur, songe au tombeau
Où tu redeviendras poussière.
Aime, rêve, désire et souffre !
Henry Cazalis