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Coups de cœur
L'escargot
Est-ce que le temps est beau ?
Se demandait l’escargot
Car, pour moi, s’il faisait beau
C’est qu’il ferait vilain temps.
J’aime qu’il tombe de l’eau,
Voilà mon tempérament.
Combien de gens, et sans coquille,
N’aiment pas que le soleil brille.
Il est caché ? Il reviendra !
L’escargot ? On le mangera.
Robert Desnos
Votre voix me manque
Votre voix me manque. Oui je sais bien que je ne l’ai jamais entendue, votre voix, pas plus que je n’ai vu votre visage. Quand je dis votre voix, je veux dire votre façon de me parler. Et aussi votre façon de me faire parler, de me donner envie de vous parler. Voilà : notre complicité me manque. Nous me manquons.
Jean-Claude Mourlevat, Anne-Laure Bondoux Et je danse, aussi
Sous ta peau
Ma miss ma déesse
Si c'est lisse, on se lasse
Les strass et les stress
J'encaisse ou j'en casse
Montre-moi encore
Le monde à l'envers
L'envers de ton corps
Me donne des vertiges
Tu me laisse entrevoir
Les coulisses où tout se passe
Ma miss ma déesse
On s'enlise, on s'enlace
Tes traces de détresse
J'en laisse ou j'entasse
Montre-moi encore
Le monde à l'envers
L'envers de ton corps
Me donne des vertiges
Tu me laisse entrevoir
Les coulisses où tout se passe
Ma miss ma déesse
Fini les messes basses
Les strass le stresse
Et ma caisse à la casse
Montre-moi encore
Le monde à l'envers
L'envers de ton corps
Me donne des vertiges
Tu me laisse entrevoir
Les coulisses où tout se passe
Mathieu Chedid
Le premier univers
De tout, il resta trois choses
De tout, il resta trois choses :
La certitude que tout était
en train de commencer,
la certitude qu’il fallait continuer,
la certitude que cela serait interrompu avant que d’être terminé.
Faire de l’interruption, un nouveau chemin,
faire de la chute, un pas de danse,
faire de la peur, un escalier,
du rêve, un pont,
de la recherche…
une rencontre.
Fernando Pessoa
Que peut la poésie ?
Que peut la poésie ? Demandons le encore et encore aux poètes. La poésie peut nous rappeler que nous sommes mortels et que nous connaissons les résurrections. que le feu fragile de la conscience est mêlé de mots, et que ceux-ci sont des matériaux inflammables; que nous n'avons pas à accepter les définitions du nommable et de l'innommable imposées par le Maître; cette beauté est toujours là, volontaire ou possible [...]. Que l'être humain aspire à l'ouverture et mérite de vaincre les espaces d'isolement et d'occlusion.
Jorge Riechmann,
Les bienfaits de la lune
La Lune, qui est le caprice même, regarda par la fenêtre pendant que tu dormais dans ton berceau, et se dit : « Cette enfant me plaît. »
Et elle descendit moelleusement son escalier de nuages et passa sans bruit à travers les vitres. Puis elle s’étendit sur toi avec la tendresse souple d’une mère, et elle déposa ses couleurs sur ta face. Tes prunelles en sont restées vertes, et tes joues extraordinairement pâles. C’est en contemplant cette visiteuse que tes yeux se sont si bizarrement agrandis ; et elle t’a si tendrement serrée à la gorge que tu en as gardé pour toujours l’envie de pleurer.
Cependant, dans l’expansion de sa joie, la Lune remplissait toute la chambre comme une atmosphère phosphorique, comme un poison lumineux ; et toute cette lumière vivante pensait et disait : « Tu subiras éternellement l’influence de mon baiser. Tu seras belle à ma manière. Tu aimeras ce que j’aime et ce qui m’aime : l’eau, les nuages, le silence et la nuit ; la mer immense et verte ; l’eau uniforme et multiforme ; le lieu où tu ne seras pas ; l’amant que tu ne connaîtras pas ; les fleurs monstrueuses ; les parfums qui font délirer ; les chats qui se pâment sur les pianos et qui gémissent comme les femmes, d’une voix rauque et douce !
« Et tu seras aimée de mes amants, courtisée par mes courtisans. Tu seras la reine des hommes aux yeux verts dont j’ai serré aussi la gorge dans mes caresses nocturnes ; de ceux-là qui aiment la mer, la mer immense, tumultueuse et verte, l’eau informe et multiforme, le lieu où ils ne sont pas, la femme qu’ils ne connaissent pas, les fleurs sinistres qui ressemblent aux encensoirs d’une religion inconnue, les parfums qui troublent la volonté, et les animaux sauvages et voluptueux qui sont les emblèmes de leur folie. »
Et c’est pour cela, maudite chère enfant gâtée, que je suis maintenant couché à tes pieds, cherchant dans toute ta personne le reflet de la redoutable Divinité, de la fatidique marraine, de la nourrice empoisonneuse de tous les lunatiques.
Charles Baudelaire
Sposa, non mi conosci
Poème
Un éclat de rire
de saphir dans l’île de Ceylan
Les plus belles pailles
ONT LE TEINT FANÉ
SOUS LES VERROUS
dans une ferme isolée
AU JOUR LE JOUR
s’aggrave
l’agréable
Une voie carrossable
vous conduit au bord de l’inconnu
le café
prêche pour son saint
L’ARTISAN QUOTIDIEN DE VOTRE BEAUTÉ
MADAME,
une paire
de bas de soie
n’est pas
Un saut dans le vide
UN CERF
L’Amour d’abord
Tout pourrait s’arranger si bien
PARIS EST UN GRAND VILLAGE
Surveillez
Le feu qui couve
LA PRIÈRE
Du beau temps
Sachez que
les rayons ultra-violets
ont terminé leur tâche
Courte et bonne
LE PREMIER JOURNAL BLANC
DU HASARD
Le rouge sera
Le chanteur errant
OÙ EST-IL ?
dans la mémoire
dans sa maison
AU BAL DES ARDENTS
Je fais
en dansant
Ce qu’on a fait, ce qu’on va faire
André Breton
