La musique
La musique n'est pas la métaphore de la vie, mais la forme épurée, la quintessence de la vie
Clément Rosset
Coups de cœur
La musique n'est pas la métaphore de la vie, mais la forme épurée, la quintessence de la vie
Clément Rosset
J’ai un petit chat,
Petit comme ça.
Je l’appelle Orange.
Je ne sais pourquoi
Jamais il ne mange
Ni souris ni rat.
C’est un chat étrange
Aimant le nougat
Et le chocolat.
Mais c’est pour cela,
Dit tante Solange,
Qu’il ne grandit pas!
Maurice Carême
De cette terre qui sait
Un éclair jaillira
Dans le soir naissant
Sosêki
Mon amour dis moi que ça a été long trop long ces derniers jours sans moi, sans me voir, me toucher me parler, je t'ai manqué, redis-le décris-le, je t'ai manqué la nuit, ma tête contre ton dos, ma bouche contre ta peau, nos jambes enlacées, je t'ai manqué le matin, le réveil, la douceur du jour qui se lève quand on se rend compte émerveillés que l'on a dormi ensemble, quand on se souvient avoir fait l'amour dans le noir dans le creux de la nuit...
Véronique Olmi, Sa passion
Comme le laboureur le grain
À la volée
Sur ses terres désertes,
Sème le bien avec espoir;
Seul le bien fleurira
Sur les durs chemins de la vie.
Sème le bien à tout vent
Dans l'espoir d'une vie plus saine
Et succulente
Pour tous les hommes
Sème le bien autour de toi.
Sème la joie dans tous les cœurs,
La fraternité à la ronde,
L'homme est le même sous tous les cieux;
Sème le bien avec sourire
Pour le retournement universel.
Sème l'amour sur ton passage,
Et que toujours ta présence
Ressuscite et réconforte
Tout le monde autour de toi.
En ce monde exécrable,
Dénué de toute saveur,
Où nous sommes exilés pour la rançon
De notre gloire,
C'est le mal qu'on oublie,
Le bien ne se perd jamais.
Christophe Ngueddam
… Et ils disent que la vie est un rêve :
non pas ;
pas seulement un rêve. Le rêve est une part de la vie.
Une part confuse, dans laquelle le visage et
l’être s’acharnent l’un contre l’autre, se tressent l’un à l’autre,
comme des animaux d’or, rois de Thèbes
repris à leur mort (qui se brise).
Le rêve est la traîne de brocart qui tombe de tes épaules,
le rêve est un arbre, un éclat fugitif, un bruit de voix- ;
un sentiment qui commence et s’achève
est rêve ; un animal qui te regarde dans les yeux
est rêve un ange qui jouit de toi
est rêve. Rêve est le mot qui d’une douce chute
tombe dans ton sentiment comme un pétale
qui s’accroche à ta chevelure : lumineux, confus et las-,
lèves-tu seulement les mains : c’est encore le rêve qui vient,
et il vient comme tombe une balle- ;
tout, ou presque, rêve-,
et toi, tu portes tout cela.
Tu portes tout cela. Et avec quelle beauté tu le portes.
Chargée de lui comme de ta chevelure.
Et cela vient des profondeurs, cela vient
des hauteurs jusqu’à toi et par ta Grâce…
Là où tu es, rien n’a attendu en vain,
nulle part autour de toi il n’est fait de tort aux choses,
et c’est comme si j’avais déjà vu
que des animaux se baignent dans tes regards
et boivent à ta claire présence.
Mais ce que tu es : cela seul je l’ignore. Je sais
seulement chanter ta louange : cercle de légende
autour d’une âme,
jardin autour d’une maison
dans les fenêtres de laquelle je vis le ciel-.
Ô tant de ciel, s’en allant, vu de si près ;
ô tant de ciel sur tant d’horizon.
Et quand c’est la nuit- : quelles grandes étoiles
ne peuvent manquer de se refléter dans ces fenêtres…
Rainer Maria Rilke
La poésie : une femme nue, un homme nu, et la distance qui les sépare.
Lawrence Ferlinghetti
j’habite une blessure sacrée
j’habite des ancêtres imaginaires
j’habite un vouloir obscur
j’habite un long silence
j’habite une soif irrémédiable
j’habite un voyage de mille ans
j’habite une guerre de trois cent ans
j’habite un culte désaffecté
entre bulbe et caïeu j’habite l’espace inexploité
j’habite du basalte non une coulée
mais de la lave le mascaret
qui remonte la calleuse à toute allure
et brûle toutes les mosquées
je m’accomode de mon mieux de cet avatar
d’une version du paradis absurdement ratée
-c’est bien pire qu’un enfer-
j’habite de temps en temps une de mes plaies
chaque minute je change d’appartement
et toute paix m’effraie
tourbillon de feu
ascidie comme nulle autre pour poussières
de mondes égarés
ayant craché volcan mes entrailles d’eau vive
je reste avec mes pains de mots et mes minerais secrets
j’habite donc une vaste pensée
mais le plus souvent je préfère me confiner
dans la plus petite de mes idées
ou bien j’habite une formule magique
les seuls premiers mots
tout le reste étant oublié
j’habite l’embâcle
j’habite la débâcle
j’habite le pan d’un grand désastre
j’habite souvent le pis le plus sec
du piton le plus efflanqué-la louve de ces nuages-
j’habite l’auréole des cétacés
j’habite un troupeau de chèvres tirant sur la tétine
de l’arganier le plus désolé
à vrai dire je ne sais plus mon adresse exacte
bathyale ou abyssale
j’habite le trou des poulpes
je me bats avec un poulpe pour un trou de poulpe
frères n’insistez pas
vrac de varech
m’accrochant en cuscute
ou me déployant en porona
c’est tout un
et que le flot roule
et que ventouse le soleil
et que flagelle le vent
ronde bosse de mon néant
la pression atmosphérique ou plutôt l’historique
agrandit démesurément mes maux
même si elle rend somptueux certains de mes mots
Aimé Césaire