Le poète
Le poète, qui en soi est déjà un phénomène suspect,
semble à l'intérieur du troupeau humain prédestiné à l'incompréhension ;
il semble que ce soit sa véritable mission, sa mission essentielle.
Hermann Hesse
Coups de cœur
Le poète, qui en soi est déjà un phénomène suspect,
semble à l'intérieur du troupeau humain prédestiné à l'incompréhension ;
il semble que ce soit sa véritable mission, sa mission essentielle.
Hermann Hesse
Je te narine je te chevelure
je te hanche
tu me hantes
je te poitrine
je buste ta poitrine puis te visage
je te corsage
tu m'odeur tu me vertige
tu glisses
je te cuisse je te caresse
je te frissonne
tu m'enjambes
tu m'insupportable
je t'amazone
je te gorge je te ventre
je te jupe
je te jarretelle je te bas je te Bach
oui je te Bach pour clavecin sein et flûte
je te tremblante
tu me séduis tu m'absorbes
je te dispute
je te risque je te grimpe
tu me frôles
je te nage
mais toi tu me tourbillonnes
tu m'effleures tu me cernes
tu me chair cuir peau et morsure
tu me slip noir
tu me ballerines rouges
et quand tu ne haut-talon pas mes sens
tu les crocodiles
tu les phoques tu les fascines
tu me couvres
je te découvre je t'invente
parfois tu te livres
tu me lèvres humides
je te délivre et je te délire
tu me délires et passionnes
je t'épaule je te vertèbre je te cheville
je te cils et pupilles
et si je n'omoplate pas avant mes poumons
même à distance tu m'aisselles
je te respire
jour et nuit je te respire
je te bouche
je te palais je te dents je te griffe
je te vulve je te paupières
je te haleine
je t'aime
je te sang je te cou
je te mollets je te certitude
je te joues et te veines
je te mains
je te sueur
je te langue
je te nuque
je te navigue
je t'ombre je te corps et te fantôme
je te rétine dans mon souffle
tu t'iris
je t 'écris
tu me penses
Ghérasim Luca
Je m'appuierai si bien et si fort à la vie
D'une si rude étreinte et d'un tel serrement,
Qu'avant que la douceur du jour me soit ravie
Elle s'échauffera de mon enlacement.
La mer, abondamment sur le monde étalée,
Gardera, dans la route errante de son eau,
Le goût de ma douleur qui est âcre et salée
Et sur les jours mouvants roule comme un bateau.
Je laisserai de moi dans le pli des collines
La chaleur de mes yeux qui les ont vu fleurir,
Et la cigale assise aux branches de l'épine
Fera vibrer le cri strident de mon désir.
Dans les champs printaniers la verdure nouvelle,
Et le gazon touffu sur le bord des fossés
Sentiront palpiter et fuir comme des ailes
Les ombres de mes mains qui les ont tant pressés.
La nature qui fut ma joie et mon domaine
Respirera dans l'air ma persistante ardeur,
Et sur l'abattement de la tristesse humaine
Je laisserai la forme unique de mon coeur.
Anna De Noailles
Elle avançait à l'intérieur de moi. Elle serrait ma gorge, nouait mon ventre. Ma salive se faisait rare, mon souffle plus sec. Les battements de mon cœur semblaient dépendre de ses regards. Comment un être si fragile avait-il pu prendre une telle emprise sur moi ?
Comme une ombre blanche elle possédait mon âme. Elle me traversait. Elle me possédait comme un esprit. Et moi, je m'abandonnais à son emprise avec l'ivresse d'un condamné.
Était-ce donc ça l'amour ?
Olivier Ramonteu
Elle est venue la nuit de plus loin que la nuit
A pas de vent de loup de fougère et de menthe
Voleuse de parfum impure fausse nuit
Fille aux cheveux d'écume issus de l'eau dormante
Après l'aube la nuit tisseuse de chansons
S'endort d'un songe lourd d'astres et de méduses
Et les jambes mêlées au fuseau des saisons
Veille sur le repos des étoiles confuses
Sa main laisse glisser les constellations
Le sable fabuleux des mondes solitaires
La poussière de Dieu et de sa création
La semence de feu qui féconde les terres
Mais elle vient la nuit de plus loin que la nuit
A pas de vent de mer de feu de loup de piège
Bergère sans troupeau glaneuse sans épis
Aveugle aux lèvres d'or qui marche sur la neige
Claude Roy
Je vous remets de révérentes mains
Ce livre mien des innombrables rêves
Blanche amoureuse que sa passion habille
Comme la mer en colombe les sables
Et le coeur vieux plus encor que la trompe
Si débordée des pâles feux du temps
Blanche amoureuse aux innombrables rêves
Je vous remets la passion dans mes oeuvres
W.B. Yeats
La poésie, cette hésitation prolongée entre le son et le sens.
Paul Valery
Après la trace, vient la distance.
Ce que rêve l'autre, ce que rêve l'un,
L'un dans l'autre se sont compris.
Il n'est pas de lumière
Sans feu pour finir.
Commencée de fumée,
Ainsi se fait la forme,
Sans fait d'avenir.
Jean-Pierre Duprey