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Figures dans le château

18 Janvier 2015, 04:02am

Publié par vertuchou

Manuel Alvarez Bravo, Figures dans le château, 1920

Manuel Alvarez Bravo, Figures dans le château, 1920

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Dans la maison où notre amour a voulu naître

17 Janvier 2015, 04:58am

Publié par vertuchou

Dans la maison où notre amour a voulu naître,
Avec les meubles chers peuplant l'ombre et les coins,
Où nous vivons à deux, ayant pour seuls témoins
Les roses qui nous regardent par les fenêtres.

Il est des jours choisis, d'un si doux réconfort,
Et des heures d'été, si belles de silence,
Que j'arrête parfois le temps qui se balance,
Dans l'horloge de chêne, avec son disque d'or.

Alors l'heure, le jour, la nuit est si bien nôtre
Que le bonheur qui nous frôle n'entend plus rien,
Sinon les battements de ton cœur et du mien
Qu'une étreinte soudaine approche l'un de l'autre.

Émile Verhaeren

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La sensibilité n’est pas femme

16 Janvier 2015, 04:57am

Publié par vertuchou

La sensibilité n’est pas femme, elle est humaine.

Quand on la trouve chez un homme elle devient poésie.

Alda Merini

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C’était le début de l’hiver / It was beginning winter,

15 Janvier 2015, 05:29am

Publié par vertuchou

C’était le début de l’hiver,
Une période d’entre-deux,
Un paysage encore à moitié marron :
Les os des grandes herbes oscillaient dans le vent
Au-dessus de la neige bleue.

C’était le début de l’hiver.
La lumière bougeait lentement sur les champs gelés,
Sur les couronnes de graines sèches,
Les beaux os rescapés
Qui oscillaient dans le vent.

La lumière voyageait à travers champs ;
Demeura.
Les grandes herbes arrêtèrent d’osciller.
L’esprit bougea, pas tout seul,
À travers l’air clair, dans le silence.

Était-ce la lumière ?
Était-ce la lumière à l’intérieur ?

Theodore Roethke

It was beginning winter,
An in-between time,
The landscape still partly brown:
The bones of weeds kept swinging in the wind,
Above the blue snow.


It was beginning winter,
The light moved slowly over the frozen field,
Over the dry seed-crowns,
The beautiful surviving bones
Swinging in the wind.


Light traveled over the wide field;
Stayed.
The weeds stopped swinging.
The mind moved, not alone,
Through the clear air, in the silence.


Was it light?
Was it light within?

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Sonate n° 6 en sol mineur du 2ème livre à violon seul avec la basse continue

14 Janvier 2015, 04:48am

Publié par vertuchou

François Francoeur (1698-1787), Sonate n° 6 en sol mineur du 2ème livre à violon seul avec la basse continue, Alan Choo violon, Niccolo Seligmann viole de gambe, Patrick Merrill Clavichord

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la lune et la nuit

13 Janvier 2015, 04:19am

Publié par vertuchou

Cette nuit-là je regardais la lune
Oui j'étais à ma fenêtre
et je la regardais
et puis j'ai quitté ma fenêtre
je me suis déshabillée
et je me suis couchée
et puis alors la chambre est devenue très claire
la lune était entrée
Oui j'avais laissé la fenêtre ouverte
et la lune était entrée
Elle était là cette nuit-là dans ma chambre
et elle brillait
J'aurais pu lui parler
J'aurai pu la toucher
Mais je n'ai rien fait
Je l'ai seulement regardée
elle paraissait calme et heureuse
j'avais envie de la caresser
mais je ne savais comment m'y prendre
Et je restais là ... sans bouger
Elle me regardait
elle brillait
elle souriait ...
Alors je me suis endormie
et quand je me suis réveillée
c'était déjà le lendemain matin
et ... il y avait seulement le soleil
au-dessus des maisons.

Jacques Prévert

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Voici mon mal : rêver

12 Janvier 2015, 04:16am

Publié par vertuchou

Voici mon mal : rêver. La poésie est la chemise de fer

aux mille pointes cruelles que je porte sur mon âme.

Les épines sanglantes laissent tomber les gouttes

de ma mélancolie.


~ Ruben Dario, Chants de vie et d’espérance

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Matin

11 Janvier 2015, 04:13am

Publié par vertuchou

Voici le matin bleu. Ma rose et blonde amie
Lasse d’amour, sous mes baisers, s’est endormie.
Voici le matin bleu qui vient sur l’oreiller
Éteindre les lueurs oranges du foyer.

L’insoucieuse dort. La fatigue a fait taire
Le babil de cristal, les soupirs de panthère.
Les voraces baisers et les rires perlés.
Et l’or capricieux des cheveux déroulés

Fait un cadre ondoyant à la tête qui penche.
Nue et fière de ses contours, la gorge blanche
Où, sur les deux sommets, fleurit le sang vermeil,
Se soulève et s’abaisse au rythme du sommeil.

La robe, nid de soie, à terre est affaissée.
Hier, sous des blancheurs de batiste froissée
La forme en a jailli libre, papillon blanc.
Qui sort de son cocon, l’aile collée au flanc.

A côté, sur leurs hauts talons, sont les bottines
Qui font aux petits pieds ces allures mutines,
Et les bas, faits de fils de la vierge croisés,
Qui prennent sur la peau des chatoiements rosés.

Epars dans tous les coins de la chambre muette
Je revois les débris de la fière toilette
Qu’elle portait, quand elle est arrivée hier
Tout imprégnée encor des senteurs de l’hiver.

Gaston Couté

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The Yellow Sky

10 Janvier 2015, 04:10am

Publié par vertuchou

Alexandre Calder, The Yellow Sky, 1963,  gouache et encre sur papier, 67.95 x 100.96 cm

Alexandre Calder, The Yellow Sky, 1963, gouache et encre sur papier, 67.95 x 100.96 cm

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Je respire où tu palpites

9 Janvier 2015, 04:03am

Publié par vertuchou

Je respire où tu palpites,
Tu sais ; à quoi bon, hélas !
Rester là si tu me quittes,
Et vivre si tu t'en vas ?

A quoi bon vivre, étant l'ombre
De cet ange qui s'enfuit ?
A quoi bon, sous le ciel sombre,
N'être plus que de la nuit ?

Je suis la fleur des murailles
Dont avril est le seul bien.
Il suffit que tu t'en ailles
Pour qu'il ne reste plus rien.

Tu m'entoures d'Auréoles;
Te voir est mon seul souci.
Il suffit que tu t'envoles
Pour que je m'envole aussi.

Si tu pars, mon front se penche ;
Mon âme au ciel, son berceau,
Fuira, dans ta main blanche
Tu tiens ce sauvage oiseau.

Que veux-tu que je devienne
Si je n'entends plus ton pas ?
Est-ce ta vie ou la mienne
Qui s'en va ? Je ne sais pas.

Quand mon orage succombe,
J'en reprends dans ton coeur pur ;
Je suis comme la colombe
Qui vient boire au lac d'azur.

L'amour fait comprendre à l'âme
L'univers, salubre et béni ;
Et cette petite flamme
Seule éclaire l'infini

Sans toi, toute la nature
N'est plus qu'un cachot fermé,
Où je vais à l'aventure,
Pâle et n'étant plus aimé.

Sans toi, tout s'effeuille et tombe ;
L'ombre emplit mon noir sourcil ;
Une fête est une tombe,
La patrie est un exil.

Je t'implore et réclame ;
Ne fuis pas loin de mes maux,
O fauvette de mon âme
Qui chantes dans mes rameaux !

De quoi puis-je avoir envie,
De quoi puis-je avoir effroi,
Que ferai-je de la vie
Si tu n'es plus près de moi ?

Tu portes dans la lumière,
Tu portes dans les buissons,
Sur une aile ma prière,
Et sur l'autre mes chansons.

Que dirai-je aux champs que voile
L'inconsolable douleur ?
Que ferai-je de l'étoile ?
Que ferai-je de la fleur ?

Que dirai-je au bois morose
Qu'illuminait ta douceur ?
Que répondrai-je à la rose
Disant : " Où donc est ma soeur ?"

J'en mourrai ; fuis, si tu l'oses.
A quoi bon, jours révolus !
Regarder toutes ces choses
Qu'elle ne regarde plus ?

Que ferai-je de la lyre,
De la vertu, du destin ?
Hélas ! et, sans ton sourire,
Que ferai-je du matin ?

Que ferai-je, seul, farouche,
Sans toi, du jour et des cieux,
De mes baisers sans ta bouche,
Et de mes pleurs sans tes yeux !

Victor Hugo

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